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01/08/2013

SANTÉ : LE POUVOIR DES BACTERIES SUR LES MEDICAMENTS

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INFOGRAPHIE - Des chercheurs américains démontrent comment une bactérie intestinale peut inactiver la digoxine, un célèbre cardiotonique.

 

D'ici quelques années, une analyse fine de notre flore intestinale pourrait être le préalable aux prescriptions médicales. Car parmi les dizaines de milliards de bactéries hébergées dans notre tube digestif, certaines seraient capables de modifier la structure, et donc l'efficacité, des substances médicamenteuses. Selon une étude américaine publiée récemment dans la revue Science, la bactérie Eggerthella lenta serait ainsi responsable de l'inactivation de la digoxine, une molécule largement prescrite pour traiter certains types d'arythmies cardiaques.

Si nous ne sommes pas égaux face aux maladies, nous ne le sommes pas non plus en ce qui concerne les traitements médicamenteux. Certains s'avèrent ainsi inefficaces chez des patients sans que l'on sache exactement pourquoi. Depuis le séquençage du génome humain, il a pu être montré que des variations génétiques modulent la réponse aux médicaments. Mais ce déterminisme génétique n'explique pas entièrement la variabilité d'efficacité thérapeutique qui existe entre individus.

«Des traitements anticancéreux sont connus pour ne produire aucun effet chez certains patients, explique Joël Doré, chercheur spécialiste du microbiote (ensemble des micro-organismes) intestinal à l'Institut national de recherche agronomique (Inra). Or l'analyse de leur microbiote a révélé des similitudes importantes chez ces patients, dits “non-répondeurs”.» S'il n'est pas encore possible d'identifier toutes les souches bactériennes présentes dans le tube digestif humain, les travaux publiés jusqu'à présent montrent que le microbiote intestinal comprend une large composante commune entre individus et une part plus spécifique. C'est dans cette spécificité que la variabilité de réponses aux traitements trouverait sa source.

L'étude publiée dans Science montre pour la première fois qu'une seule souche bactérienne peut moduler l'efficacité d'un médicament. «La digoxine est utilisée comme cardiotonique depuis longtemps, souligne le Pr Peter Turnbaugh, microbiologiste à l'université de Harvard et auteur de l'étude. Or les médecins observent depuis toujours qu'une partie des patients semblent «imperméables» au traitement.»

 

Pour élucider ce mystère, les chercheurs américains ont étudié les interactions entre microbiote intestinal et digoxine chez des souris. Leurs travaux ont non seulement permis d'identifier la souche bactérienne responsable de l'inactivation de la digoxine - Eggerthella lenta -, mais décrivent également le mécanisme biochimique en cause. «Cette publication va marquer un tournant dans l'étude du microbiote, relève Joël Doré. Cela montre l'importance de mieux comprendre les bactéries pour améliorer la prise en charge thérapeutique des patients.»

 

Les bactéries ne se contentent pas d'inactiver des molécules médicamenteuses. Certaines sont aussi capables de les transformer en dérivés parfois toxiques pour notre organisme. A contrario, elles sont parfois nécessaires pour activer certains traitements. Mieux comprendre le fonctionnement de ces micro-organismes permettrait donc à moyen terme de proposer aux patients des thérapies compatibles avec leur «profil bactérien». «Nous ne Doré 799b5dd4c426744ce7009d1896ef987f.pngrêvons pas de médecine individualisée, relève Joël Doré, mais nous espérons voir se développer une médecine adaptée à des patients qui partageraient certaines caractéristiques bactériennes.»

Un espoir qui pourrait se concrétiser à moyen terme si les recherches sur le microbiote continuent d'être si productives. En quelques années, 80 % du génome des bactéries intestinales ont été séquencés, soit 3,3 millions de gènes. «C'est 100 fois plus que notre propre génome! Il va maintenant falloir tenir compte de ce que nous pouvons appeler “notre second génome”», conclut Joël Doré (photo).

EN SAVOIR PLUS:

» La flore digestive: qu'est-ce que c'est?

» Pourquoi faut-il prendre soin de notre flore intestinale?

» L'analyse ADN des bactéries de l'intestin presque achevée

(source LeFigaro.fr // Par Stéphany Gardier)

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