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04/02/2015

ECONOMIE : RESTRUCTURATION DE LA DETTE EN GRÈCE : COMBIEN ÇA VA NOUS COÛTER

 

 

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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Syriza souhaite renégocier le montant de la dette de la Grèce, l'économiste Gérard Thoris se penche sur les conséquences qu'engendrerait une telle restructuration.

 

Economiste et philosophe, Gérard THORIS dirige Socieco dont l'objet est le décryptage et la prospective. Il publie régulièrement des articles en matière de politique économique et sociale (Liberté politique, Revue française des finances publiques, Sociétal, etc.). Il est expert auprès de l'Association Progrès du Management (APM) sur la crise économique mondiale et les questions de politiques publiques.

 

Après sa victoire, Syriza annonce sa volonté de renégocier la dette grecque. Combien les multiples plans d'aide à la Grèce ont-ils coûté à l'Europe et par ricochet à la France depuis 2009?

Dans l'arbre des décisions qui attend Alexis Tsipras, il y a d'abord le choix de rester, ou non, dans la zone euro. On ne sait plus très bien de quel côté penche le cœur d'Angela Merkel. Le 4 janvier dernier, elle laissait entendre que la Grèce devrait quitter la zone euro si elle abandonnait la politique de rigueur en cours. Très vite, elle s'est ravisée et répète à l'envie qu'il faut que la Grèce «tienne ses engagements», autrement dit qu'elle assure l'amortissement de sa dette, quelle soit la durée de la cure!

C'est qu'une sortie de la Grèce de l'euro serait tout sauf une bonne nouvelle: la dépréciation inéluctable de la nouvelle drachme augmenterait mécaniquement le poids de la dette; son amortissement serait rendu encore plus difficile; la répudiation deviendrait de facto l'unique solution, faisant des perdants de tous côtés.

Une sortie de la Grèce de l'euro serait tout sauf une bonne nouvelle: la dépréciation inéluctable de la nouvelle drachme augmenterait mécaniquement le poids de la dette.

Mais l'idée soutenue par Syriza que l'austérité prônée par la Troïka serait responsable des programmes de rigueur n'est qu'une demi-vérité. Certes, la question budgétaire a été centrale dans l'intervention des autorités monétaires supranationales. Mais la question de la compétitivité constituait un second volet tout aussi important pour débloquer la croissance. Aujourd'hui, on peut dire que la question budgétaire est réglée puisque la Grèce devrait connaître un excédent primaire (hors intérêt de la dette) de 3,4 % du PIB. Par contre, malgré les 250 Mrds€ d'aide européenne, le poids des intérêts reste trop élevé, à 4,8 % du PIB (chiffres OCDE). Autrement dit, l'effet boule de neige tourne à plein régime et c'est lui qui plombe l'avenir du pays.

Depuis le début de la crise, il devrait être évident que les stocks de dettes comptent davantage que les flux d'amortissements. Même avec une croissance nominale de 3 % en 2015, les Grecs devront encore emprunter l'équivalent de 1,8 % du PIB pour financer les intérêts de la dette passée. S'il n'était dieu, Sisyphe se retournerait dans sa tombe!

L'idée soutenue par Syriza que l'austérité prônée par la Troïka serait responsable des programmes de rigueur n'est qu'une demi-vérité.

Quel pourrait être le coût d'une nouvelle restructuration pour l'Europe?

Une vraie restructuration s'impose. A quoi servent, en effet, ces moratoires qui consistent à diminuer les taux d'intérêt, à instaurer un délai de carence pour le paiement des intérêts (sur les sommes dues au Fonds Européen de Stabilisation Financière) et à allonger les délais de remboursement (jusqu'à 2041 pour certains prêts!)? Dans un premier temps, l'objectif devrait être de ramener le poids des intérêts à la croissance nominale.

Dans un premier temps, l'objectif devrait être de ramener le poids des intérêts à la croissance nominale.

Attention néanmoins à la signification des chiffres: lorsque la Grèce a décidé d'impliquer le secteur privé dans la restructuration de sa dette (Private Sector Involvement - PSI de mars 2012), celui-ci a accepté une perte en capital (l'effacement de dette porte sur un peu plus de 100 Mrds€). Lorsque la Banque centrale européenne décide de rendre à la Grèce les intérêts perçus sur les titres de dette qu'elle détient, on peut parler de manque à gagner (27 Mrds€) mais certainement pas de coût pour qui que ce soit. Lorsque les pays de la zone euro se portent garants des titres grecs au sein du Fonds Européen de Stabilisation Financière (FESF), il n'y a pas de coût immédiat.

