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01/08/2014

WIKIPEDIA EN PLEINE CRISE D'ADOLESCENCE

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Fondée en 2001, la célèbre encyclopédie libre en ligne est confrontée à une baisse de 20% de ses contributeurs. À la recherche d'un second souffle, elle doit s'adapter au basculement de l'ordinateur vers le mobile et les tablettes.

 

C'est un puzzle que les internautes doivent sans cesse compléter. Fondée en 2001, l'encyclopédie libre Wikipédia revendique aujourd'hui plus de 21 millions d'utilisateurs inscrits, dont près de 130.000 ont une activité régulière sur le site. Dans un Web où l'on peine à lire un article jusqu'au bout, le projet de Jimmy Wales a séduit les internautes, soucieux de se réapproprier leur histoire, de partager leurs savoirs ou simplement de participer à une aventure humaine. «C'est une expérience magique: on constate que la connaissance disponible sur un sujet donné repose sur notre contribution anonyme, bénévole et presque secrète!» résume Marc Foglia, philosophe et auteur d'un livre sur Wikipédia.

Le savoir est infini mais l'intérêt des internautes a des limites. Treize ans après sa naissance, Wikipédia est en pleine crise d'adolescence. Le nouveau défi du site n'est pas tant de recruter de nouveaux membres que de garder ses fidèles contributeurs. Le nombre de «wikipédiens» actifs au sein de la version anglophone de la plateforme ne cesse de diminuer. Au plus fort de sa popularité, en 2007, Wikipédia rassemblait plus de 90.000 contributeurs actifs dans le monde. Il en a perdu presque 20 % depuis, avec près de 73.000 utilisateurs actifs.

 

En treize ans, Wikipédia a progressivement perdu son attrait de nouveauté. Les utilisateurs de la première heure se sont lassés. Les nouveaux venus n'ont pas autant de liberté qu'auparavant, puisque les plus gros articles sont déjà achevés. Wikipédia est par ailleurs pointé du doigt pour le manque de diversité de ses contributeurs. «L'utilisateur typique est un homme blanc, d'une trentaine d'années, bardé de diplômes et vivant en Europe ou aux États-Unis», précise Marc Foglia. Un manque d'hétérogénéité reconnu par l'équipe du site. «On retrouve sur Wikipédia les mêmes inégalités que dans le milieu universitaire», relativise Rémi Mathis, président de Wikimédia France.

MATHIS upr_image13.jpg«Il n'y a pas de risques pour que Wikipédia disparaisse à l'avenir» Rémi Mathis, président de Wikimédia France

Rémi Mathis,(photo)  président de Wikimédia France

Les problèmes de Wikipédia touchent autant son fond que sa forme. Lors de sa naissance, en 2001, les ordinateurs commençaient à se faire une place au sein des foyers des pays développés. Treize ans plus tard, nous sommes déjà sur le point de les remplacer par d'autres appareils: les smartphones et les tablettes. Selon l'institut d'études Gartner, il se vendra plus de tablettes tactiles que d'ordinateurs dès 2015. Il s'agit d'une très mauvaise nouvelle pour Wikipédia. La plupart du temps dépourvus de clavier, ces appareils mobiles sont peu propices à l'écriture d'articles. «C'est l'un de nos plus grands enjeux pour les années à venir», admet Rémi Mathis.

Face à ce désamour, Wikipédia organise la résistance. «Nous voulons fidéliser nos utilisateurs et en recruter de nouveaux, affirme Nathalie Martin, directrice exécutive de Wikimédia France (photo) . On veut constamment se renouveler, pour éviter toute lassitude.» La fondation cherche à recruter de nouveaux Nathalie_Martin_-_Discours.jpgmembres, plus inattendus, sur Wikipédia. En France, Wikimédia a lancé des groupes régionaux, qui utilisent les outils «wiki» pour valoriser le patrimoine français. Toutes les occasions sont bonnes pour aller à la rencontre d'un public différent, plus âgé et moins connecté que la moyenne des contributeurs de Wikipédia.

Dans cette même optique de diversification, Wikimédia France multiplie les projets en faveur des femmes, qui ne sont qu'une petite minorité à contribuer sur ses pages. En janvier, la fondation s'associait avec L'Oréal et l'établissement Universcience pour organiser la première journée consacrée aux femmes scientifiques et à Wikipédia.

Wikimédia France cherche également à renforcer son implantation en dehors de l'Hexagone, notamment en Afrique. En 2012, la fondation a signé un partenariat avec l'Institut français et l'Agence universitaire de la francophonie, donnant naissance au projet Afripédia. Le dispositif a depuis été déployé dans une quinzaine de zones, en Afrique centrale et de l'Ouest.

Reste à Wikipédia à régler son problème le plus complexe: la fuite de ses contributeurs vers le mobile. Pour les retenir, la plateforme perfectionne ses outils destinés aux smartphones et aux tablettes. En 2013, Wikipédia lançait Nearby («à proximité» en français), une fonction qui propose aux utilisateurs une sélection d'articles de l'encyclopédie en ligne en rapport avec leur position géographique. Les internautes sont également invités à enrichir les articles de leurs propres photos prises avec un smartphone ou une tablette. Loin d'avoir trouvé la solution idéale qui ramènera ses utilisateurs vers leurs claviers, Wikipédia tâtonne, mais assume.

«Wikipédia est déjà au cœur du Web sémantique, estime Rémi Mathis. Il n'y a pas de risques pour qu'il disparaisse à l'avenir.» Si Wikipédia fait grise mine en anglais, ce n'est pas forcément le cas ailleurs. Dans sa version francophone, l'encyclopédie libre garde un nombre de contributeurs actifs relativement stable. «Tous les pays ne réagissent pas de la même manière face à Wikipédia», note Nathalie Martin. Avec un peu moins de 4700 contributeurs actifs, la francophonie ne suffira sans doute pas à assurer l'avenir de Wikipédia.

 

Les politiques s'intéressent  d'un peu trop près à Wikipédia 

On aurait tort de sous-estimer l'influence de Wikipédia. Les hommes et femmes politiques ne s'y sont pas trompés et abusent de l'encyclopédie pour y modifier des informations à leur avantage, ou au contraire calomnier sur le dos de leurs adversaires. Sur Twitter, le compte @congressedits détecte automatiquement toutes les modifications effectuées sur l'encyclopédie libre depuis la Chambre des représentants des États-Unis. Des interventions souvent injustifiées, qui ont poussé Wikipédia à bannir pendant dix jours un utilisateur anonyme qui postait depuis ce haut lieu de la politique américaine. Un internaute au sein du Congrès avait notamment accusé Donald Rumsfeld, ancien secrétaire à la Défense, d'être un «sorcier extraterrestre».

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