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15/06/2013

L'ENVIE, UNE EMOTION RAVAGEUSE

 

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On la tait, on en a honte L'envie peut, si l'on n'en tient pas compte, s'avérer destructrice.

 

C'est une histoire qui commence bien: quatre consultants - même âge, même formation - décident de s'associer pour créer un cabinet conseil. Les premiers mois se passent au mieux: des missions sont décrochées et réalisées, souvent par groupes de deux. Puis, peu à peu, des écarts se manifestent entre les membres de l'équipe: certains clients préfèrent travailler avec l'un plus spécialement, chaque consultant se retrouve spécialisé dans un domaine qui valorise ses compétences… L'inégalité des missions dérange de plus en plus l'un des consultants, qui lorgne les réussites d'un de ses collègues, vitupère pour qu'on répartisse les missions selon leur ordre d'arrivée, commence à interroger avec suspicion ses partenaires sur leurs travaux en cours, etc. Le climat se dégrade alors, des réunions houleuses ont lieu et finalement les consultants mettent un terme à leur entreprise qui, pourtant, se révélait fructueuse. Que s'est-il passé? Telle la rouille, l'envie d'un des consultants a érodé la qualité des relations et miné peu à peu la créativité de l'équipe.

Cette mésaventure a servi de point d'appui à la chercheuse Bénédicte Vidaillet, maître de conférences à l'université de Lille 1, spécialiste des organisations, lorsqu'elle a publié en 2006 Les Ravages de l'envie au travail (Éditions d'Organisation), un essai plusieurs fois primé et réédité depuis.

Harcèlement moral

C'est que ce sentiment toxique est mal connu, y compris des psychologues. Normal, celui qui en est atteint, l'envieux, tait sa convoitise, la dissimule, en a honte. «L'envie est sans doute la plus mal aimée des émotions humaines, observe Bénédicte Vidaillet, car la moins dévoilée, donc peu partagée. De plus, si elle relève de l'agressivité, elle génère de la culpabilité, parce qu'on envie les qualités, possessions ou succès de ceux qui nous sont proches et auxquels on s'identifie. Lorsque les personnes sont plus lointaines, on reste dans l'idéalisation.» Et cette chercheuse qui étudiait depuis des années les dysfonctionnements d'équipes sans toujours identifier leur origine déclare: «Le jour où j'ai enfin compris que l'envie s'insinuait partout, tout s'est éclairé.»

Raverdy201203014f4f34c7350cc-0-147652.jpgCatherine Raverdy, psychologue dans le nord de la France, a fait le même constat à force d'écouter certains patients, souvent plus frustrés que d'autres: «Si la jalousie est un sentiment que nous pouvons tous éprouver, elle n'entraîne pas certains comportements que l'envie pathologique, elle, déclenche chez ces personnes: s'habiller comme celle qu'elles envient, draguer son conjoint ou rayer sa voiture…»

Pour la psychologue, qui a écrit un essai clinique sur l'envie -L'Avidité destructrice(Éditions ILV) -, les personnes qui en sont affectées au plus haut point ne relèvent pas du traditionnel tableau de la névrose: «C'est leur structure même de personnalité qui souffre d'un manque existant dès leur naissance, explique Catherine Raverdy. La moindre étincelle dans leur vie d'adulte peut rallumer le feu qui les dévorait quand, bébés, ils étaient déjà plus goulus et colériques que d'autres…»

S'ils ne confient pas d'emblée leur mal, certains envieux parviennent toutefois, après avoir exploré longtemps leur frustration, à l'exprimer. «C'est une mère qui avoue vouloir posséder les qualités physiques ou intellectuelles de sa fille, ou ce jeune homme qui reconnaît vouloir un enfant parce que tous les autres en ont», raconte-t-elle. Pour cette psychologue, de nombreux cas de harcèlement moral reposeraient sur une dose irrépressible d'envie: celle du prédateur qui cherche au départ à s'approprier la fraîcheur ou la créativité de sa victime et, n'y parvenant pas, s'exerce à la détruire.

Bénédicte Vidaillet travaille, elle, à décrypter les pratiques qui peuvent favoriser la flambée de l'envie dans toute organisation: évaluation des performances et de la personne rendue publique, promotions des uns non expliquées aux autres… De manière générale, «rendre l'échec moins stigmatisant et douloureux» lui semble nécessaire pour atténuer les effets négatifs de la comparaison.

Les recherches sur l'envie - et les enviés - ne font que commencer en Europe alors qu'elles existent depuis les années 1950 dans la psychologie sociale américaine. Mais elles vont certainement se multiplier. Ainsi, une récente étude de l'université Humbolt de Berlin s'est penchée sur les sentiments de frustration que manifestent plus d'un tiers des usagers de Facebook après avoir passé du temps sur le réseau social. Il s'avère que les informations sur le bonheur des «amis» (surtout les photos de vacances et de loisirs) attisent l'envie de ceux qui regardent. Du coup, lorsque ceux-ci affichent leurs propres succès, ils ont tendance à les embellir, augmentant la convoitise dans leur réseau. Un mécanisme que les chercheurs ont nommé la «spirale de l'envie».

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(Source LeFigaro.fr /Par Pascale Senk)

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