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10/10/2010

MICROCREDIT : UNE VALEUR A LA HAUSSE ( ITW de Madame FIGARO, Pour mieux le comprendre))

 


Madame Figaro. – Le statut d’autoentrepreneur, créé il y a un an et demi, est calqué sur l’esprit du microcrédit : c’est cette conviction qu’un projet personnel et professionnel, aussi modeste soit-il, mérite d’être aidé par une collectivité, car il crée un emploi, et par là une vie digne. Vous avez beaucoup œuvré, Maria Nowak, à la revalorisation de ce statut d’indépendant…

Adie3 (1).jpgMaria Nowak. - Si l’on veut tenter de freiner le déclin de l’industrie et faciliter la création d’emplois, dans les services notamment, il est essentiel de créer un cadre législatif favorable. Or il était infiniment trop complexe en France. Si nous avons travaillé avec acharnement à la prise en compte du microcrédit dans la loi de modernisation de l’économie (1), poussé ce régime d’autoentrepreneur, c’est parce que nous étions convaincus que plus personne, pas même l’administration, se n’y retrouvait. Et qu’en arriver, par exemple, à demander des cotisations à des gens qui n’ont pas encore gagné un sou était une absurdité complète. Il fallait dépoussiérer tout cela, c’était une priorité. Au sein de l’ Adie, 30 % de nos clients sont enregistrés sous ce régime. Pour beaucoup, ce sont des gens qui ont commencé à petite échelle, en grande difficulté, mais qui aujourd’hui n’ont plus peur d’être perdus. Dans cette loi de modernisation, que des mesures soient prises pour le travail indépendant a été un symbole.

C’est aussi l’idée qu’on ne s’en sortira pas autrement qu’en étant son propre patron. Autrement dit, un désenchantement, autant qu’une nouvelle alternative ?
Maria Nowak. - Tous les sondages récents pointent une préférence pour le travail indépendant sur le salariat, chez les jeunes surtout. Parce qu’ils s’y sentent moins à la merci d’une entreprise dont le management leur échappe. Il y a là une volonté d’indépendance et d’affirmation.

Arnaud Poissonnier. - C’est vrai que ce mouvement signe aussi une forme de désillusion. Moi, j’ai 44 ans, et déjà vu beaucoup de gens de la génération de mes parents éjectés après 55 ans. Nous sommes assez désabusés sur la capacité des entreprise. « Prêter des sommes, choisir à qui, pour quel projet, tisser ce lien, c’est une façon de dire « je ». De prendre sa part de responsabilité, de chercher de la proximité avec ceux qu’on aide. »



« PLUTÔT QUE DE CRÉER DES INDEMNITÉS, AIDONS À CRÉER DES ENTREPRISES »



Vous avez tous deux sauté ce pas : Arnaud, vous quittez il y a trois ans le système bancaire classique pour créer un site de prêts solidaires. En 1989, Maria, vous arrivez à la conclusion que la création d’une association innovante de microcrédit est pour vous la seule solution ?

M. N. - À l’époque, j’avais un emploi, trois enfants, et plutôt envisagé d’apporter mon appui à une O. N. G. française spécialisée dans les problèmes d’exclusion. Sauf qu’à la fin des années 80, le microcrédit, personne n’y croyait. On me disait : c’est très bien pour les pays en voie de développement. En France, nous n’en avons pas besoin, on a un socle social. Moi, je pensais que si. Vingt ans plus tard, la France n’a plus les moyens d’entretenir quatre millions de chômeurs. Ce qui est urgent et important, c’est non pas évidemment d’abandonner les gens en difficulté, mais de les aider à s’en sortir. En 2009, 280 000 entreprises ont été créées. Sait-on que 40 % de ces créateurs sont des chômeurs ? La demande de microcrédit ne cesse d’augmenter, la croissance de notre activité est de 30 % par an. Le coût d’un chômeur est de plus de 13 000 euros par an, rien qu’en coûts directs. Si vous y ajoutez le manque à gagner en termes de fiscalité et de cotisations sociales, c’est plus de 30 000 euros ! Voilà une façon de faire des économies : plutôt que de créer des indemnités, aidons à créer des entreprises.

A. P. - J’ai travaillé pendant douze ans dans des banques de gestion de fortune. Moi, je rêvaisarnaud222.jpg d’une banque pour les plus pauvres. En 2004, l’établissement dans lequel je travaillais a lancé un partenariat de compétences avec Acted (2), quatrième O. N. G. française, qui avait des activités de microcrédit. Et j’ai mis le pied dans cet univers, décidé d’y rester. Pour créer sa boîte, il faut une idée, accepter de prendre des risques, malgré sa trouille. Je ne le regrette pas.

Babyloan se tourne d’abord vers les pays en voie de développement. Pourquoi la France, désormais ?

A. P. - Fin 2008, nous avons lancé le site dans une logique Nord-Sud : un Parisien, une Lyonnaise, un Toulousain… peut, via Internet, choisir le projet qu’il soutient au Vietnam ou au Kenya, et suivre pas à pas son évolution. Et ça prend. Mais très vite, nous nous disons aussi : grâce à l’Adie, la France est le pays où le microcrédit est le plus développé en Europe, sauf qu’un internaute n’a pas le droit de prêter de l’argent à un projet hexagonal. Le soutenir par un don, oui, mais jamais par un prêt. Or c’est un engagement très différent.