Aujourd'hui, sur un total de 321,7 Mrds€ de dette publique, 194,8 Mrds€ sont la conséquence d'un prêt des pays de la zone euro, principalement par le FESF. Si l'exposition du secteur bancaire reste importante (73,8 Mrds€), c'est principalement en actifs sur le secteur privé pour à peine 3,5 Mrds€ en dette publique. Au total, c'est par le biais du FESF que les contribuables européens sont engagés en cas de défaillance de la Grèce.

Rien n'est joué mais il n'est pas invraisemblable que les garanties accordées par les États par le biais du FESF (environ 40 Mrds€ pour la France) soient finalement reprises dans le programme de quantitative easing que vient de décider Mario Draghi. Mais laissons les négociations se faire!

Le chef des députés socialistes a d'ailleurs annoncé que la France sera aux côtés de la Grèce sur la question de la restructuration de sa dette. Combien cela peut-il coûter à la France?

On l'a vu, l'exposition de la France via le FESF à la dette grecque est de 40 Mrds€. Mais c'est tellement peu par rapport à l'exposition des banques françaises à la dette italienne! Or, l'Italie, mais aussi l'Irlande, le Portugal et l'Espagne se trouvent dans une situation d'effet boule de neige, avec, sauf en Espagne, des soldes primaires excédentaires. Ces quatre pays peuvent être tentés par la négociation d'un moratoire pour obtenir les mêmes conditions que la Grèce. Si la France se place «aux côtés de la Grèce», c'est certainement qu'il vaut mieux aujourd'hui ménager la chèvre et le chou, la rigueur allemande et l'épuisement grec. De plus, elle pourrait elle-même être tentée par une diminution du poids des intérêts qu'elle paie sur sa dette. Cela donnerait du mou à la politique budgétaire.

Si la France se place «aux côtés de la Grèce», c'est certainement qu'il vaut mieux aujourd'hui ménager la chèvre et le chou, la rigueur allemande et l'épuisement grec.

Encore une fois, Mario Draghi est un fin tacticien. Il y a beaucoup de non-dit et donc beaucoup à négocier dans son programme de financement monétaire des dettes publiques. Pour ce qui est de l'explicite, les besoins de financement net de la Grèce pour 2015 sont négatifs (-1 Mrd€) alors qu'elle peut prétendre à un financement monétaire de sa dette de 12 Mrds€. Pour ce qui est de l'implicite… il suffit de se rappeler que la Grèce se fait rétrocéder les intérêts dus sur la dette publique. Reste à savoir si cette finesse tactique n'arrive pas trop tard: les promesses d'augmentation du salaire minimum (presque 30%!) risquent de rayer d'un trait de plume législative les efforts de déflation salariale consentis pour retrouver de la compétitivité.

La restructuration de la dette grecque couplée à la nouvelle politique monétaire de Mario Draghi signifie-t-elle l'abandon pur et simple des politiques européennes d'austérité?

Il faut encore en revenir aux flux et au stock. Pour l'heure, dans la plupart des pays de la zone euro, les politiques dites d'austérité visent à cantonner le déficit budgétaire. L'objectif d'équilibre budgétaire est sans cesse reporté, mais il n'est pas abandonné. La nouvelle politique monétaire de Mario Draghi facilite le financement des déficits budgétaires là où l'épargne n'y trouve plus son compte. Elle accompagne les mesures d'assouplissement prévues pour favoriser la réalisation du plan Juncker. A priori, elle ne change rien ni au poids des intérêts cumulés, ni au stock de dette. La règle du 1/20° est toujours d'actualité et elle oblige les États-Membres à utiliser les fruits de la croissance future pour ramener les taux d'endettement à 60 % du PIB. Les utopies du XVI° siècle sont presque réalistes par rapport à ces engagements concrets dûment signés par les Chefs d'État et validés par les Parlements nationaux, dont on pensait qu'ils étaient comme des temples de la Raison!

Comme par ailleurs, en France, la principale mesure d'austérité relève du contrôle par l'État des initiatives entrepreneuriales, on n'est pas prêt d'en sortir. Personne, dans la zone euro, ne veut nous décourager, mais il est certain qu'il y avait, dans le rapport Attali de 2007, beaucoup plus d'idées que dans la loi Macron. On souhaite régulièrement ici ou là que le Ministre de l'Économie se souvienne qu'il a été rapporteur pour la Commission pour la libération de la croissance française!

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(source LeFigaro.fr / Alexandre Devecchio)

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