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14/06/2014

CRISE A L'UMP : LA DROITE FRANÇAISE PEUT-ELLE ENCORE GAGNER UNE ELECTION PRESIDENTIELLE ?

 

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Pour Pierre-Henri d'Argenson (*), la crise interne à l'UMP traduit une fracture idéologique plus profonde. L'électorat conservateur, majoritaire dans la population de droite, rejette désormais en bloc le compromis libéral des dirigeants du parti.

(*)Pierre-Henri d'Argenson,(photo)  haut fonctionnaire, est l'auteur d'Éduquer autrement, le regard d'un père sur argenson-jpg.jpgl'éducation des enfants (L'Oeuvre, 2012) et Réformer l'ENA, réformer l'élite, pour une véritable école des meilleurs (L'Harmattan, 2008). Son dernier livre est Guide pratique et psychologique de la préparation aux concours, (éditions Ellipses, 2013).

 

Malgré la défaite de 2012 et les déchirements de l'UMP, l'inconscient de la droite n'a pas varié d'un iota depuis 1958: trouvons le chef, et la troupe des électeurs suivra. Pourtant, ce théorème fondateur de la droite moderne ne fonctionne plus, même si les dirigeants de l'UMP font mine de ne pas s'en apercevoir, parce qu'ils ont trop peur d'en tirer les conséquences.

La rhétorique habituelle à droite concernant la défaite de 2012 est d'attribuer cette dernière à la personnalité du président sortant Nicolas Sarkozy. Une analyse bien commode, y compris pour l'intéressé, parce qu'elle occulte le séisme politique majeur qui s'est produit à cette occasion, le «Big One» de la droite sous la Vème République: pour la première fois depuis 1958, une partie significative de l'électorat de la droite «parlementaire» a refusé, au second tour d'une élection présidentielle, le «programme commun» de la droite, synthèse bancale de deux courants en réalité incompatibles: le libéral et le conservateur.

Une part croissante de cet électorat conservateur, majoritaire dans le parti et dans la population de droite, n'y croit plus. Quand Nicolas Sarkozy lui annonce au dernier moment de sa campagne qu'il faut si besoin quitter l'espace Schengen, il n'y croit plus.

Jusque-là, la conquête du pouvoir à droite s'était organisée autour d'une répartition des personnalités politiques, entre, d'un côté, la frange libérale, pro-européenne et libre-échangiste, appelée à diriger le parti et à gouverner et, de l'autre, la frange conservatrice, souverainiste, gaulliste ou de tradition catholique, faisant office de simples rabatteurs, remisés dans l'ombre après les élections. Une part croissante de cet électorat conservateur, majoritaire dans le parti et dans la population de droite, n'y croit plus. Quand Nicolas Sarkozy lui annonce au dernier moment de sa campagne qu'il faut si besoin quitter l'espace Schengen, il n'y croit plus. Quand l'UMP lui jure, la main sur le cœur, à l'occasion des élections européennes de 2014, que la famille sera au cœur de ses préoccupations, il n'y croit plus. Il ne croit plus aux promesses d'«Europe qui protège», de «réindustrialisation», de «défense des valeurs». La cassure est profonde, durable, peut-être définitive.

En réalité, l'électorat conservateur ne voit plus le programme libéral comme un pis-aller, un compromis, une concession faite à la globalisation, un moindre mal, en attendant mieux (on devrait dire : en attendant Godot, qui ne vient jamais), mais comme son véritable ennemi idéologique.

Il ne s'agit pas seulement de la crédibilité d'un candidat, mais de la cohérence idéologique d'un parti. A la manière d'un coming out, une partie de l'électorat de l'UMP assume désormais le caractère profondément antagoniste du libéralisme et du conservatisme, et a fait sienne la clé de lecture de Jean-Claude Michéa, qui postule le caractère unitaire du libéralisme, qu'il soit de droite ou de gauche, économique ou politique. Est-ce à dire que cet électorat n'aime pas la liberté? Bien au contraire, il veut la retrouver, sa liberté, face à un libéralisme qui voudrait que le droit et le marché régentent jusqu'aux plus intimes replis de la vie humaine, qui soumet le tout à la somme de ses parties minoritaires, dont les plus virulentes emportent la mise, et qui réduit la politique à un tableau Excel, la nation à un parking, le citoyen à un consommateur, glouton de préférence.

En réalité, l'électorat conservateur ne voit plus le programme libéral comme un pis-aller, un compromis, une concession faite à la globalisation, un moindre mal, en attendant mieux (on devrait dire: en attendant Godot, qui ne vient jamais), mais comme son véritable ennemi idéologique. En clair, que ce soit la droite du Triumvirat (Fillon, Raffarin, Juppé) ou la gauche qui l'emporte, cela signifie pour lui la même chose. Le système libéral est nu: ses électeurs de droite lui ont arraché sa feuille de vigne des valeurs, ses électeurs de gauche sa casquette d'ouvrier. La dynamique du vote «anti-système» est désormais lancée.

La jeunesse qui travaille dur, qui erre de stages en petits boulots, et qu'on vitrifie dans des cursus sans débouchés commence à comprendre, elle, que les sourires progressistes et les sermons eurobéats dissimulent un pouvoir férocement installé et bien décidé à en jouir jusqu'au bout, aux dépens s'il le faut des générations futures, y compris en matière de destruction écologique.

Il existe bien, à droite, une tentative de conservatisme libéral, incarnée entre autres par Hervé Mariton: elle séduit les beaux quartiers, les cadres de la Défense, une partie de la Manif pour tous. La bourgeoisie orléaniste aurait adoré. N'ayant pas de base populaire, elle n'a pas d'avenir politique. La jeunesse qu'elle séduit est la jeunesse BCBG, ou celle qui, croyant encore aux valeurs, n'a pas encore compris que la dé-moralisation de l'homme est au cœur du projet libéral. Mais la jeunesse qui travaille dur, qui erre de stages en petits boulots, et qu'on vitrifie dans des cursus sans débouchés commence à comprendre, elle, que les sourires progressistes et les sermons eurobéats dissimulent un pouvoir férocement installé et bien décidé à en jouir jusqu'au bout, aux dépens s'il le faut des générations futures (lisons Louis Chauvel), y compris en matière de destruction écologique. A cet égard, la moyenne d'âge du Triumvirat qui vient d'être nommé à l'UMP (63 ans) ne risque guère d'améliorer le dialogue des générations.

En adhérant au progressisme libéral dominant et en ringardisant systématiquement son aile droite, l'UMP a totalement échoué à devenir «populaire»: elle n'a pas su devenir autre chose que cette Union pour une majorité présidentielle qu'elle était à l'origine. La droite peut-elle regagner son électorat perdu? Rien n'est moins sûr. Mais sans lui, elle perdra en 2017, comme elle a perdu en 2012. La crise ultime est pour bientôt.

(Source LeFigaro.fr / Pierre-Henri d'Argenson)

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