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22/03/2013

SANTÉ : PLUSIEURS MEDICAMENTS RISQUENT LA RUPTURE DE STOCKS

 

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L'Académie de pharmacie alerte sur un phénomène de plus en plus fréquent.

 

Chaque matin, Philippe Liebermann, pharmacien à Strasbourg, ouvre avec une pointe de fébrilité le carton de médicaments qui lui a été livré. «C'est chaque fois une surprise par rapport à ma commande de la veille. Je ne sais jamais quel médicament va manquer complètement ou partiellement!» La seule chose dont il est sûr, c'est qu'il va manquer des choses. Le comble pour l'un des domaines les plus régulés au monde et, à en croire l'Organisation mondiale de la santé, l'un des systèmes les plus performants. L'Académie de pharmacie devrait taper du poing sur la table mercredi prochain, en publiant de nouvelles recommandations pour mettre fin à une situation dangereuse.

Comment en est-on arrivé là? Il faut distinguer différentes ruptures de stocks. «Les plus embêtantes, témoigne le Pr Alain Astier, chef du pôle de pharmacie des hôpitaux universitaires Henri-Mondor, à Paris, ce sont les ruptures dues à des arrêts de fabrication. Soit le fabricant a des difficultés à se procurer des matières premières, soit le marché n'a plus d'intérêt économique». Car à vouloir en permanence restreindre les bénéfices des industriels du médicament, on a oublié l'un des fondamentaux du marché: il faut qu'un produit soit rentable pour être viable. L'État a bien tenté de résoudre le problème par voie législative en 2009, mais la disposition prévue dans la loi de financement de la Sécurité sociale s'était fait retoquer par le Conseil constitutionnel. Impossible d'obliger un fabricant à produire ce qu'il ne veut plus faire.

Un hôpital contraint de recourir à une vieille méthode

Quand c'est le choix d'un industriel d'arrêter la commercialisation d'un produit, il doit en avertir l'Agence du médicament six mois à l'avance, donc le problème ne se pose pas forcément, en théorie. «Mais quand il est lui-même victime d'un problème de qualité de fabrication de lots ou d'une rupture d'approvisionnement en matière première. Que fait-on?», demande le Pr Astier. Un problème qui n'a rien d'hypothétique, puisque c'est le cas aujourd'hui pour certains anticancéreux d'utilisation trop rare pour être rentables aux yeux des fabricants de matières premières. En 2008-2009, c'est un marqueur radioactif souvent incontournable en cancérologie pour réaliser des bilans d'extension, le technétium-99m, qui est devenu quasiment introuvable. Suite à une panne dans le réacteur nucléaire de la centrale de Petten, en Hollande, toute l'Europe s'est retrouvée en difficulté.

«L'an dernier, c'est la TSH recombinante, un produit utilisé pour stimuler la thyroïde, dans le traitement, les bilans d'extension et de récidive des cancers thyroïdiens qui est venu à manquer», raconte le Pr André Aurengo, chef du service de médecine nucléaire de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. L'hôpital a été contraint de recourir à une vieille méthode: arrêter les traitements des malades pour les mettre en insuffisance thyroïdienne et voir ainsi si persistait une activité thyroïdienne. «Les patients se retrouvaient en grande hypothyroïdie. C'est très pénible pour eux.»

Manquer de traitement. La hantise de Philippe Liebermann dans sa pharmacie strasbourgeoise. Ce matin, 5 % de ses commandes de la veille n'ont pas été livrées. La liste des médicaments non livrés n'a pas forcément de logique. Aujourd'hui, on y trouve aussi bien l'Atacan, un antihypertenseur, que le Glucor, un antidiabétique, l'Infanrix, un vaccin, ou le comprimé d'Atarax 100 mg, un anxiolytique. «Ce n'est pas forcément grave. On pourra par exemple dire au patient de prendre 4 comprimés d'Atarax à 25 mg», philosophe Philippe Liebermann. Mais il sait aussi que la moitié des médicaments qui ne lui ont pas été livrés ne le seront pas avant quatre jours.

 

60 à 80 % des matières premières viennent d'Inde et de Chine

Il y a trente ans, 80 % des matières premières utilisées pour fabriquer des médicaments provenaient d'Europe. Aujourd'hui, la situation s'est inversée: 60 à 80 % viennent de pays tiers de l'Union européenne, principalement Inde et Asie. Une situation qui inquiète l'Académie de pharmacie non seulement par les risques de dépendance accrus, mais aussi par la perte de savoir-faire industriel que cela traduit. La semaine dernière, Le Quotidien du médecinrévélait qu'en 2012, 41% des inspections réalisées sur des sites de fabrication hors Europe par les inspecteurs de la Direction européenne de la qualité du médicament s'étaient avérées non conformes. C'était le cas de 34 % des sites en 2009. Sans oublier que les sites inspectés sont volontaires, donc engagés dans une évidente démarche qualité. Mais que penser de la multiplication d'acteurs moins scrupuleux? Il existe en Chine plus de 5000 sites, sans compter les sous-traitants. «Les médicaments ne sont pas une simple marchandise», disait un ancien directeur général de l'OMS.

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(Source LeFigaro.fr /Par Damien Mascret )

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