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01/06/2012

LE CINEMA JOUE AVEC LE FEU ...ATTENTION, DANGER

 

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La cigarette apparaît dans 80% des films. Cela contribue à normaliser le fait de fumer, notamment auprès des jeunes.

 

Malgré l'interdiction de vente du tabac aux moins de 18 ans, la hausse du prix des cigarettes, les campagnes de prévention et l'interdiction dans les collèges et lycées, la part de jeunes Français qui fument ne diminue plus. Pourquoi? À l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, la Ligue contre le cancer donne un élément d'explication en publiant une étude sur la présence du tabac au cinéma, que Le Figaro dévoile. L'association a regardé les 180 films français ayant comptabilisé le plus grand nombre d'entrées entre 2005 et 2010. Elle dénonce «la trop forte présence du tabac sur les écrans» et demande une prise de conscience du monde du 7e art.

Sur la période étudiée par l'Institut Ipsos, 80% des films contiennent au moins une scène de tabagisme et 30% plus de dix. En moyenne, le tabac s'impose pendant 2,4 minutes par long-métrage, ce qui équivaut à la durée de cinq publicités. Jugé atypique, Gainsbourg, vie héroïque , qui cumule 43 minutes de tabagisme, a été exclu du calcul. C'est de loin le film où l'on fume le plus depuis 2005. Viennent ensuite Un prophète , Coco avant Chanel et Les Petits Mouchoirs . Les marques sont moins visibles que par le passé, mais elles figurent dans certains films, comme Incontrôlable de Raffy Shart où Philip Morris apparaît à neuf reprises. Marlboro reste la plus représentée.

«Des fumeurs de plus en plus respectables»

Ce sont les personnages principaux eux-mêmes qui fument dans près la moitié des scènes. Outre les acteurs des longs-métrages déjà cités, Pierre, interprété par Daniel Auteuil dans Je l'aimais, ou encore José Garcia dans Le Mac se distinguent. Au cinéma comme dans la vie, les femmes fument un peu moins que les hommes, sauf en 2010. Enfin, on voit qu'à l'écran l'interdiction de fumer dans les lieux publics n'est pas appliquée.

«Le profil du fumeur tend à devenir de plus en plus respectable», remarque par ailleurs la Ligue. L'étude pointe une tendance du 7e art à «banaliser l'acte de fumer», en mettant la cigarette en scène dans des situations normales, alors qu'elle a longtemps été associée à des moments d'angoisse ou au contraire de bien-être. «Cette normalisation est inquiétante», déplore l'association.

On sait que le jeune public est particulièrement influençable. Les adolescents qui regardent des films dans lesquels les acteurs fument sont plus nombreux à expérimenter ce produit. Ce lien a été montré par une étude européenne publiée en 2011, portant sur 16.000 adolescents. Les chercheurs ont trouvé dans le groupe des jeunes les plus exposés au tabagisme à l'écran deux fois plus de fumeurs que dans celui des moins exposés.

Sans avoir de preuve formelle, les associations de lutte contre le tabagisme sont persuadées que les fabricants de tabac se cachent derrière ces images de volutes de fumées à l'écran. «Aux États-Unis, l'utilisation du cinéma est une pratique ancienne et très fréquente des cigarettiers», souligne Karine Gallopel-Morvan, chercheur à Rennes.

La lecture des documents internes rendus publics sous contrainte judiciaire en 1998 aux États-Unis révèle que les industriels voient dans le cinéma un support stratégique. «Nous pensons que la plupart des images fortes autour des cigarettes et de la tabagie sont créées par le cinéma et la télévision», peut-on lire dans une archive de Philip Morris datée de 1989.

Ou encore: «Les films et les personnalités ont plus d'influence sur les consommateurs qu'une affiche statique d'un paquet de cigarettes.» Dans ces documents, les chercheurs ont retrouvé le contrat de Sylvester Stallone, qui a touché 500.000 dollars dans les années 1980 pour se montrer, dans ses films, avec des cigarettes de la marque Brown-Williamson.

Un artifice de mise en scène

En France, le placement de tabac est interdit par la loi Évin. La seule action en justice engagée à ce jour concerne le film Cliente, réalisé par Josiane Balasko, où la marque Malboro Light apparaît dans neuf séquences, mais aussi dans le générique.

De leur côté, les producteurs de films, comme les agences spécialisées dans le placement de produits, démentent formellement tout lien avec l'industrie. Ils mettent en avant la liberté artistique pour expliquer la présence de tabac dans un film. «Quand Guillaume Canet filme une bande de trentenaires, il en fait des fumeurs, car cette génération fume beaucoup!», commente sa maison de production.

Parfois, la cigarette donne plus de force à un personnage ou à une séquence; parfois, c'est un artifice de mise en scène qui permet de «remplir un vide». La Ligue contre le cancer espère que le Centre national de cinéma (CNC) va se saisir de cette question. Selon le Pr Albert Hirsch, «tout en respectant la liberté de création, on pourrait envisager des messages d'avertissement, voire une interdiction aux moins de 18 ans des films où le tabac est omniprésent».

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(source leFigaro.fr// Delphine Chayet )

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