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05/05/2011

EPARGNE : LA GUERRE EST DECLAREE

 

 


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(Un banquier est un homme qui vous prête un parapluie quand
il fait beau et vous le reprend quand il pleut. Bernard Shaw.)
 

Sous la pression de leurs nouvelles contraintes réglementaires, les banques ont engagé une vaste course aux dépôts.

«Pour parler franchement, votre argent m'intéresse»: ce slogan choc de la BNP n'avait pas fait long feu dans les années 1970 Aucune banque n'osera aujourd'hui l'afficher à son frontispice; pourtant, il n'a jamais été autant d'actualité. Que ce soit au guichet ou sur les pages d'accueil des banques en ligne, les enseignes mettent les bouchées doubles pour collecter la trésorerie des entreprises et les quelque 200 milliards d'euros épargnés chaque année par les ménages français. Toutes les occasions sont bonnes. Un crédit immobilier? Certains prêteurs proposent un taux plus attractif si l'emprunteur garantit de laisser un matelas de dépôts.


Les banques, à travers leurs courtiers en ligne, Fortuneo pour Crédit mutuel Arkéa ou BforBank pour le Crédit agricole, ont multiplié ces derniers mois les promotions avec des «superlivrets» offrant jusqu'à 5% de rémunération sur trois mois, contre 2% pour le livret A. Primes de fidélité ici, rendements «boostés» là, le marketing bancaire se déchaîne.

Cette guerre larvée de l'épargne s'explique d'un mot: liquidité. La faillite de Lehman Brothers a mis en lumière ce que les vieux briscards savaient: une banque ne meurt pas d'une insuffisance de capital mais bel et bien d'un manque de liquidités. Traumatisés, les régulateurs ont durci leurs exigences de façon drastique: les établissements de crédit doivent lester leurs soutes de suffisamment d'actifs liquides pour pouvoir survivre le plus longtemps possible sans avoir besoin d'emprunter sur les marchés.


Ce nouveau cadre réglementaire, baptisé «Bâle 3», porte les germes d'une vaste redistribution des cartes de l'épargne en France. La raison? Au royaume de Bâle 3, toutes les poches profondes ne se valent pas. L'assurance-vie, par exemple, ne rentre pas dans le calcul du ratio de liquidité, pour la bonne raison que l'argent collecté est investi en immobilier, obligations et autre actions, et ne reste pas au bilan des banques. Idem pour les sicav. Sont, au contraire, prisés les comptes à terme et les livrets. Alors, est-ce un hasard si la collecte de l'assurance-vie est déprimée depuis la fin 2010? «Ce sont surtout les clients qui ont déplacé leur épargne», assure Dominique Garnier, directeur général de la Banque populaire Sud-Ouest. «On met la pédale douce sur l'assurance-vie et le gouvernement nous a bien aidés en faisant planer des menaces sur sa fiscalité», reconnaît un concurrent.

336a34231f6ec268.jpg«Tout joue dans le bon sens en ce moment pour la collecte de l'épargne bilan. Les taux sont bas et les marchés actions font toujours peur», poursuit Christophe Tadié,(photo) associé du cabinet de consultant Bain & Compagnie: «C'est surtout la gestion d'actifs qui fait les frais de cette situation.» Premières victimes de la guerre, les 80 milliards d'euros d'OPCVM monétaires ont fondu de 60 milliards en dix-huit mois! Face aux rendements quasi nuls des fonds monétaires, les conseillers bancaires n'ont pas eu de mal à convaincre leurs clients d'alimenter des livrets aux rendements souvent dopés.

Le principe est simple: plus le client s'engage sur la durée, plus le rendement est élevé. Encore un dispositif calé sur les exigences des régulateurs qui ont concocté deux types de ratios, afin de garantir les liquidités à court terme mais aussi à moyen terme.

La Société générale a collecté plus de 1 milliard d'euros sur son Livret d'Épargne Plus qui offrait jusqu'au 30 avril un rendement promotionnel allant jusqu'à 3%. «C'est un produit attractif pour nos clients et qui coïncide bien avec nos besoins en termes de ratios», souligne Jean-François Sammarcelli, directeur général délégué de la Société générale. «Nous vendons des obligations BPCE qui séduisent nos clients», témoigne Didier Patault, président du directoire de la Caisse d'épargne de Bretagne-Pays de Loire.

«Avant c'était le marketing qui donnait des directives aux directions financières. Désormais c'est le contraire», résume un banquier. Pour autant, si les commerciaux rivalisent d'imagination, aucun grand réseau, à ce stade, n'a cédé à la pression en promettant une rémunération significative des comptes courants, au contraire de ce qui s'est passé en Espagne et commence à arriver en Allemagne et en Italie. «Les Caisses d'épargne ont calmé la place française car leur tentative de rémunérer les dépôts à 1% il y a quelques années s'est soldée par un échec», s'exclame un concurrent. Pour autant, chacun s'épie. Car la remontée des taux courts engagée par la Banque centrale européenne a de quoi changer la donne. «La hausse des taux va redonner des couleurs aux sicav monétaires», pronostique déjà Paul-Henri de La Porte du Theil, président de l'Association française de la gestion financière. Bref, la guerre peut encore réserver bien des surprises.

(source)

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