Pourquoi ?


A. P. - Prêter des sommes, choisir à qui, pour quel projet, tisser ce lien, c’est une façon de dire « je ». De prendre sa part de responsabilité, de chercher de la proximité avec ceux qu’on aide.

Avec Maria Nowak, vous décidez de faire sauter ce verrou hexagonal…

A. P. - On a demandé à la Banque de France et à l’Autorité des marchés financiers comment faire pour permettre aux Français qui le souhaitent de financer grâce à Internet des projets soutenus par l’Adie. Et ces autorités qui avaient mis quatre mois à nous dire comment réguler les mouvements de prêts entre le Nord et le Sud ont mis deux heures à nous dire que c’était impossible dans une relation du Nord au Nord. Pourquoi peut-on aider quelqu’un au Cambodge et pas à Châteauroux ? C’était absurde. À force de propositions, nous avons été entendus par Christine Lagarde et par les parlementaires.

Et les lignes ont bougé ?

A. P. - Oui, à l’Assemblée comme au Parlement, un amendement à l’article 511.6 du code monétaire et financier a été voté, et il permettra, d’ici la fin de l’année en principe, aux personnes physiques, en complément des banques, de prêter de l’argent via Internet aux associations de microcrédit telle l’Adie.

Maria Nowak, vos clients ont-ils changé en vingt ans ?

M. N. - Nous avons davantage de travailleurs pauvres, des gens qui composent souvent avec un emploi qui ne suffit plus. Et puis, des chômeurs et des titulaires des minima sociaux, avec une part importante de jeunes. C’est pour moi le problème majeur : dans certains quartiers, le taux de chômage des jeunes monte jusqu’à 40 %. On veut repousser l’âge de la retraite à 62 ans, mais on n’arrive pas à mettre les gens au travail avant 30 ans. Ça n’a pas de sens ! Faute de boulot, ces jeunes tombent dans toutes sortes de dérives. Ce peu d’intérêt apporté par notre société aux jeunes, auxquels on transmet de surcroît la dette, me paraît terrible ; et d’autant plus paradoxal que dans les foyers, ces jeunes, nos enfants, sont l’objet de tant d’attention! Il y a dans ce pays un « choix vieillesse » qui est insensé.

Comment fonctionnera votre partenariat ?

A. P. - L’Adie va sélectionner partout en France un certain nombre de bénéficiaires de microcrédit que les internautes viendront aider à financer, en sachant exactement pour quel projet et combien de temps. Notre objectif est de financer un million d’euros de prêts en France, autant que ce que nous avons fait à l’étranger jusqu’à présent.

M. N. - Cela crée une relation d’échange, et suscite une confiance des gens en eux, une confiance en l’avenir. C’est bien plus que de l’argent.

A. P. - J’ajoute qu’il n’existe pas de défiscalisation avec cette pratique. Les internautes qui prêtent 20, ou 200, ou 2 000 euros le font convaincus, ils veulent aider les autres, pas réduire leur impôt.

Qu’est-ce qu’il faut d’abord pour se lancer dans une microentreprise ?

M. N. - De la persévérance, de la force. Je crois que les gens ont besoin de créativité et de sécurité. Or ce qui est terrible en France, c’est qu’on veut bien leur accorder l’un ou l’autre. Il est important de créer plus de sécurité pour les travailleurs indépendants, d’autant que les gens ont compris qu’on ne fait plus sa carrière dans une seule entreprise, qu’on n’aura probablement pas toute sa vie le même statut professionnel, qu’on passera de l’un à l’autre, salarié, indépendant…

A. P. - Le microcrédit soulève un débat de société : comment repositionner l’homme au centre du système ? À l’approche du débat électoral, ça n’est pas rien…

M. N. - Aujourd’hui, un milliard de personnes dans le monde auraient besoin d’un microcrédit. Or on compte globalement cent cinquante millions de bénéficiaires. J’aimerais que ce type d’échange devienne partie intégrante du système financier, et non plus le parcours de combattant que cela reste encore. Le changement passe notamment par un gros travail de communication.


Créé en 2008 par Arnaud Poissonnier et Aurélie Duthoit, le site "babyloan"permet aux internautes de faire des prêts solidaires de 20 à 2 000 € ou plus. Tous les mois, l’internaute est remboursé, et peut prêter à nouveau ou récupérer son argent. Babyloan a orchestré un million d’euros de prêts par 7 000 Babyloaniens pour 3 200 projets dans les pays en voie de développement et en France en 2011.

Les Rencontres de Babyloan, du 15 au 17 octobre au jardin d’Acclimatation de Paris, des débats étudiants et grand public. www.babyloan.org

 

 

FEMME D’EXCEPTION :

Maria Nowak a 4 ans en 1943 quand l’armée fusille en Pologne une partie de sa famille, en déporte d’autres membres. Elle fera ses études à Paris, avant de parcourir l’Afrique depuis la Guinée, puis l’Asie, l’Europe centrale à nouveau… Économiste, elle est l’auteur notamment de La Banquière de l’espoir (éd. Albin Michel, achetez-le en un clic >>) et du Microcrédit ou le pari de l’homme (éd. Rue de l’Échiquier, “

 

(L’association de Maria Nowak : Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), 4, bd Poissonnière, 75009 Paris. Tél. : 01 49 33 19 00. www.adie.org )

 

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