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18/03/2015

LANGUE FRANÇAISE : BLED, BARDA... CES DIX MOTS D'AILLEURS DEVENUS FRANÇAIS

 

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SEMAINE DE LA LANGUE FRANÇAISE - Jusqu'au 22 mars l'événement bat son plein. À cette occasion, le directeur éditorial du dictionnaire Le Robert, Alain Rey, commente dix mots de notre lexique issus de différentes contrées.

Avec la Semaine de la langue française et de la francophonie, l'heure n'est plus au débat mais au constat. Notre langue reste une formidable terre d'accueil pour les mots venus d'ailleurs. Tout un lexique qui s'est forgé au gré du commerce des hommes: «Le voyage du mot reflète les voyages politiques, économiques et culturels. Dans l'importation des mots arabes, turcs et persans, c'est à la fois la guerre mais aussi le commerce et les relations diplomatiques qui se profilent» explique le directeur éditorial du dictionnaire Le Robert Alain Rey.

Du 14 au 22 mars, la vingtième édition de cet événement sera placée sous le signe des mots qui ont passé les frontières, témoins de la capacité d'adaptation du français et de sa vitalité: «Ces mots voyageurs illustrent l'aptitude de notre langue à intégrer des connaissances qui viennent d'ailleurs, de les modifier et de les intégrer dans son vocabulaire. Et ce sont tous de bons mots français» explique le linguiste.

Et d'ajouter: «Les mots comme les populations sont extraordinairement métissés. Quand on pense Italie, par exemple, on a l'impression que cela vient directement du latin. Or ce n'est pas toujours le cas, parce qu'il y a toute l'Italie du nord qui a été fortement germanisée, tout autant que la France ou l'Espagne d'ailleurs. On a énormément de peuplades qui ont servi de moyen de transport d'idées, de coutumes et donc des mots.»

Le Figaro a sélectionné dix mots aux diverses origines, commentés par Alain Rey qui mettent en lumière la collusion entre langage et grands faits de l'histoire.

● Alambic: appareil servant à la distillation

Ce mot emprunté à l'arabe comme beaucoup d'autres (algèbre, zéro, sinus...) relève du champ lexical de la science. C'est l'un des instruments de l'alchimie, qui servait au Moyen Âge à courir après la pierre philosophale. Au fil du temps, il est devenu le symbole de la complication, faisant partie de cet arsenal conceptuel de l'alchimie dont on a un peu trop oublié que c'était un prélude à la chimie. Sans elle il n'y aurait pas eu la mesure ou toutes les modifications de la matière. Même si le but n'était pas dans un objectif purement scientifique au départ. L'introduction du terme dans la langue française date du milieu du XIII e siècle, ce qui correspond à l'influence grandissante de la civilisation évoluée au point de vue intellectuel qu'ont été un certain nombre de communautés islamique. De l'Iran à la Turquie ou l'Égypte, jusqu'à l'Espagne musulmane avec les califats où il y a eu des développements techniques et scientifiques très importants. L'orthographe fixée à cette époque résulte de la latinisation.

● Alchimie: science occulte, née de la fusion de techniques chimiques gardées secrètes et de spéculations mystiques, tendant à la réalisation du grand oeuvre.

Même si on est sûr que ce mot provient de l'arabe, un doute subsiste sur sa propre origine. On ne sait pas si c'est un emprunt du grec ou du copte, c'est à dire de l'égyptien ancien. Quoi qu'il en soit, au XIIIe siècle quand on emploie ces mots c'est toujours par le biais du latin. Ils ont été latinisés puisque l'occident a été christianisé et le latin constituait la langue non seulement de la religion mais aussi de la science.

 Altesse: titre d'honneur donné aux princes et princesses du sang.

Si l'apport des langues arabes, persanes ou turques est très important, ils demeurent néanmoins dans des domaines spécifiques et n'est pas massif. Contrairement à l'italien, dont est issu le terme Altesse, qui au XVIe siècle est absolument majeur. Cette langue a fourni tout un vocabulaire militaire ou lié à la musique, comme opéra, sonate pour ne citer qu'eux à l'époque de la Renaissance de François 1er.

● Banquet: repas d'apparat où sont conviées de nombreuses personnes.

