UA-65297019-1 UA-65297019-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/06/2014

MIGRATION : DES PLANTES TRAVERSENT LE MONDE AVEC LES OISEAUX

 

vol soir.jpg

En voyageant dans les plumes d'oiseaux migrateurs, des spores permettent à des mousses de pousser en Arctique et en Patagonie.

 

C'est une histoire de fougères, de mousses, de champignons et de petits oiseaux. Depuis longtemps, les scientifiques se demandent comment certaines plantes de la même espèce peuvent migrer en divers endroits du globe séparés par des dizaines de milliers de kilomètres, alors qu'elles ne poussent pas entre ces territoires. Des mousses identifiées dans les régions arctiques ont ainsi été repérées à la pointe sud du continent américain, en Patagonie. Lily Lewis, chercheuse du département d'écologie et de biologie évolutive à l'université du Connecticut (États-Unis), apporte une réponse dans une étude publiée dans PeerJ: elles voyagent grâce aux oiseaux migrateurs.

«On sait que, pour les plantes à graines, des oiseaux permettent par leur déjection une dissémination sur de relativement courtes distances, et certains mammifères les transportent dans leur pelage», raconte le Pr Bernard Goffinet directeur du laboratoire à l'université du Connecticut.

 

Mais, pour les plantes à spores, les incertitudes étaient plus grandes. «Nos aînés pensaient que leur dispersion était liée à la seule dérive des continents», précise le scientifique. On sait maintenant que le vent et notamment les grands courants aériens peuvent transporter les spores de ces plantes sur de très longues distances. C'est ainsi que, dans les années 1950, un chercheur scandinave a récupéré des spores de plantes tropicales en recueillant de l'eau de pluie ; elles n'avaient toutefois aucune chance de s'épanouir compte tenu des conditions météorologiques.

À l'échelle des millions d'oiseaux migrateurs qui se déplacent chaque année, la probabilité de dispersion à longue distance est très grande.

Mais, dans certains endroits, aucune de ces possibilités n'existe. Pour comprendre le lien entre les mousses arctiques et de Patagonie, Lily Lewis et son équipe ont donc demandé à des ornithologues canadiens de prélever quelques plumes sur le ventre de 23 oiseaux migrateurs de 8 espèces différentes. Sur les plumes de certains, ils n'ont rien trouvé (phalaropes à bec étroit, tourne-pierre, bécasseau variable, bécasseau de Baird ou bécasseau à croupion blanc), mais sur d'autres la récolte a été meilleure, en particulier sur le phalarope roux qui abritait 14 échantillons, les pluviers bronzés (6) et les bécasseaux semi-palmés (3).

Leurs plumes ont été lavées dans des conditions stériles, et c'est ainsi qu'ont été récupérés de microscopiques fragments de feuilles de mousses, des algues et des spores. «On pensait chercher une aiguille dans une botte de foin, or nous avons trouvé beaucoup de fragments», précise Bernard Goffinet.

Pour que les oiseaux soient de bons vecteurs, trois conditions doivent être réunies: que les spores s'accrochent dans les plumes, qu'elles survivent au voyage, qu'elles tombent et germent une fois que le volatile se pose. Désormais, on a la preuve que la première condition est remplie. Les spores, petits éléments unicellulaires, sont très résistantes ; elles peuvent donc rester longtemps à l'état végétatif jusqu'à ce qu'elles retrouvent un contact avec le sol et développent de nouveaux individus. Et, à l'échelle des millions d'oiseaux migrateurs qui se déplacent chaque année, la probabilité de dispersion à longue distance est très grande. «En raison du changement climatique, certains oiseaux modifient leurs routes. Cela pourrait conduire à une autre dispersion des mousses ou des fougères», souligne par ailleurs Bernard Goffinet.

Pour les scientifiques, ce genre de recherche ne fait que confirmer les interactions incessantes qui existent dans la nature. «L'idéal, maintenant, serait de suivre les oiseaux en les baguant au départ et en les réceptionnant à l'arrivée. Les chercheurs chiliens semblent intéressés», s'enthousiasme Bernard Goffinet.

 

 

(source LeFigaro.fr / Marielle Court)

Les commentaires sont fermés.