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25/04/2014

SANTÉ : FAUT-IL ENCORE SE FAIRE VACCINER CONTRE LE TETANOS

 

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AVIS D'EXPERT - Ce n'est pas parce que nous ne voyons plus de cas de tétanos que la maladie est éradiquée, met en garde le Pr Marc Girard, virologue, membre de l'Académie de médecine.

 

Le tétanos est une maladie mortelle caractérisée par des symptômes particulièrement horribles et douloureux - contraction spasmodique des muscles de la mâchoire, rire sardonique, colonne vertébrale en arc de cercle, convulsions et spasmes bloquant la déglutition et la respiration - conduisant à la mort par arrêt cardiaque, insuffisance respiratoire ou fatigue généralisée. La maladie est provoquée par la toxine d'une bactérie anaérobie (qui n'a pas besoin d'oxygène), , dont les spores sont omniprésentes dans le sol, les poussières et les excréments de certains animaux. L'infection survient lors de blessures profondes de la peau, notamment de piqûres par des objets contaminés (clous, échardes, épines de roses) et souillures de la plaie. Les spores qui se retrouvent au fond de la plaie, à l'abri de l'air, vont y germer pour donner naissance à des bactéries qui sécrètent la toxine, laquelle va progressivement se diriger vers le cerveau en empruntant les voies nerveuses. La seule manière d'arrêter le processus est de neutraliser la toxine par des anticorps spécifiques, les antitoxines, avant qu'elle ne pénètre dans le système nerveux.

Deux sortes de tétanos

gaston-ramon.jpgC'est à un vétérinaire français, Gaston Ramon (photo), que l'on doit l'essentiel du développement des antitoxines. Chargé à l'Institut Pasteur de Garches de la production des antitoxines tétanique et diphtérique, il découvre en 1923 que, chauffées en présence de formol, les deux toxines perdent leur pouvoir toxique tout en conservant leur pouvoir vaccinant. L'opération les a transformées en «anatoxines» qui s'avèrent d'excellents vaccins pour l'homme ou les animaux. Peu de temps après, en 1926, Ramon montre que l'association de plusieurs anatoxines dans la même seringue peut induire de bonnes réponses immunes contre chacune d'entre elles: les vaccinations associées sont nées. Aujourd'hui, le vaccin antitétanique est le plus souvent présenté en combinaison avec les vaccins contre la diphtérie et la coqueluche, eux aussi à base d'anatoxines (vaccin DTCoq acellulaire «DTaP»). On associe ensuite éventuellement l'ensemble avec d'autres vaccins (Hib, polio, voire hépatite B).

On distingue deux sortes de tétanos: le tétanos de l'adolescent ou de l'adulte consécutif à une blessure et le tétanos néonatal. Ce dernier se retrouve encore surtout dans les communautés rurales des pays en voie de développement où pauvreté, manque d'hygiène et pratiques ancestrales favorisent la contamination du cordon ombilical du nouveau-né, qui succombe au tétanos peu après sa naissance. Dès les années 1960, des essais cliniques démontraient l'efficacité de la vaccination antitétanique de la femme enceinte dans la protection du bébé à naître, les anticorps induits chez la mère diffusant à travers le placenta et assurant l'immunité du nouveau-né. L'OMS a recommandé de vacciner systématiquement les femmes enceintes dans les pays en développement, ce qui a abouti ces dernières années à une diminution de 93 % de la mortalité néonatale imputable au tétanos…

Ce que pressentait déjà Gaston Ramon en 1926 quand il écrivait: «L'immunité que transmet la mère (vaccinée) au fœtus permet d'envisager la possibilité d'assurer (…) la protection du nouveau-né vis-à-vis du tétanos d'origine ombilicale (…) une des causes de la mortalité infantile dans certaines régions de l'Afrique». Même si celui-ci reste encore présent dans plusieurs pays d'Afrique ou d'Asie du Sud-Est, l'histoire lui aura donné magnifiquement raison.

Les seniors, population à risque

Dans les pays industrialisés, après l'avènement puis la généralisation de la vaccination antitétanique, les cas de tétanos consécutif à une blessure sont devenus très rares. Ainsi, aux États-Unis, le nombre de cas de tétanos a chuté de 100 fois de 1935 à 2010, et la mortalité qui leur était associée de 2000 fois. En France, 205 cas de tétanos ont été déclarés pour la période 2000-2012, dont 49 mortels, 84 % chez des personnes de plus de 70 ans et 72 % chez des femmes. L'incidence du tétanos est estimée aujourd'hui à moins de 0,05 pour 100 000 habitants en Europe et à 0,01 pour 100.000 habitants aux États-Unis. Un grand nombre des 275 cas dénombrés entre 2001 et 2010 aux États-Unis concernait d'ailleurs des jeunes qui n'avaient jamais été vaccinés du fait de l'opposition de leurs parents à la vaccination, des adultes qui n'avaient pas reçu d'injection de rappel du vaccin, ou encore des immigrés originaires de pays où la couverture vaccinale antitétanique laissait beaucoup à désirer.

Mais le plus grand nombre de cas de tétanos et les plus graves (jusqu'à 31 % de mortalité) s'observent chez les seniors, car les taux d'anticorps protecteurs chutent avec l'âge. Chez les plus de 70 ans, seuls 45 % des hommes et 21 % des femmes ont encore des taux d'antitoxine protecteurs: c'est donc une population à risque et, passé l'âge de 65 ans, il importe de bien respecter les consignes de rappels systématiques de vaccination, qui sont recommandés tous les dix ans dans le nouveau calendrier vaccinal français.

Ce n'est pas parce que nous ne voyons plus de cas de tétanos que la maladie est éradiquée. Les spores de la bactérie responsable du tétanos sont toujours présentes dans notre environnement et, quels que soient les bienfaits individuels de la vaccination, le risque reste entier. Arrêter la vaccination antitétanique se traduirait par une recrudescence immédiate du nombre de cas de tétanos et un retour en force de la maladie. On l'a vécu à la fin du siècle dernier avec la diphtérie dans les pays d'Europe de l'Est, où l'on a observé 250.000 cas de diphtérie liés à l'arrêt de la vaccination, et on l'a vu à nouveau avec la rougeole plus récemment en Europe de l'Ouest.

Rappelons donc à toutes fins utiles que la vaccination antitétanique comporte en France deux injections à l'âge de 2 et 4 mois, suivies d'un rappel à 11 mois, puis de deux rappels respectivement à 6 ans et entre 11 et 13 ans. Des rappels à l'âge adulte sont recommandés à 25, 45 et 65 ans, puis tous les dix ans à partir de 65 ans. Les seniors, surtout, quand ils se mettent au bricolage ou au jardinage, doivent être particulièrement vigilants.

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  • ( source LeFigaro.fr // Par Marc Girard)

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