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13/10/2014

MASQUE DE FER : INDEMODABLE LEGENDE

 

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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Nicolas Carreau, auteur des Légendes du Masque de Fer décrypte l'un des mystères les plus brûlants de l'Histoire de France.

Le prisonnier secret de Louis XIV a inspiré historiens et romanciers depuis trois siècles et continue à nourrir les imaginations. Retour sur la construction d'un mythe qui n'a rien à envier aux théories du complot contemporaines.

FigaroVox: De quoi est-on sûr au sujet du masque de fer ?

Nicolas CARREAU: Beaucoup de pièces du dossier font partie de la légende, mais nous avons aussi des documents parfaitement authentiques, crédibles: le journal du lieutenant de roi à la Bastille, du Junca, par exemple. Encore mieux: l'acte de décès du masque de fer existe. Par ailleurs, nous disposons d'une grande partie de la correspondance entre le geôlier du prisonnier mystère, Saint-Mars, et le ministre de la Guerre, Louvois. A partir de ces documents, les historiens ont établi plusieurs informations certaines: le détenu s'appelait Eustache Danger dans les correspondances. Il est arrivé à la prison de Pignerol en 1669, puis transféré au fort d'Exilles en 1681, puis conduit sur l'île Sainte-Marguerite en 1687 puis enfin à la Bastille en 1698 où il meurt en 1703. On sait aussi qu'il portait un masque d'acier en 1687 et de velours noir en 1698.

Voltaire, Dumas ou encore Pagnol ont raconté cette histoire, Jean Marais et Léonardo diCaprio l'ont interprétée: qu'est-ce qui en fait un sujet indémodable?

C'est le mystère, bien sûr! Sans les romanciers, on n'en parlerait sans doute plus depuis longtemps. Cette histoire rebondit et est revivifiée à chaque fois qu'un roman ou un film s'en empare. A chaque période correspond un visage de l'homme au masque de fer. Au XXIe siècle, c'est Leonardo di Caprio qui vient immédiatement à l'esprit.

Vous examinez chaque thèse, fruit des plus grands écrivains comme d'anonymes. Vous portez sur ces apprentis détectives un regard bienveillant?

J'avais plusieurs idées, oui, des intuitions. Mais qui sont toutes tombées après l'étude des faits.

La plupart des écrivains ou historiens qui ont travaillé sérieusement sur cette énigme ont consacré plusieurs années de leur vie à résoudre l'affaire. C'est une histoire qui se révèle extrêmement complexe quand il s'agit de démêler le vrai du faux, l'histoire du mythe. Je ne pense pas que l'on puisse mettre toutes ces thèses au même niveau, mais tous ces chercheurs sont animés de la même passion. C'est ce qui est louable et beau, selon moi.

Et vous, avant d'écrire cet ouvrage, aviez-vous une intuition quant à l'identité du Masque? Et qu'en est il maintenant?

J'avais plusieurs idées, oui, des intuitions. Mais elles n'ont pas résisté à l'étude des faits. Par la suite, aucune des thèses qui s'affrontent ne m'a tout à fait convaincu. La bonne méthode consiste à observer les documents et en déduire l'identité du prisonnier, pas l'inverse. Celle qui me paraît alors la plus crédible est celle de l'historien Jean-Christian Petitfils qui fait de Saint-Mars la source historique la plus crédible. D'autres thèses auraient pu me convaincre, elles sont d'une impeccable tenue historique. Pourtant, des documents ont prouvé qu'elles voyaient sous le masque des personnages qui ne pouvaient pas s'y trouver.

Cette façon d'appréhender l'histoire, proche de l'intrigue policière, est à la mode. Cette distanciation vis-à-vis de l'Histoire n'est-t-elle pas dangereuse?

Je pense que l'enquête, c'est l'histoire (historia signifie enquête en grec). Je la traite ici sous forme de récit mais toujours à partir des sources. Il n'y a pas d'invention! Ce n'est pas de l'histoire romancée! Je comprends mal d'ailleurs l'opposition qu'on essaye de créer parfois, comme s'il existait une histoire valable et une autre moins honorable, sous prétexte que le style est plus libre. Seule compte la rigueur des vérifications historiques que l'on expose. Beaucoup d'historiens extrêmement sérieux racontent l'histoire sous la forme du récit.

Beaucoup de théories sur le Masque reposent sur un socle conspirationniste. Elles procèdent de la même idée que les thèses complotistes d'aujourd'hui : expliquer l'inexplicable, donner du sens à ce qui a priori n'en a pas en échafaudant des scénarios fantasques.

La thèse du jumeau, longtemps à la mode, a-t-elle servi à dénoncer la monarchie absolue? Certains penchent pour Molière. Est-ce pour en faire une victime des Jésuites?

Absolument. C'est à la Révolution que fleurissent les thèses du jumeau du roi ou du fils légitimé de Louis XIV. La théorie qui fait du prisonnier le ministre d'un prince d'Italie, Matthioli, connaît un véritable succès à la fin du XIXe lorsque l'Histoire acquiert une dimension plus scientifique. Et de nos jours, la thèse qui voit dans le détenu un valet du roi, Eustache Danger, s'attache à la psychologie des protagonistes. Une méthode très moderne en somme.

A l'heure d'internet et des réseaux sociaux, ces controverses font écho aux «théories du complot». Ce sont nos légendes du Masque de fer à nous?

C'est vrai, le parallèle est tentant. Beaucoup de théories sur le Masque reposent sur un socle conspirationniste. Elles procèdent de la même idée que les thèses complotistes d'aujourd'hui: expliquer l'inexplicable, donner du sens à ce qui a priori n'en a pas en échafaudant des scénarios fantasques. Reste que dans l'histoire du Masque de fer, il n'y a pas de thèse officielle que l'on pourrait nier ou renverser. Il y a simplement un prisonnier masqué dont on ignore l'identité.

  • (source LeFigaro.fr / Flora Mansiet)

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