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25/06/2013

LE TOURISME DE MEMOIRE FAIT RECETTE


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Chaque année, 6 millions de visiteurs parcourent l'hexagone à la découverte des lieux patrimoniaux des deux conflits mondiaux.

Donna Morris s'était donné pour mission de faire découvrir aux touristes américains Paris et les routes des vins. Mais elle a dû ajouter une corde à son arc: de plus en plus ils souhaitent se rendre sur les plages du Débarquement, puis au cimetière américain de Colleville-sur-Mer où 9 388 GI reposent.

La venue de Barack Obama, du prince Charles, du premier ministre canadien, Stephen Harper, et de Nicolas Sarkozy en 2009, lors du 65e anniversaire du Débarquement, a donné un coup de projecteur au lieu. Mais cela n'explique pas tout. «Les Américains se vivent comme des libérateurs de l'Europe. Pour eux, le Débarquement est un épisode à la fois tragique et glorieux de leur histoire», explique Donna Morris. En 2012, plus de 1,5 million de visiteurs ont cherché un nom sur une des croix blanches du cimetière, avant de prendre la pose sur Omaha Beach.

Les combats d'hier sont aussi le patrimoine d'aujourd'hui. Alors que la France est en train de penser en grand les cérémonies de commémoration du centenaire de la guerre de 1914-1918 et celles liées au 70e anniversaire du Débarquement, jamais le tourisme de mémoire n'a été aussi vivace.

 

 

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(photo : Mémorial de Caen )

Selon Atout France, organisme public chargé de promouvoir le pays, plus de 6 millions de visiteurs (dénombrés à partir des entrées payantes) partent chaque année à la recherche de leur histoire, dans des sites comme le Chemin des Dames, le Mémorial de Caen, l'Historial de la Grande Guerre de Péronne ou les anciens camps. La Somme, la Basse-Normandie, la Meuse ou le Var voient défiler des Américains, des Britanniques, des Canadiens ou des Allemands en nombre, sur les pas d'un aïeul mort au combat.

Ces régions et départements en ont parfois fait une vraie marque identitaire. Atout France parle de 50 millions d'euros de retombées économiques. Tous sont d'ailleurs en train de se mettre en ordre de bataille pour les commémorations de 1914.

Des témoignages plus rares

Bâtis sur des traces du réel et porteurs d'authenticité, les sites de mémoire proposent aux visiteurs un mélange d'émotions et de connaissances. Dans le camp de Royallieu, à Compiègne, les baraques où furent parqués 45 000 résistants entre 1941 et 1944, sont encore «dans leur jus». À l'extérieur, un tunnel d'évasion, inachevé, que les Allemands n'ont jamais découvert, remporte un immense succès auprès des jeunes. Quoi de plus puissant que ce tunnel creusé avec les moyens du bord pour parler de liberté et de résistance?

Au camp de Drancy, des graffitis laissés par les 80 000 Juifs qui y transitèrent, sont encore visibles - ils redonnent vie à des milliers de morts. En terre protestante, dans les Cévennes, Le Chambon-sur-Lignon, qui a sauvé des enfants juifs, a inauguré un musée le 3 juin. Quant aux champs de bataille, ils ne sont pas que des ossuaires. Ils sont aussi porteurs de «valeurs positives, comme le courage ou le sacrifice», indique le colonel Pierson, directeur du Mémorial de Verdun.

Avec la disparition de témoins - l'Anglais Claude Choules, dernier des soldats de 1914-1918, est décédé en 2011 - les sites se sentent désormais investis d'une autre mission: celle de parler aux jeunes générations et de se tourner vers l'avenir. «Jusque dans les années 1970, on percevait une part de voyeurisme mortifère chez certains visiteurs. Puis le temps a passé, chacun a pris du recul. Aujourd'hui, les gens veulent se recueillir et comprendre», explique Frédérique Neau-Dufour, directrice du Centre européen du résistant déporté, autre nom pour le camp du Struthof, à Natzwiller, en Alsace. C'est là que Kader Arif, ministre chargé des Anciens combattants va commémorer dimanche le 68e anniversaire de la libération des camps nazis dans le Bas-Rhin.

L'enjeu n'est donc plus seulement d'aménager un lieu de pèlerinage présentant une histoire militaire, mais de «faire réfléchir» comme le dit Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen, consacré à la Seconde Guerre mondiale. «Les plus jeunes, poursuit-il, veulent savoir comment leurs grands-parents ont supporté l'Occupation, les bombardements, les privations et les déportations.» À l'entrée du camp de Milles, lieu d'internement et de déportation situé à Aix-en-Provence, deux questions sont posées: «Que ferais-je demain si…?» et «Comment est-ce arrivé?». Elles sont largement destinées au public scolaire.

On assiste, selon l'expression de Joseph Zimet, directeur de la mission pour le centenaire de 1914-1918 à «un changement de paradigme de la mémoire combattante», du moins pour les guerres les moins récentes.

Pendant des décennies, les témoins et les anciens combattants ont raconté leurs expériences, dans des films ou des salles de classe. Cette parole se faisant de plus en plus rare, la mémoire doit s'organiser autour de l'histoire, de la pédagogie, mais aussi de la culture.

 

 

 

(source LeFigaro.fr // Claire Bommelaer)

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