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29/04/2015

NATACHA POLONY : LATIN, LES DEFENSEURS DE LA 25ème HEURE

 

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FIGAROVOX/EXTRAIT - Dans le Libération de ce jeudi, Laurent Joffrin s'est fait le défenseur du latin. Natacha Polony invite ceux qui, comme l'éditorialiste, semblent retrouver leur lucidité à reconnaître leurs torts et sauver ce qui peut encore l'être.

Une fois n'est pas coutume, il conviendrait dans ces colonnes de rendre hommage au journal Libération, et notamment à son directeur, Laurent Joffrin, qui signait jeudi 23 avril un éditorial plein d'esprit, comme une défense et illustration du latin. "Hic et nunc,écrivait-il, Najat Vallaud-Belkacem s'apprête à expédier ad patres le latin et le grec. Les langues mortes vont bientôt mourir. Morituri te salutant… Faut-il, devant cette décision prise ex cathedra, se contenter d'un de profundis ?» Un sympathique exercice de style qui nous rappelle l'adage cher à Georges Clemenceau: «Quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas qui passe les seaux d'eau.»

Les esprits chagrins remarqueront que ce n'est pas Clemenceau qu'il faudrait citer mais bien Bossuet, tant on découvre quelqu'un qui chérit les causes dont il déplore les effets. Ils diront que l'article qui jouxte ce bel éditorial prend soin de souligner combien le latin et le grec sont choisis par les enfants de milieu favorisé. «Élites», «filières d'excellence»… tous les griefs sont énumérés. Mais de façon moins virulente qu'habituellement. On ne trouve pas, cette fois, les envolées contre ces «réactionnaires» qui osent défendre une vision passéiste de l'école, faite de version latine, de dissertation, de récompense au mérite et d'exigence pour tous.

Car la réforme du collège, sortie du chapeau d'éminents spécialistes dont un seul -il y a longtemps- a enseigné dans le secondaire, répond aux considérations mises en avant depuis des années par tous ceux qui, dans les journaux, les cénacles d'experts ou les partis politiques, estiment que l'école française «trie», «humilie», «favorise les héritiers»… bref, qu'il faut la «démocratiser», c'est-à-dire l'adapter à des jeunes gens dont on pense sans le dire que la culture classique n'est pas pour eux.

On déplore, aujourd'hui, la disparition du latin? Mais la ministre a beau jeu de prétendre que, désormais, tous en feront à travers des modules interdisciplinaires où l'on survolera gentiment grammaire et histoire antique. Qui, sinon la loi Fillon de 2005, a ouvert la voie à cette conception aberrante de l'interdisciplinarité à travers la «pédagogie de projet»? Mieux, on s'indigne de voir le premier ministre annoncer des exercices d'improvisation à l'école. Mais qui, sinon les experts convoqués par la droite et la gauche depuis vingt ans et sanctifiés par les médias, s'est ingénié à expliquer que l'aisance à l'oral était un but en soi, en dehors de tout contenu? Combien de fois nous a-t-on sorti la «tête bien faite» et la «tête bien pleine», oubliant que pour Montaigne, dont le latin était la langue maternelle, une tête vide ne fera jamais que sonner creux. Lire la suite de l'article

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(source LeFigaro.fr / Natacha Polony )

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