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21/02/2011

L'AGRICULTURE POUR QUEL AVENIR ?

 

 

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Au lendemain de l'ouverture du Salon de l'agriculture, l'économiste Philippe Chalmin (✴),Chalmin a3f063dc79dd3dc5cbb2801c2744b0fd.jpg professeur à l'université Paris-Dauphine, explique pourquoi les déséquilibres alimentaires mondiaux vont durer.  

 

«Ces hausses ont provoqué des crises politiques pour les uns, des tensions inflationnistes et des débats sur les prix et les marges pour les autres»

En ce début de 2011, les tensions sont extrêmes sur les marchés agricoles mondiaux: les prix des céréales et des oléagineux mais aussi du sucre et de nombreux produits tropicaux comme le café, le cacao ou même le poivre, ceux du beurre ou de la viande bovine affichent des hausses parfois historiques. La seule exception notable à cet emballement des cours est le riz. Sur nombre de marchés, et notamment ceux des «grains» (blé, maïs, soja), la situation est même inquiétante et on ne peut exclure de nouvelles hausses durant les prochains mois. En ce sens, les autorités politiques ont raison d'alerter l'opinion publique mondiale et il faut saluer la décision française de faire de la question agricole et alimentaire un des thèmes majeurs de sa présidence du G20.

Disons-le tout net, la spéculation - dans sa dimension financière- n'a joué qu'un rôle secondaire dans cette crise, contrairement à ce qu'affirment certains. Depuis les années 1930, toutes les études académiques réalisées sur le rôle de la spéculation ont conclu à sa neutralité: d'ailleurs, dans la liste évoquée plus haut, nombre de produits comme le riz, le beurre, la viande bovine ou le poivre ne possèdent pas- à l'échelle mondiale- de marché financier représentatif et se trouvent de facto ignorés par les grands indices qui concentrent la plus grande partie de la spéculation financière sur les matières premières.

Ce que les marchés constatent aujourd'hui, c'est la négligence dont a été victime pendant des décennies l'agriculture dans de très nombreux pays en développement, c'est le recul d'une certaine forme de productivisme alors même que, du fait de la croissance tant démographique qu'économique, les besoins alimentaires ne cessaient d'augmenter.

Aujourd'hui, les équilibres des bilans mondiaux sont tellement précaires que les marchés sont à la merci du moindre accident climatique, surtout lorsque celui-ci affecte un grand pays exportateur comme ce fut le cas en 2010 et 2011 avec le Canada, la Russie, l'Australie et l'Argentine pour les céréales et les oléagineux. Au-delà des tensions du court terme, le message que nous adressent les marchés par le biais de ces hausses de prix est simple et de bon sens: les déséquilibres alimentaires mondiaux sont là pour durer. Et, comme d'habitude, ce sont les plus pauvres qui souffrent.

Ces hausses de prix ont en effet provoqué deux types de réactions suivant les pays: des crises politiques pour les uns, des tensions inflationnistes et des débats sur les prix et les marges pour les autres. Pour les premiers, on paie là le résultat de décennies de mal gouvernance et d'abandon des politiques agricoles au nom du libéralisme mal digéré des institutions de Washington (Fonds monétaire international et Banque mondiale).

Espérons seulement que l'indignation internationale puisse se traduire en espèces sonnantes et trébuchantes pour financer le développement agricole de tous ceux qui en ont besoin, et le modèle de la politique agricole européenne (la PAC dans sa première version, celle des années 1960) est probablement le plus pertinent pour les pays les plus pauvres.

 

Reconstituer les stocks

 

Dans les pays développés, et surtout en Europe, la hausse des prix agricoles provoque d'autres tensions, à l'intérieur des filières elles-mêmes et jusqu'au consommateur. Avec la disparition des «vieilles» politiques agricoles de stabilisation des marchés et des prix, c'est presque la première fois depuis les années 1950 que se pose la question de la transmission de l'instabilité agricole aux produits alimentaires.

Dans un pays comme la France, ces hausses font surtout éclater au grand jour le malaise existant presque à tous les stades des filières industrielles et commerciales, l'absence de confiance entre les acteurs et le climat délétère qui préside aux négociations de prix.

Les quelques mois à venir jusqu'à la nouvelle campagne dans l'hémisphère Nord (juillet) monde12a788495f5c8411adeeb4401aaffb9a.jpgresteront très tendus sur des marchés nerveux, même si on peut penser que la plupart des grands importateurs ont, à l'image de l'Égypte ou de l'Algérie, «couvert» leurs approvisionnements. Ensuite tout dépendra de la production 2011-2012, de la situation en Russie notamment, des surfaces ensemencées en maïs ou en soja aux États-Unis, du climat et des hommes un peu partout. Souhaitons que la campagne à venir permette de reconstituer les stocks des grands exportateurs et que les marchés relâchent donc leur pression. Mais souhaitons aussi que 2011 ne passe pas à la trappe aussi vite que 2008, que le monde une fois de plus n'oublie pas ses paysans. Car, demain- et c'est là notre seule certitude- le monde aura encore faim!

(*) Auteur de Le monde a faim, Bourin éditeur

 

 

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