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09/01/2015

LA SNCF, LES AUTOROUTES, L'ELECTRICITE, LA POSTE... COMMENT HOLLANDE VA NOUS PLUMER EN 2015

 

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Charles Wyplosz (photo)  analyse l'économie pour Figarovox. Cette semaine il explique comment la promesse de François Hollande sur les impôts n'empêche pas la hausse des prix réglementés.

Charles Wyplosz est professeur d'économie internationale à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, et directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires.

Ses principaux domaines de recherche sont les crises financières, l'intégration monétaire européenne, les politiques monétaires et budgétaires ainsi que l'intégration monétaire régionale. Il intervient fréquemment comme expert auprès d'organisations internationales .

 

Bonne année 2015, il n'y aura plus de hausses d'impôts! Promis, a dit le Président. Oui mais vous allez payer plus pour les transports (SNCF, autoroutes, métro-bus, taxis), l'électricité, la poste, sans doute les documents administratifs, et pleins d'autres choses qui sont décidées par le gouvernement. Le matraquage va continuer, par des chemins détournés pas très subtils, et la croissance va rester molle. Malgré la baisse des prix du pétrole qui est la seule bonne nouvelle de 2014 pour 2015.

François Hollande joue sur les mots. A l'ENA, on vous explique la différence entre impôts et autres prélèvements obligatoires, et on ne considère pas les prix réglementés comme des prélèvements. Tout ceci se mélange douloureusement dans les porte-monnaie des citoyens qui ne comprennent pas, faute de ne pas être allés à l'ENA. Une sorte de taxe sur l'ignorance.

S'il y a des pertes, qui donc les comble ? Réduire les pertes c'est alléger les dépenses publiques et avoir besoin de moins d'impôts. Tout se mélange dans le grand porte-monnaie de l'État, comme dans celui des citoyens. Il n'y a pas besoin d'avoir fait l'ENA pour le comprendre.

Le cas de la SNCF est exemplaire. Elle ne peut rien faire sans l'accord du gouvernement. Donc l'augmentation qui s'annonce est bien une décision du gouvernement. C'est bien une taxe. D'abord, parce que nous n'avons pas le choix, comme pour les impôts. La SNCF reste un monopole pour la quasi-totalité des transports ferroviaires des Français. Certes, le trafic est ouvert à la concurrence dans le cadre des accords européens, mais il y a mille et une manières de décourager la concurrence et nos politiques ne s'en privent pas. Ensuite, parce que la SNCF fait partie du budget de l'État. S'il y a des pertes, qui donc les comble? Réduire les pertes c'est alléger les dépenses publiques et avoir besoin de moins d'impôts. Tout se mélange dans le grand porte-monnaie de l'État, comme dans celui des citoyens. Il n'y a pas besoin d'avoir fait l'ENA pour le comprendre.

La justification avancée par la SNCF est d'une parfaite mauvaise foi. Il s'agirait de financer les investissements

Mais à la SNCF on ne peut ni réduire les salaires, ni alléger les effectifs. Un monopole qui ne risque pas de mourir, service public oblige, opère sur une autre planète. Aux frais des usagers et au bon vouloir du gouvernement.

et d'améliorer la sécurité des passagers. Bien sûr, on ne vous parle pas des retraites plus que généreuses des cheminots, ou de leurs salaires plutôt avantageux, deux postes qui plombent la compagnie nationale. Non, ça c'est l'eau qui coule sous les ponts et qu'on ne peut pas toucher sérieusement sous menace de grève. Alors on amuse la galerie en déroulant de superbes projets d'investissements.

Mais comment font les entreprises qui doivent investir? Elles ne peuvent pas augmenter leurs tarifs, concurrence oblige. Alors elles empruntent. Ce qui les oblige à réfléchir très sérieusement à la rentabilité de leurs projets, faute de quoi elles ne pourront pas rembourser. On ne se pose pas ce genre de question dans un monopole, on augmente les tarifs. Et quand une entreprise perd de l'argent année après année, soit elle réduit des coûts, soit elle meurt. Mais à la SNCF on ne peut ni réduire les salaires, ni alléger les effectifs. Un monopole qui ne risque pas de mourir, service public oblige, opère sur une autre planète. Aux frais des usagers et au bon vouloir du gouvernement.

Tant qu'il en sera ainsi, François Hollande, tout comme ses prédécesseurs et ses successeurs, fera ce qu'il faut pour trouver de l'argent. La révolte contre les impôts couve ? Pas de problème, on laisse les prix contrôlés déraper.

François Hollande sait tout ça, bien sûr. Il sait que les coûts des administrations et des entreprises dans le giron, officiel ou non, de l'État ne sont pas vraiment contrôlés, et qu'il n'a plus les moyens de les financer sans compter. Il n'a aucune envie d'essayer d'appliquer à ce gigantesque ensemble d'activités les méthodes qui ont fait leurs preuves dans le secteur privé. La raison c'est qu'il agit du «Service Public qui ne doit pas succomber à la logique du profit». Personne ne parle de profits, ce serait trop désespérant. Mais le secteur public, tout comme le secteur privé, est fondamentalement une activité économique, ce qui signifie faire plus et mieux au moindre coût. Le plus étonnant c'est que tant de Français paraissent ne pas voir les choses ainsi. Ils se refusent à reonnaître le lien entre les impôts qu'ils payent et les services qu'ils reçoivent. Ils sont prêts à serrer leurs dépenses pour boucler leurs fins de mois, pas à abandonner le mirage de l'État bienfaiteur.

Tant qu'il en sera ainsi, François Hollande, tout comme ses prédécesseurs et ses successeurs, fera ce qu'il faut pour trouver de l'argent. La révolte contre les impôts couve? Pas de problème, on laisse les prix contrôlés déraper. Le taux d'inflation est nul, et pourrait même devenir négatif parce que les entreprises se voient obligées de baisser les prix, mais les billets de train et tout le reste continuent d'augmenter. L'argumentaire est bien au point. Que voulez-vous, les pigeons sont faits pour être plumés. Surtout qu'ils n'ont pas de dents.

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(source LeFigaro.fr / Charles Wyplosz)

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