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10/02/2015

LAÏCITÉ : LE PROBLEME EST SPIRITUEL, PAS POLITIQUE

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- Les appels à une réforme de la laïcité sont nombreux. Pour Frédéric Saint Clair, le problème du «vivre ensemble» n'est du au manque d'influence politique des responsables religieux, mais à une perte de spiritualité de l'ensemble des croyants.

Frédéric Saint Clair est mathématicien et économiste de formation. Il a été chargé de Mission auprès du Premier ministre pour la communication politique (2005-2007). Il est aujourd'hui Consultant Free Lance.

 

Les appels à une réforme de la laïcité se multiplient. Les uns demandent une laïcité ouverte, les autres une laïcité de dialogue. Tous, face aux évènements récents -témoins d'une résurgence du phénomène religieux radicalisé- estiment que les cultes ont été trop longtemps tenus à l'écart de la sphère publique et qu'il est temps que le Législateur tienne compte de leur présence, de leur point de vue, de leur désir d'agir.

Cette attente, qui peut sembler légitime à beaucoup de croyants, est pourtant contraire au bien commun. La question théologico-politique -c'est-à-dire celle du pouvoir temporel accordé à l'Église- a une longue tradition en France. À aucun moment de notre histoire une réponse viable et pérenne à cette question n'a pu être trouvée. La loi de 1905 -même si l'on ne peut nier qu'elle se soit imposée dans la douleur- a tranché le nœud gordien en séparant le pouvoir spirituel du pouvoir temporel, et en confiant à l'Église (et plus largement à tous les cultes reconnus par cette loi) la charge exclusive du pouvoir spirituel. Le pouvoir temporel relevant de la responsabilité du Législateur seul.

La loi de 1905 a tranché le nœud gordien en séparant le pouvoir spirituel du pouvoir temporel.

Cette séparation n'implique pas que les religions n'ont aucun rôle à jouer, ou qu'elles n'ont pas leur place dans l'espace public. Bien au contraire. Mais ce rôle ou cette place ne doivent pas être obtenus via un déplacement du curseur depuis le spirituel vers le pouvoir temporel, c'est-à-dire vers le pouvoir politique. C'est au contraire vers davantage de spiritualité que le curseur doit être déplacé. Vers une spiritualité dont la dimension pratique est bien souvent occultée alors qu'elle est une des clés du vivre ensemble.

Comment abandonner le pouvoir temporel au profit du spirituel et en même temps prétendre être présent et utile dans l'espace public?

L'espace public doit -et c'est la condition essentielle d'une société apaisée- demeurer «théologiquement neutre». En revanche, les individus qui composent la société, qui interagissent au sein de l'espace public, ne le sont pas et n'ont pas obligation de l'être. Ils sont le trait d'union entre le spirituel et le temporel. Potentiellement pétris de culture religieuse, juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste, hindoue, etc., ils œuvrent au sein de l'espace public au développement du bien commun sans faire valoir un dogme particulier. En revanche, il est manifeste que leur degré de spiritualité aura un impact déterminant sur leur capacité à aborder les enjeux de la «cité» de façon éclairée, tolérante, respectueuse, et même intelligente. De cette intelligence du cœur dont Pascal pensait qu'elle était un complément essentiel à la raison.

Leur degré de spiritualité aura un impact déterminant sur leur capacité à aborder les enjeux de la «cité» de façon éclairée, tolérante, respectueuse, et même intelligente.

A-t-on déjà vu un maître de sagesse, un exemple en matière de spiritualité, aborder les problèmes du monde avec emportement, avec radicalité, quelle que soit sa religion? Non seulement la barbarie à laquelle nous avons été confrontés récemment lui est totalement étrangère, mais même la contestation de la loi républicaine lui semble intolérable. Il préfèrerait se nuire à lui-même plutôt que de nuire aux autres. Par ailleurs, lorsqu'il est de son devoir de participer à l'élaboration de la loi, il le fait en gardant à la pensée la nature temporelle de la loi, la supériorité du bien commun sur les querelles de chapelles, et il répète, avec Gandhi, que le domaine de l'État «est celui du bien-être, de la santé, des communications, des affaires étrangères, des finances et autres problèmes temporels. Il n'a que faire de s'occuper de votre religion ou de la mienne.» Qui mieux que l'Église, que la Mosquée, que la Synagogue, que le Temple, etc. peut œuvrer à spiritualiser les consciences de ses fidèles?

C'est bien là que réside le problème du vivre ensemble aujourd'hui. Non pas dans le manque d'influence politique des décideurs religieux, mais dans le manque de spiritualité de l'ensemble des croyants.

Car c'est bien là que réside le problème du vivre ensemble aujourd'hui. Non pas dans le manque d'influence politique des décideurs religieux, mais dans le manque de spiritualité de l'ensemble des croyants. La sécularisation de la religion a été accompagnée d'une sécularisation des croyances, de la foi. Peu à peu, nous tuons l'esprit; nous renonçons à abandonner le vieil homme au profit de l'homme nouveau. Imprégnés d'un faux sens d'humanisme, nous renonçons à ouvrir les écluses du ciel pour que les bienfaits divins abondent sur la terre. Nous nous contentons d'un confort consumériste obtenu grâce à la sueur des pauvres. Même nos rites, dans leur matérialité, ont été substitués à «l'esprit de la liturgie» dont le Cardinal Joseph Ratzinger s'était fait l'écho. Et puis, comble de l'hypocrisie, nous avons chassé le Christ du temple au profit des marchands. La dimension pratique de la spiritualité cède peu à peu la place à la temporalité des enjeux. C'est une religion aux dimensions rétrécies, un culte à l'horizon fini et entièrement matérialisé que nous défendons désormais. Et c'est ce culte que certains voudraient voir consulté par le Législateur? S'il y a un donc impératif qui s'impose aux chaires religieuses aujourd'hui c'est avant tout d'inverser cette tendance, et de rendre au spirituel sa force et sa place.

La dimension pratique de la spiritualité cède peu à peu la place à la temporalité des enjeux. C'est une religion aux dimensions rétrécies, un culte à l'horizon fini et entièrement matérialisé que nous défendons désormais.

Enfin, il est important de noter que dans la devise républicaine, «Liberté, Égalité, Fraternité», seuls les deux premiers termes peuvent espérer être établis par la loi. On ne peut pas légiférer sur la Fraternité. On ne peut pas l'imposer de force. Et pourtant, cette dernière est absolument essentielle, centrale. Elle est, selon les mots de Pierre Leroux, la condition de l'unité. Elle est le ciment de la civilisation. Sans fraternité, pas de société stable, pas de vivre ensemble heureux. La spiritualité est la porte d'entrée de l'amour fraternel. Elle est sa condition première. Les cultes, quels qu'ils soient, ont donc un rôle décisif à jouer pour qu'enfin la devise républicaine prenne tout son sens et qu'elle soit manifeste dans nos rues. C'est là leur devoir politique. Et c'est le seul. Il a pour interlocuteur la société civile, non l'État. Nul besoin donc de modifier la loi 1905, car elle demeure encore en avance sur notre temps.

 

 

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(source LeFigaro.fr /Frédéric Saint Clair)

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