Dérivé de «banchetto». Pour l'anecdote, on ne sait pas trop si le banquet a été dénommé ainsi pour des raisons d organisation matérielle, si les gens se mettaient sur des bancs autour d'une immense table au lieu de se mettre à des tables séparées. Et d'après les historiens latins, c'est une coutume germanique. Le mot est italien et vient du sud mais est issu de moeurs du nord.

● Barda: équipement du soldat, chargement encombrant.

Voilà un mot qui résulte de la conquête de l'Algérie par la France. Ces mots arabes ont été entendus par des soldats français, ce sont essentiellement des emprunts oraux, souvent fidèles à leur première signification. À l'instar de «toubib» qui signifie vraiment médecin. Contrairement à «Barda» qui en arabe est une sorte de couverture douillette qu'on met sur le bas de la bête pour adoucir sa charge sur le dos et qui est devenu la charge que les soldats ont sur leur dos. Il y a eu un changement d'interprétation.

 Bled: en Afrique du Nord, l'intérieur des terres, la campagne. en France, lieu isolé offrant peu de ressources.

Ce terme également issu de la conquête de l'Algérie a acquis une dimension péjorative dans son voyage de l'arabe au français. Dans sa forme algérienne et maghrébine, il signifie la terre ou le pays de manière tout à fait neutre. En français, l'expression «c'est un bled» a une connotation négative,on voit l'aspect de la terre, de la campagne isolée, avec toute la péjoration monstrueusement injuste que la plupart des langues réservent aux paysans. Cela résulte du jugement social porté dès l'Antiquité sur l'homme de la campagne sédentaire, attaché à sa terre travaillant de ses mains et traité comme un animal.

● Élixir: préparation médicamenteuse liquide destinée à être prise par la bouche, à base d'alcool et de sirop.

On retourne au même contexte de l'alchimie.On ne sait pas s'il vient directement de l'arabe ou si l'arabe l'a pris au grec.

● Pintade: oiseau originaire d'Afrique au plumage sombre semé de taches claires.

Ce terme est un joli exemple du passage des mots puisqu'il signifie l'oiseau peint à cause des taches sur le plumage. C'est une dénomination qui vient des navigateurs portugais qui sur les côtes africaines notaient des choses qui leur paraissaient nouvelles.

● Redingote: manteau de femme, ajusté à la taille.

Ce terme vient de l'anglais «riding-coat», littéralement «vêtement pour aller à cheval», issu du XVIII e siècle, l'époque de l'anglomanie. Voilà typiquement le type d'un mot anglais francisé, fait rare et épatant pour l'époque. Transformer un mot anglais à la fois dans la prononciation et l'écriture au point qu'il soit méconnaissable et bien adapté aux habitudes graphiques du français. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. On nous impose des mots écrits avec deux «OO» qu'il faut prononcer «OU» ou avec deux «EE» qu'il faut prononcer «I».

C'est le grand défaut du transfert des mots quand il est passif, laissé dans sa forme initiale sans aucune réflexion sur le sujet. C'est assez catastrophique. Quand il est actif, en revanche, il y a transformation, interprétation ou changement de sens. L'une des plus belles réactions contre cette attitude est quand on s'est avisé que «Computer» signifiait machine à compter, qui vient du latin «computare», et qu'on en a fait le mot ordinateur qui est une machine à mettre en ordre. Non seulement on a évité l'américanisme, mais surtout on a donné au concept un mot beaucoup plus pertinent. Le français est la seule langue à dénommer cet engin d'une manière convenable. Tous les autres parlent d'une machine à calculer, ce qui est quand même très insuffisant.

● Buzz: rumeur destinée à créer l'événement.

C'est le typique contrexemple de «redingote». Cela peut s'expliquer par le goût de la nouveauté, l'aspect un peu publicitaire du mot étranger. Les gens ont un peu le sentiment d'être piégés par le lexique et ressentent une impression de liberté quand on leur donne un mot nouveau. Quitte à mal les prononcer à l'anglaise. En outre, il ne faut pas exclure une dimenssion générationnelle. Les jeunes sont ravis d'avoir des éléments de langage que les parents ignorent.

 

 

 

(source LeFigaro.fr /Aurélia Vertaldi)

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