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07/10/2014

FAMILLE, ECOLE, IMPÔTS : QUAND " LES BRAVES GENS " SE REVOLTENT

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FIGAROVOX/ANALYSE-Pour Vincent Tremolet de Villers, la Manif pour tous est le reflet d'un phénomène qui traverse toute la société française. L'inquiétude d'une dépossession économique, culturelle et anthropologique.

Ces «braves gens» sont infatigables. Depuis deux ans et la première Manif pour tous en novembre 2012, ils reviennent avec les saisons dans les rues de Paris, de Lyon ou de Bordeaux pour exprimer calmement leur attachement à la famille. La Préfecture de police s'est acharnée au départ à réduire leur nombre mais aujourd'hui tout le monde le reconnaît: ce mouvement est capable de réunir des centaines de milliers de manifestants. Ils ne demandent ni subventions, ni statut particulier: ils s'inquiètent du monde qu'on leur prépare. Ceux qui se sont arrêtés dans les années 1980 cherchent des «lodens» ou des «forces sombres». C'est faire preuve d'une grande paresse intellectuelle et ne rien comprendre à un phénomène qui traverse toute la société française et dépasse de très loin la Manif pour tous. Une grande partie des Français, en effet, est en proie depuis des années (et ce sentiment s'est accéléré sous le quinquennat Hollande) à une impression obsédante: celle d'être dépossédé. Cette dépossession s'exprime, avant tout, dans la vie économique. Le fruit de travail et de l'effort est pris en tenaille entre la pression fiscale et des mouvements globaux implacables. Le travailleur, soumis à cette fatalité, est réduit au rang de fourmi. Son mérite propre, contrarié par l'omnipotence de l'État d'une part et la mondialisation sauvage de l'autre, ne compte plus guère.

Une folie normative imaginée à Bruxelles, mise en place à Paris, s'ingénie à s'attaquer aux plaisirs les plus simples de l'existence : de la pêche à la mouche aux feux de cheminée en passant par la taille des pieds de vigne.

Sa culture, son art de vivre, la sécurité la plus élémentaire: ce qui reste quand on a tout perdu lui est aussi retiré. Le communautarisme impose ses traditions, ses codes vestimentaires au point d'entraîner comme le montrent les travaux de Christophe Guilluy une forme de partition du territoire où les communautés organisent leur vie séparément. Une fois installé dans le champ réduit de la vie courante, à la frontière de la banlieue et de la campagne, une folie normative imaginée à Bruxelles, mise en place à Paris, s'ingénie à s'attaquer aux plaisirs les plus simples de l'existence: de la pêche à la mouche aux feux de cheminée en passant par la taille des pieds de vigne.

Suppression des notes, du redoublement, des bourses au mérite ; omniprésence des écrans, du ludique, de l'immédiateté : on retire à nos enfants ce que nous avons reçu et que nous souhaitions leur donner.

Cette dépossession culturelle apparaît plus angoissante encore dans la rupture de transmission que ressentent tous les parents qui ont des enfants à l'école. Depuis des années, des voix qui portent comme celle d'Alain Finkielkraut, de Natacha Polony alertent les pouvoirs publics: en vain. Leur succès auquel s'ajoute celui de l'essai du jeune philosophe François-Xavier Bellamy Les Déshérités ou l'urgence de transmettre(Plon) augmente à mesure que l'école républicaine se délite. Suppression des notes, du redoublement, des bourses au mérite ; omniprésence des écrans, du ludique, de l'immédiateté: on retire à nos enfants ce que nous avons reçu et que nous souhaitions leur donner.

La famille, dernier refuge et pilier de la société, est frappée de plein fouet par une vision expérimentale de la reproduction et de l'organisation sociale.

Avec la loi Taubira et ses corollaires PMA, GPA, les manifestants pensent, enfin, assister au stade ultime de la dépossession: le basculement anthropologique. La famille, dernier refuge et pilier de la société, est frappée de plein fouet par une vision expérimentale de la reproduction et de l'organisation sociale. Comme si la technique, le marché et l'individualisme s'emparaient du dernier bastion, les enfants, ou plus précisément la génération.

Pour exprimer cette impression d'effacement économique, identitaire, culturel, anthropologique, l'essayiste Gaël Brustier parle volontiers de «paniques morales» ; dans son ouvrage qui caracole en tête des ventes, Éric Zemmour va même jusqu'au Suicide français. Cette angoisse indiscutablement s'exprime avec une force grandissante depuis des années. Dans les urnes avec le coup de tonnerre du référendum de 2005 et la progression continue du Front national, dans les sondages qui témoignent chaque jour un peu plus de l'attente des Français sur la sécurité, l'immigration, l'entreprise, la famille. À la télévision avec des chroniqueurs devenus, malgré eux, porte-voix des sans-voix. Dans la rue enfin avec la Manif pour tous. En descendant, une fois encore en masse, ces Français rappellent à la gauche et à surtout à la droite qu'ils forment un mouvement populaire, agissant et désormais rompu aux règles «médiapolitiques». Nos leaders politiques auraient tort de sous-estimer le phénomène. C'est un fait: les «braves gens» se rebiffent.

  • (Source LeFigaro.fr // Vincent Tremolet de Villers)

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