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03/04/2015

SANTÉ : AIL, POIREAU ET BILE DE VACHE CONTRE LES STAPHYLOCOQUES

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Une vieille recette issue d'un livre de médecine du Xe siècle a été efficace en laboratoire contre des colonies de bactéries résistantes aux antibiotiques.

 

Leur travail a beau être présenté aujourd'hui au congrès annuel de la Society for General Biology, ils jurent que ce n'est pas un poisson d'avril: en fouinant dans un vieil ouvrage médiéval, des chercheurs de l'université de Nottingham auraient trouvé une recette à même de combattre des staphylocoques dorés résistants aux antibiotiques…

Prenez deux plantes du genre allium (ail, plus oignon ou poireau), ajoutez du vin et de la bile de vache. Mélangez, faites macérer dans une cuve en laiton, purifiez le tout, puis laissez reposer pendant neuf jours. Vous obtiendrez alors un divin cataplasme contre les orgelets.

Cette recette est issue du Bald's Leechbook, livre de médecine anglo-saxon du début du Xe siècle. Le Dr Christina Lee, de l'Institut universitaire pour les études médiévales à l'université de Nottingham, a traduit l'ouvrage avant d'enrôler ses collègues du Centre universitaire pour les sciences biomoléculaires. Leur mission: rééditer l'étrange recette et explorer son pouvoir antibactérien.

L'ancien remède a fait ses preuves in vitro, affirment les microbiologistes. Aucun des ingrédients testés individuellement n'a suffi à combattre les bactéries cultivées sur du collagène ; mais, combinés selon la recette millénaire, ils auraient éradiqué 999 bactéries sur 1000. L'équipe a alors testé diverses dilutions de sa mixture pour s'apercevoir que, lorsqu'elle était trop claire pour combattre les bactéries, elle savait tout au moins les empêcher de communiquer, diminuant ainsi leur pouvoir de nuisance.

«Mieux que les antibiotiques conventionnels»

L'expérience a été réitérée sur des souris par le Dr Kendra Rumbaugh au sein de l'université du Texas, aux États-Unis. Le remède aurait alors éliminé 90 % des staphylocoques dorés présents dans les plaies des rongeurs, témoigne le Dr Rumbaugh. «Cet ancien remède a fonctionné aussi bien, si ce n'est mieux, que les antibiotiques conventionnels que nous utilisons», s'étonne-t-elle.

Le Dr Freya Harrison, qui a dirigé les recherches au laboratoire de Nottingham avec le Dr Steve Diggle, veut maintenant percer les secrets de la potion. L'équipe s'attendait à une légère activité antibiotique du remède, car les ingrédients qui le composent ont déjà montré leur pouvoir en laboratoire. Le cuivre (issu de la cuve en étain) et les sels biliaires sont bactéricides, les plantes de la famille de l'ail empêchent les bactéries d'endommager les tissus. «Mais nous avons été estomaqués de voir à quel point la combinaison des ingrédients était efficace», s'émerveille Freya Harrison.

Explorer les pharmacopées traditionnelles

Elle a pourtant tout tenté pour mettre l'onguent en échec, jusqu'à laisser les bactéries constituer un «biofilm», si dense de bactéries que nombre d'antibiotiques plus modernes ont du mal à le transpercer. Pour Steve Diggle, c'est le signe que les apothicaires du Moyen Âge «planifiaient soigneusement leurs expériences, bien avant que la méthode scientifique ne soit développée».

Beaucoup de grands médicaments encore largement utilisés sont issus de plantes, et l'industrie pharmaceutique n'a de cesse d'explorer les pharmacopées traditionnelles. «La colchicine contre la goutte, l'aspirine, la digitaline…, énumère le Pr Jean-Louis Montastruc, chef du service de pharmacologie médicale et clinique du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse et membre de l'Académie nationale de médecine. On parlait autrefois de la théorie des signatures: Dieu aurait donné à l'homme des messages, pour trouver les remèdes adéquats à ses maux. Par exemple, le saule pousse dans des endroits chauds et humides, et l'aspirine qui en est issue a des propriétés antirhumatismales.»

De la souris à l'homme

L'équipe de Nottingham, émerveillée par sa découverte, veut continuer à explorer le potentiel thérapeutique de son vieux remède et a lancé sur Internet une opération de crowdfunding pour financer, dans un premier temps, le séjour estival d'un étudiant.

Mais de la souris à l'homme il y a «un océan», tempère le Pr Montastruc, et la recherche ne compte plus les médicaments efficaces chez l'animal qui ont échoué chez l'homme. Votre pharmacien a le temps de vous vendre encore quelques antibiotiques avant de devoir, au fond de son officine, apprendre à mélanger herbes folles et bave de crapaud.

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(source LeFigaro.fr / Soline Roy)

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