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10/03/2015

MAIS IL ET OU EXACTEMENT , JUPPÉ ?

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FIGAROVOX/ANALYSE - Selon un sondage pour «L'Obs» paru le 5 mars, la personnalité d'Alain Juppé est plebiscitée par 52% des sympathisants de gauche. Alexandre Vatimbella analyse les risques d'un stratégie qui consiste à se trouver «ailleurs» que sur les lignes politiques partisanes.

Alexandre Vatimbella - Directeur du CREC - Copie.JPGAlexandre Vatimbella est un journaliste français. Il est, depuis 2008, directeur de la rédaction de l'agence de presse LesNouveauxMondes.org, qui est spécialisée sur les pays émergents et la mondialisation. Il est également le directeur du Crec (Centre d'étude & de recherche du centrisme), un centre indépendant sur la pensée politique centriste, avec le site Le Centrisme.

 

Il n'est pas centriste, ni de gauche, comme il a été obligé de le dire à maintes reprises, mais bien de droite.

Le fait même qu'Alain Juppé estime nécessaire de faire ces mises au point périodiques en dit long sur sa stratégie d'être «ailleurs» tout en étant de droite, assez pour convaincre les militants et sympathisants (pour la primaire) puis les électeurs (pour la présidentielle) de l'UMP, mais pas trop quand même afin de faire le plein des voix centristes et des électeurs de la gauche modérée déçus par Hollande et pas encore tout à fait séduits par Valls.

Le fait même qu'Alain Juppé estime nécessaire de faire ces mises au point périodiques en dit long sur sa stratégie d'être «ailleurs» tout en étant de droite.

Il est contraint de faire cet exercice ô combien délicat pour se faire une niche solide qui le distingue de Nicolas Sarkozy mais aussi de François Hollande, de Manuel Valls, de François Bayrou et de François Fillon, tous adversaires potentiels pour mener la bataille contre le Front national en 2017. Et lui permettre, dans la foulée, de demeurer le favori pour les présidentielles.

Néanmoins, cet équilibre qu'il doit constamment (re)trouver ne lui garantit pas la victoire dans deux ans et son entrée à l'Elysée.

D'une part parce qu'il devra de plus en plus faire des propositions concrètes, ce qui s'appelle, in fine, un programme électoral, où tous ses soutiens et admirateurs d'aujourd'hui ne se retrouveront pas évidemment, donc avec une perte automatique de chaque côté du spectre politique, tout en n'étant pas assuré de faire le plein du rassemblement modéré qu'il veut mettre en place.

Il devra de plus en plus faire des propositions concrètes, ce qui s'appelle, in fine, un programme électoral, où tous ses soutiens et admirateurs d'aujourd'hui ne se retrouveront pas .

D'autre part parce que la liste est longue des favoris, voire des super-favoris, qui se sont effondrés avant ou pendant les présidentielles depuis le début de la V° République: Chaban-Delmas (en 1974) face à Giscard d'Estaing, Rocard puis Giscard d'Estaing (en 1981) puis Chirac (en 1988) face à Mitterrand, Barre (en 1988) puis Balladur (en 1995) puis Lionel Jospin (en 2002) face à Chirac, Royal (en 2007) face à Sarkozy, Strauss-Kahn puis Aubry puis Sarkozy (en 2012) face à Hollande. Ainsi, il ne suffit pas d'être populaire, apprécié, voire en tête des sondages deux ans avant la présidentielle, pour être élu.

Pour en revenir à la question de savoir où se trouve Juppé, personne n'est réellement capable de le dire aujourd'hui.

Gageons que celui-ci tentera certainement de faire comme son mentor en 1995, Jacques Chirac, en essayant d'être partout à la fois le plus longtemps possible, ce qui permit au «has been» Chirac de ratisser très large, de la gauche à la droite dans un flou programmatique constant -qui lui joua des tours par la suite- pour être finalement élu président et enfoncer son «ami de 30 ans», Edouard Balladur, le super-favori de l'époque. Pas d'amitié quelconque entre Juppé et son principal opposant à droite, Sarkozy, mais une rivalité qui demande au premier nommé de ne pas se retrouver dans un choc frontal vis-à-vis du second où il n'aurait aucune chance de l'emporter. Ni en étant celui qui se proposerait, comme Sarkozy en 2007, de siphonner les voix du Front national et d'y parvenir.

Celui-ci tentera certainement de faire comme son mentor en 1995, Jacques Chirac, en essayant d'être partout à la fois le plus longtemps possible.

Cela donne un Juppé de droite comme le martèlent sans relâche ses fidèles lieutenants Claude Gaymard et Benoît Apparu, un Juppé modéré comme le prétend un François Bayrou, un Juppé gaucho-compatible comme le prétendent beaucoup de personnalités de gauche du monde intellectuel et artistique dont on apprend plusieurs noms dans le Nouvel Observateur de cette semaine (comme Arditi, Ribes ou Orsenna).

Rappelons que le fait d'être «ailleurs» que sur les lignes politiques clairement partisanes a joué de mauvais tours à de sérieux prétendants à l'Elysée. On pense à Chaban-Delmas, à Rocard ou à Barre, notamment. Bien entendu, et à l'inverse d'un François Fillon qui se doit de se dévoiler programmatiquement parlant afin d'avoir une chance de raccrocher le wagon de tête des présidentiables, Alain Juppé doit rester le plus silencieux possible jusqu'au dernier moment avant de se positionner sans ambiguïté sur nombre de mesures qui font débat et où le consensus est dur, voire impossible, à trouver.

Sans doute que ses adversaires voudront le mener sur des terrains glissants et minés pour son image et sa place de favori pour 2017. Comment s'en sortira-t-il?

Peut-être qu'il ne le sait pas vraiment encore lui-même…

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(source LeFigaro.fr / Alexandre Vatimbella)

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