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16/08/2010

VO OU VF......? ÇA VOUS PARLE ?

 

Suite de la rubrique "Où"

DAVINCI18464312.jpg- Entre ceux qui préfèrent voir les films en version originale et ceux qui ne jurent que par la version française, il existe un fossé infranchissable.


Il y a des couples qui se séparent pour moins que ça. «Ma femme refusait de voir des films en VO, monsieur le juge», «Ce monstre m'obligeait à regarder les Woody Allen sans sous-titres!». Dans le prétoire, cela pourrait donner lieu à de solides plaidoiries. Les tenants de la version originale et les amateurs de versions françaises sont irréconciliables. Entre eux, c'est la guerre. Les premiers sont snobs, sûrs de leur bon droit. Les seconds se rendent au cinéma les doigts de pied en éventail, ne cherchent pas John Ford à quatorze heures, n'ont aucune envie de reprendre leurs cours de deuxième langue. Les uns ne jurent que par l'art, l'authenticité, le respect de l'auteur. Les autres répondent plaisir, paresse, vacances.

Les VOïstes n'entrent dans les salles qu'en semaine
. Les VFistes ont une prédilection pour les séances du samedi soir. La VO est un loisir coupable, solitaire. Il faut parfois être masochiste, s'amuser à relever les erreurs de traduction (certaines répliques en lettres blanches au bas de l'écran ont souvent l'air d'une affreuse plaisanterie). La VF est davantage pour les esprits frivoles. Le doublage ressemble à une paire de charentaises pour l'oreille. Lire ces phrases qui déparent l'image est d'un ennui! Comment suivre l'action, dans des conditions pareilles? Non, fournissez-leur un doux babil bien de chez nous, des acteurs dont les lèvres bougent plus ou moins à contretemps. Ce qu'ils veulent, c'est du di-ver-tisse-ment. Et que les puristes retournent à leur collection de Positif ou des Cahiers.

Cela se défend. Des exemples restent fameux. Dans les années 1980, le câble passa Laurel et Hardy en VO. Quelle déception! On nous avait volé nos souvenirs d'enfance. Laurel n'avait plus cette voix pleurnicharde qui nous enchantait. Hardy ne s'illustrait plus par ce bougonnement charmant auquel il nous avait habitués. De même, imagine-t-on Kirk Douglas parler autrement qu'avec la voix de son doubleur? Que serait Tony Curtis ne s'exprimant pas à la façon de Michel Roux?(c'est un peu vrai )

En famille, le choix est restreint. VF de rigueur. Cela met tout le monde d'accord, les enfants applaudissent, la télécommande n'est plus l'objet de rudes disputes. Les esthètes n'auront qu'à attendre les rediffusions. Au juste, la VF est quelque chose d'assez touchant. Cela évoque une époque toute simple, où les films constituaient une brave distraction. Il ne s'agissait pas de vérifier si Billy Wilder était plus grand que Lubitsch, mais d'embrasser sa voisine dans le noir. La VF possède ce parfum démodé, ce côté bas Nylon. Soudain, on entend crisser le panier de l'ouvreuse à l'entracte. Des strapontins claquent. Le public pousse un «Ah» de bonheur lorsque les lumières s'éteignent.

La VO ne mange pas de ce pain-là. Nous sommes un peu à l'église. Les esthètes s'installent au premier Travoltanouvelle-affiche-du-film-from-paris-with-love.jpgrang, pour être noyés dans la pellicule.(un peu excessisf) Pas question de chuchoter dès que le générique a démarré. Un silence religieux règne dans les travées. La VO s'accorde au noir et blanc, joue la carte du classique. Des accents improbables bercent l'assemblée qui n'en perd pas une miette. Il flotte dans la salle le sentiment grisant d'appartenir à une secte. La VO n'est pas vraiment démocratique. Nous voilà entre nous. Laissons le pauvre peuple se délecter d'ersatz, de contrefaçons. On lui doit des égards. Il n'a pas notre culture, est affolé par notre curiosité. Après tout, il compte suffisamment de salles en France pour que le public soit content. Et si la majorité préfère entendre Superman avec les intonations de Pierre Arditi, il n'y a pas de mal à ça. Quant à cet article, désolé, il n'en existe pas de version doublée en (bon) français. Dommage, diront les mauvaises langues.


Rafraichissant, non ? Bonne toile si le temps est maussade.....
(d'après Le figaro.fr)

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