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01/07/2013

SANTÉ : EST IL RISQUÉ D'ACHETER DES MEDICAMENTS SUR INTERNET ?

 

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AVIS D'EXPERT- Le Pr Jean-Pierre Foucher, membre de l'Académie nationale de pharmacie, rappelle quelques principes de prudence.

 

Les pharmacies françaises sont officiellement autorisées, depuis le 1er mars dernier, à vendre des médicaments sur Internet, mais, pour le moment, seules une quinzaine d'officines ont déjà leur site et les trois quarts des Français déclarent ne pas être prêts à acheter un médicament sur Internet. Ce sont même ceux qui pourraient le plus bénéficier de cette possibilité d'achat à distance qui se montrent les plus réticents: 90 % des plus de 65 ans ainsi que 87 % des personnes vivant à la campagne!

Internet est entré dans les mœurs de consommation, et aucun secteur ne semble pouvoir échapper à une pratique facile et de mieux en mieux sécurisée. Mais le médicament n'est pas une simple marchandise, et la personne qui entre dans une pharmacie n'y cherche pas seulement un produit, mais une compétence, un conseil et un gage de confiance, une assurance à la fois de sécurité et de santé. Pourquoi acheter des médicaments sur la Toile alors que tous les Français, qui disposent d'une répartition pharmaceutique harmonieuse avec une officine pour moins de 2900 habitants, ont un accès facile à une pharmacie?

Attention aux remèdes miracle

Les Français ont aussi raison de se méfier d'Internet, car ils sont sollicités à longueur de spams par des sites internationaux qui vendent dans plus de la moitié des cas des médicaments falsifiés ou contrefaits contenant au mieux du sucre ou de l'eau, au pire des substances dangereuses, qui peuvent tuer autant que les stupéfiants. Ce fléau de la contrefaçon a décuplé en quelques années sur un marché parallèle vingt-cinq fois plus important dans le monde en chiffre d'affaires que celui de l'héroïne, cinq fois plus que la contrebande de cigarettes ; il représente aujourd'hui jusqu'à 10 % du marché mondial des médicaments.

Sans aller jusque-là, sur Internet, les dangers pourraient être sous-estimés, car les produits vendus hors du circuit habituel ne passent pas par la chaîne pharmaceutique régulièrement contrôlée par les autorités sanitaires. Cela signifie que la qualité des produits proposés, leurs conditions de stockage, mais aussi et surtout leur intérêt thérapeutique ne sont ni évalués ni certifiés. C'est le cas, par exemple, des produits contenant de la mélatonine, très prisés sur la Toile. Enfin, où mieux que sur Internet les charlatans peuvent-ils proposer impunément leurs remèdes «miracle», au risque, malheureusement trop fréquent de séduire des patients crédules ou affaiblis, notamment quand ils sont atteints d'une maladie grave?

La nouvelle loi va permettre justement aux nouveaux sites pharmaceutiques autorisés de se démarquer de ces sites illégaux en enrayant si possible ce développement dangereux et en sécurisant l'acquisition des médicaments par voie électronique. En effet, il est impératif de limiter les risques au maximum en conservant notre circuit du médicament, exemplaire en Europe, où, de la matière première jusqu'à la dispensation, la traçabilité est constamment assurée et la responsabilité du pharmacien engagée.

L'autorisation de la vente de médicaments sur Internet fait partie des obligations liées à notre appartenance à la communauté européenne. Mais pas question pour autant d'autoriser n'importe qui à vendre n'importe quel médicament sur Internet, même légalement, comme en Allemagne, en Grande-Bretagne ou au Danemark. La France a donc fixé, dans les limites permises par la réglementation européenne, les règles qui lui paraissent indispensables pour que la protection de la santé l'emporte sur des considérations purement commerciales.

Contôle des professionnels

Ainsi, seuls les pharmaciens titulaires d'une officine ont le droit d'ouvrir un site de vente de médicaments sur Internet ; surtout, ne sont concernés que les médicaments ne nécessitant pas de prescription médicale obligatoire. Avec ces dispositions, de la production à la dispensation, les médicaments restent sous contrôle pharmaceutique, comme c'est aussi le cas chez nos voisins belges, grecs, irlandais et portugais, qui considèrent, comme nous, que la délivrance d'un médicament, même en automédication, est un acte de santé. C'est pourquoi, sur Internet, les pharmacies «virtuelles» doivent correspondre à des pharmacies réelles, ouvertes au public et tenues par un ou des pharmaciens. Toutefois, pour ne pas se perdre dans la jungle d'Internet, l'usager doit pouvoir les repérer facilement par un logo qui non seulement permettrait de les identifier mais constituerait en quelque sorte un label de qualité, vérifiable par un lien renvoyant par exemple sur le site du ministère de la Santé ou celui du Conseil de l'ordre des pharmaciens.

En attendant, le meilleur moyen de ne pas prendre de risques avec sa santé est encore de continuer à acheter ses médicaments en pharmacie, d'autant qu'avec l'allongement de l'espérance de vie, l'augmentation des maladies chroniques, des polypathologies et la diminution du nombre de médecins, le pharmacien est amené à être un acteur clé d'un nouveau système de santé plus individualisé. Néanmoins, il est clair que le progrès constant des techniques de circulation de l'information ne peut qu'améliorer les services apportés aux patients, comme on le voit avec la télémédecine. Les pratiques des professionnels de santé devront à terme les intégrer officiellement. Rien n'empêche dès lors d'imaginer que, via des moyens interactifs pratiques comme les courriels ou la visioconférence, par exemple, le pharmacien puisse dialoguer avec «l'acheteur» pour s'informer sur son état de santé, son âge, ses traitements en cours, etc., le tout en toute confidentialité, dans l'esprit de ce qui se fait actuellement à l'officine où le pharmacien est à même de nous expliquer personnellement les risques de contre-indications ou d'interactions médicamenteuses lors de la délivrance à l'officine. Cela permettra aussi une meilleure pharmacovigilance. De fait, loin de perdre le contrôle de la délivrance des médicaments, les pharmaciens pourraient, grâce à Internet, faire de leurs sites des relais au service du bon usage des médicaments.

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(Source LeFigaro.fr /Par Jean-Pierre Foucher)

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