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21/08/2011

MEDICAMENTS : PENURIES SAVAMMENT ORCHESTREES ?

 

 

 

 

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  Antidépresseurs, antihypertenseurs ou encore antiépileptiques : les ruptures de stocks de plus en plus fréquentes dans les pharmacies relancent la polémique sur le système de distribution des médicaments. « En bout de chaîne, ce sont les malades qui sont pénalisés, estime un pharmacien de Seine et-Marne.

Parmi les milliers de molécules sur le marché français, environ 600 sont soumises à des quotas.

Quels produits subissent le plus la pénurie et quels sont les risques pour les patients ?

En 2010, un collectif d’associations de lutte contre le sida avait tiré la sonnette d’alarme suite à des ruptures d’approvisionnement des pharmacies en antirétroviraux. Depuis, les difficultés se multiplient. « L’observatoire que nous avons mis en place début mars a déjà reçu 1 200 déclarations qui portent sur plus de 300 spécialités. Pour 170 d’entre elles, les ruptures ont duré plus de trois jours », précise Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Dans son officine de Montélimar (Drôme), ce pharmacien estime manquer en permanence de 10 à 15 médicaments. « Ce sont souvent des produits d’usage courant : traitements de maladies chroniques comme l’hypertension, la schizophrénie ou encore l’épilepsie » , cite-t-il.

Les pharmaciens se dépannent entre eux ou via les hôpitaux. Mais quand elles se prolongent, les pénuries peuvent avoir des conséquences concrètes pour les malades. « Nous pouvons être amenés à changer de molécule ou à jongler avec les dosages, par exemple donner 2 comprimés à 5 mg au lieu d’un à 10 mg. Alors que nous essayons de convaincre les patients de l’importance de l’observance du traitement, c’est gênant », insiste Gilles Bonnefond. Sans compter que parfois, il n’existe pas de molécule de substitution. Les Entreprises du Médicament (Leem) et les grossistes répartiteurs font le même constat. « Actuellement, en moyenne, notre taux de rupture par produit est de 1,3 jour par mois, alors qu’il était de l’ordre de 0,7 il y a encore quelques mois », indique Philippe Coatanea, directeur général d’Alliance Healthcare Répartition, un grossiste répartiteur. Le Leem assure cependant qu’en cas de besoin, les laboratoires « déploient tous les moyens nécessaires pour assurer la continuité des traitements des malades ». Ce fut le cas pour les antirétroviraux.

Comment fonctionne le circuit de distribution des médicaments ?

Actuellement, la plupart des médicaments sont vendus aux pharmacies par l’intermédiaire de grossistes répartiteurs. Les 7 entreprises, soit 183 établissements (filiales régionales), ont l’obligation de référencer les deux tiers des spécialités pharmaceutiques, et de livrer les officines dans moins de 24 heures. Parmi les milliers de molécules sur le marché français, environ 600 sont soumises à des quotas. Le principe est simple : c’est le laboratoire fabricant qui décide de la quantité de médicaments qu’il octroie mensuellement à chaque grossiste, établissement par établissement, en fonction des parts de marché. « En vingt ans, la marge brute des grossistes est passée de 10,75 % à 6 % et c’est l’industrie pharmaceutique qui a empoché la différence », relève Serge Rader, pharmacien.

Quels sont les dysfonctionnements responsables des pénuries ?

 

Laboratoires, grossistes et autorités sanitaires se refilent la « patate chaude ». « Les laboratoires contingentent les grossistes pour éviter que ces derniers revendent les médicaments plus cher à l’étranger, estime Gilles Bonnefond. De fait, les grossistes-répartiteurs peuvent exporter en toute légalité une partie de leur stock dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne, où le prix des médicaments est plus élevé qu’en France ».

Problème, le système est totalement opaque. « Personne ne peut dire combien et quel grossiste exporte », affirment tous les pharmaciens que nous avons interrogés. Les grossistes et les laboratoires s’en défendent. « Dans notre entreprise, le taux d’exportation est anecdotique, moins d’un pour cent, et les ventes à l’étranger ne concernent jamais des produits comme les anticancéreux et les antirétroviraux », insiste ainsi le directeur général d’Alliance HealthCare Répartition.

Quant aux laboratoires, accusés eux aussi de préférer vendre à l’étranger et d’orchestrer la pénurie par le biais du système des quotas, ils pointent du doigt d’autres acteurs. Le Leem se dit préoccupé par l’émergence de nouveaux intermédiaires inexpérimentés dans le circuit de distribution. Ceux-ci, appelés « short-liners », ne représenteraient pourtant que 2 % du marché. Les entreprises du médicament rappellent par ailleurs que l’État s’était engagé à solutionner la question des ruptures de stock dès octobre 2009. Mais, poursuit le Leem, la disposition juridique prise dans ce but (article 11 de la loi de financement de la Sécurité sociale) a été censurée par le Conseil constitutionnel. « Depuis, les pouvoirs publics n’ont jamais comblé ce vide juridique », regrettent les entreprises du médicament. Il y a quelques jours, sur Europe 1, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, s’est dit prêt à légiférer si laboratoires et grossistes ne respectaient pas leurs obligations. « Il n’est pas normal que les prix varient du simple au triple au sein de l’Union européenne. Les labos doivent établir un prix européen de leurs médicaments et ne pas jouer la pénurie pour augmenter leurs profits » , rétorque Serge Rader.

(source LeFigaro.fr)

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