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08/12/2014

UMP : LAURENT WAUQUIEZ , UNE IRRESISTIBLE ASCENSION

 

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Laurent Wauquiez a été nommé ce jeudi nouveau secrétaire général de l'UMP. Pour le politologue Gaël Brustier, ce choix traduit le virage conservateur de Nicolas Sarkozy.

 

Gaël Brustier est docteur en sciences politiques et membre du Parti socialiste, il est notamment l'auteur de Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2010) et de La Guerre culturelle aura bien lieu (Mille et une nuits, 2013). Son dernier livre, Le Mai 68 conservateur, est paru cette année.

 

FigaroVox: Laurent Wauquiez a été nommé secrétaire générale de l'UMP, un poste que convoitait également NKM. Qu'est-ce que cela signifie politiquement selon vous?

Gaël BRUSTIER: Laurent Wauquiez, héritier de Jacques Barrot en Haute-Loire, donc à l'origine attendu comme un démocrate-chrétien de centre-droit, est aussi un homme politique à l'affut des évolutions de la société et qui tente d'y répondre par un travail idéologique. On aurait pu l'attendre au centre-droit mais c'est à la droite du grand parti de droite qu'il est parvenu à s'imposer. En traitant à la fois de la question des «classes moyennes» et de l'Europe, dans deux livres successifs, il tentent de constituer un corpus idéologique susceptible de le positionner au carrefour de toutes les droites, compatible avec tous les courants de l'UMP mais également avec l'UDI et susceptible d'engager un dialogue avec le Front National, notamment avec la Députée du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen.

Que ce soit à l'UDI, à l'UMP ou au FN, le conservatisme nouveau est en dynamique. Tous les candidats à la présidence de l'UDI ou de l'UMP ont dû composer avec, à des degrés divers.

Régulation économique, conservatisme moral, rapatriement de compétence de l'Union Européenne vers le cadre national, la ligne de Laurent Wauquiez correspond à une période nouvelle de la droite française, mais qui ne concerne pas que celle-ci

On voit bien ce qui l'oppose à NKM, qui représente davantage la droite de ce que Fabien Escalona et Mathieu Vieira ont défini comme les idéopôles, ces neuf métropoles connectées à la globalisation. NKM est plus libérale économiquement, plus libérale sur les questions sociétales. Notre société est traversée par des clivages qui sont aussi producteurs de clivages à l'intérieur des différents camps politiques, des différents partis. Nicolas Sarkozy doit composer avec tout le monde

Doit-on interpréter cette nomination comme une victoire des courants conservateurs à l'UMP?

Que ce soit à l'UDI, à l'UMP ou au FN, le conservatisme nouveau est en dynamique. Tous les candidats à la présidence de l'UDI ou de l'UMP ont dû composer avec, à des degrés divers. Certains ont marqué le refus d'emboiter le pas à ce mouvement, mais d'autres, à l'instar de Nicolas Sarkozy, ont clairement marqué leur soutien aux thèses conservatrices. D'autres enfin, ont essayé de capter la puissance diffuse de ce mouvement: Jean-Christophe Fromantin ou Hervé Mariton. La question de l'abrogation de la loi Taubira n'est qu'une des facettes de cette montée du conservatisme, qui s'attache à répondre à tous les aspects de la vie sociale.

Dans votre livre, Le mai 68 conservateur, vous expliquez que Laurent Wauquiez pourrait façonner la droite de demain. Quelles pourraient être les bases idéologiques de cette nouvelle droite?

C'est une droite qui n'hésite pas à se réapproprier le thème de la régulation économique, à faire profession d'interventionnisme étatique, à contester le consensus européen sur les questions économiques, qu'il s'agisse de la politique budgétaire, du droit de la concurrence ou du libre-échange

Un mouvement de bascule semble s'opérer à droite : Beaucoup des sarkozystes de 2007 sont en train d'être ringardisés par les ringards d'hier…

A titre d'exemple, le succès des thèses de Phillip Blond au Royaume-Uni, qui a publié «Red Tory» et inspiré en partie Cameron, est emblématique de cette évolution des droites européennes, qui, pour une partie d'entre elles, tournent le dos au néolibéralisme des années 1980 au moins dans leurs discours. Chez les jeunes générations issues de ce mouvement conservateur, chez les jeunes activistes de La Manif pour tous par exemple, on constate un évident refus du néolibéralisme, qui tranche certainement avec leurs aînés.

