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21/02/2015

STEPHANE RATTI : DE LA LANGUE FRANÇAISE A LA LANGUE FRANÇOIS

 

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Professeur des universités, Stéphane Ratti s'interroge sur le sens politique de la pauvreté du langage présidentiel.

 

Stéphane Ratti est Professeur des Universités. Son dernier ouvrage, «Polémiques entre païens et chrétiens», est paru en 2012 aux éditions Les Belles Lettres.

Pourquoi François Hollande s'acharne-t-il à massacrer ainsi la langue française dans toutes ses interventions? Plusieurs analystes se sont à juste titre posé la question après avoir, avec précision, analysé quelques-unes des monstruosités syntaxiques présidentielles à l'occasion de sa dernière conférence de presse.

Quatre explications peuvent être apportées.

François Hollande parle mal pour «faire peuple» est la première qui vient immédiatement à l'esprit.

‘est d'abord la syntaxe en effet qui pèche le plus chez lui. La syntaxe, c'est, expliquait Dumarsais, le grand grammairien et philosophe du XVIIIe siècle, «ce qui fait en chaque langue que les mots excitent le sens que l'on veut faire naître dans l'esprit de ceux qui savent la langue». Dans le discours du président, on a ainsi repéré (je mets entre parenthèses le nom savant de ce qui, ailleurs, chez les bons auteurs, s'appelle une figure de style) des ruptures de constructions (anacoluthes), des interruptions subites ou des réticences diverses (aposiopèses), des raccourcis enfin qui confinent à l'obscurité (brachylogie)… Or la syntaxe est l'art de lier ce qui sans la langue et l'intelligence demeure à l'état brut du chaos. De deux choses l'une: soit le président a une pensée chaotique, soit sa rhétorique, artificiellement fautive, mime un réel en désordre. Si la seconde hypothèse est la bonne, c'est-à-dire si l'on crédite le rhéteur de suffisamment d'astuce et de maîtrise, la fausse modestie de cette langue que l'on voudrait faire passer pour populaire (mais aucun peuple, nulle part, ne parle ainsi) serait la concrétisation d'une manipulation élaborée: «Je parle comme je suis (normal) et je vous parle comme je crois savoir que vous parlez (mal).» Remarquons que cette hypothèse est la plus flatteuse pour le président puisqu'elle le crédite linguistiquement d'une habileté supérieure, même si, politiquement, elle dénonce chez lui une vertu inférieure, la démagogie.

 

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(source LeFigaro.fr /Stéphane Ratti)

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