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30/07/2014

LES MEDUSES SEMBLENT VOULOIR S'INSTALLER DEFINITIVEMENT EN MEDITERRANEE

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Cela fait quatorze ans qu'elles reviennent chaque été, au grand dam des baigneurs.

LES MEDUSES SEMBLENT VOULOIR S'INSTALLER Elles sont en Corse et sur certaines plages de la Côte d'Azur… Les méduses ont pris leurs quartiers d'été sur le littoral méditerranéen. Il est toutefois impossible de prévoir leurs déplacements. Le seul outil mis au point par le laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer qui aurait pu être exporté dans les communes voisines ne fonctionne plus. Le conseil général des Alpes-Maritimes a arrêté son financement. Le système était destiné à prévoir l'arrivée des bestioles sur les plages, avec au moins 24 heures d'avance, principalement en fonction notamment de la modélisation des courants. À défaut, il existe un site qui s'appuie sur les témoignages des vacanciers, mais quand les cnidaires sont là, c'est un peu tard pour s'en inquiéter.

Une chose est sûre, la question de savoir s'il y aura ou non des méduses en été ne se pose plus depuis plusieurs années. «La présence des méduses en Méditerranée s'appuyait sur des cycles de douze ans, raconte Robert Calcagno, le directeur de l'Institut océanographique de Monaco. Trois ou quatre ans où on les voyait et huit ou neuf ans où elles semblaient disparaître. Ce cycle a commencé à se dégrader dans les années 1990 et, depuis 2000, on n'a plu connu une seule année sans méduses», ajoute-t-il.

On dénombre un millier d'espèces de méduses différentes dans le monde, certaines, à peine visibles, appartiennent au zooplancton, d'autres étirent leurs tentacules sur plusieurs mètres. Certaines sont effrayantes comme les cuboméduses tropicales observées notamment sur les côtes nord-est de l'Australie et responsables d'une cinquantaine de décès par an, d'autres, comme Pelagia noctiluca, la plus connue en Méditerranée, sont urticantes, douloureuses mais pas dangereuses.

Cela fait trente ans que la biologiste Jacqueline Goy consacre ses recherches à ces organismes translucides. La question aujourd'hui est de savoir pour quelles raisons leur nombre explose dans la plupart des mers et océans, en Méditerranée notamment.

Nitrate et phosphate

Les chercheurs sont loin de tout connaître sur le fonctionnement de ces animaux mais il y a aujourd'hui des pistes plus que sérieuses sur certaines des causes de leur prolifération. «La disparition de leurs prédateurs tels que tortues et thons en est une mais également la raréfaction, en raison de la surpêche, de certains concurrents pour la nourriture tels que les poissons pélagiques comme la sardine, la daurade, le loup, le hareng…», précise encore la docteur ès sciences, attachée scientifique à l'Institut océanographique de Monaco, qui cosigne un livre avec Robert Calcagno (1) attendu début septembre.

«La méduse est capable de jeûner très longtemps, de se nourrir de ses propres gonades si vraiment la disette perdure mais également d'ingurgiter jusqu'à la moitié de son poids dans une journée en cas d'abondance», souligne encore la scientifique. «La pollution de l'eau au nitrate et au phosphate qui participe au foisonnement de phytoplancton et donc du zooplancton amène encore de la nourriture», ajoute Robert Calcagno. Le réchauffement de l'eau favorise également la reproduction en continu et l'acidification qui augmente dans toutes les mers du monde ne touche pas les méduses, à la différence des organismes à coquillage. Enfin on est en train de découvrir que les microplastiques qui flottent dans les eaux servent de formidables radeaux sur lesquels se fixent les polypes reproducteurs.

«Mange tes méduses», titraient Philippe Cury et Daniel Pauly dans leur dernier ouvrage dénonçant l'exploitation effrénée des océans. Les deux grands spécialistes des ressources marines ne croyaient pas si bien dire: quelques espèces sont en effet mets de choix dans les pays asiatiques. Malheureusement cela ne concerne pas Pelagia noctiluca, dont l'abondance en Méditerranée semble de plus en plus difficile à contrarier.

(1) Méduses à la conquête des océans aux éditions du Rocher

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(source LeFigaro.fr / Marielle Court)

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