Laurent Wauquiez s'est heurté frontalement à Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin sur la question européenne. En outre, un mouvement de bascule semble s'opérer à droite: Beaucoup des sarkozystes de 2007 sont en train d'être ringardisés par les ringards d'hier

Le courant de Laurent Wauquiez se nomme la droite sociale et le député de la Haute-Loire se montre très critique à l'égard de l'Europe et du libre-échange mondialisé. La droite de demain pourrait-elle devenir anti-libérale?

Il existe une tradition de droite, conservatrice, hostile au libéralisme économique. Ce n'est pas fondamentalement nouveau mais depuis les années 1980, les différents partis de droite avaient cédé au discours néolibéral, sans d'ailleurs, il faut le dire, appliquer exactement les mêmes politiques que celles de Margaret Thatcher. Dans l'opposition, la droite française a pris pour habitude de se lancer dans des professions de foi néolibérales assez frénétiques, sans les faire suivre d'effets aussi radicaux que ceux promis... Cette fois les choses se déroulent différemment. D'abord la crise de 2008 a bouleversé beaucoup de choses, dont la synthèse politique opérée avant 2007 par Emmanuelle Mignon auprès de Nicolas Sarkozy. Cette fois, parmi les jeunes élus, encore davantage chez les jeunes militants ou les intellectuels conservateurs les plus populaires dans le peuple de droite, le néolibéralisme ne va pas de soi et pose même problème. Laurent Wauquiez fait partie des élus de droite qui sont les plus critiques sur la question européenne. Toutefois, en pointant le «cancer de l'assistanat», il réemploie des codes qui sont partagés par les droites depuis les années 1980.

A l'évidence, Laurent Wauquiez a gommé les questions les plus tapageusement identitaires, mais il a en tête la même lecture de la géographie sociale et électorale française que celle de Patrick Buisson.

La ligne Wauquiez n'est-elle pas tout simplement la nouvelle ligne Buisson?

Selon Buisson, ce qui prime c'est la capacité d'attractivité électorale de la droite, dans un système institutionnel dominé par cette élection directrice qu'est l'élection présidentielle. A l'évidence, Laurent Wauquiez a gommé les questions les plus tapageusement identitaires, mais il a en tête la même lecture de la géographie sociale et électorale française que celle de Patrick Buisson.

Cette ligne est-elle susceptible de séduire l'électorat du FN?

Il faut distinguer deux moteurs idéologiques de la «droitisation»: le national-populisme et le conservatisme nouveau, que nous voyons se lever. Ce dernier est l'objet de l'attention du Front national, qui n'était guère préparé à devoir y répondre. Les cortèges de La Manif pour tous, ce n'est pas le Front national. Les droites radicales européennes sont tiraillées aujourd'hui, pour schématiser, entre deux idéaux-types, une ligne Wilders et une ligne incarnée en France, au sein du FN, par Marion Maréchal Le Pen. La première s'efforce de séduire des électorats jusqu'ici réticents à l'égard des droites radicales, comme les gays ou les femmes, en pointant les dangers supposés liés à l'immigration extra-européenne ou à la présence de l'islam en Europe. La seconde est une ligne plus classiquement conservatrice. Il s'agit d'idéaux-types, car, en Europe, du FPÖ à l'UDC de Blocher et Freysinger, en passant par tous les autres mouvements de la droite radicale européenne, on distingue une large palette de nuances dans l'intégration de ce regain du conservatisme
 C'est davantage le FN qui cherche à séduire ce vivier, que la droite qui peut parvenir à séduire le gros de l'électorat FN à partir de cette ligne.

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A(Sourec LeFigaro.fr / lexandre Devecchio)

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