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23/05/2015

THEÂTRE , BOUFFES DU NORD : PODALYDES, NOIR C'EST NOIR

 

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Aux Bouffes du Nord, le sociétaire de la Comédie-Française met en scène La Mort de Tintagiles, une courte pièce de Maeterlinck. Le spectacle est accompagné de musiciens dirigés par Christophe Coin. Sombre.

C'est Octave Mirbeau qui, en août 1890, dans les colonnes du Figaro appela l'attention des lecteurs sur un écrivain belge qu'il ne connaissait pas. «Je ne sais rien de M. Maurice Maeterlinck. Je ne sais d'où il est, ni comment il est. S'il est vieux ou jeune, riche ou pauvre, je ne le sais.» Mais Mirbeau avait compris que naissait un poète et dramaturge immense. Il parlait alors de La Princesse Maleine: «Ce n'est qu'une affaire d'intelligence; une affaire d'âme aussi, non pas d'âme sœur de la sienne, mais d'âme qui a senti quelquefois comme la sienne.» Ainsi dès l'origine mettait-il en lumière la puissance, la profondeur et la difficulté aussi de l'univers de celui qui recevrait le prix Nobel de littérature en 1911. Ses œuvres, on le sait, ont inspiré de très grands musiciens: Pelléas et Mélisande,Ariane et Barbe-Bleue notamment.

La Mort de Tintagiles, que Denis Podalydès met en scène, a donné musique de scène, poème symphonique, d'autres pièces encore. Il est donc très intéressant que le sociétaire de la Comédie-Française ait fait appel à deux compositeurs d'aujourd'hui, Christophe Coin et Garth Knox, qui accompagnent la représentation de leurs créations ou de pages empruntées, notamment à Bartok. Aux Bouffes du Nord, sur un plateau rehaussé et inscrit dans un cadre, sur fond de dégradé gris et noirs (scénographie d'Olivier Brichet, lumières Stéphanie Daniel), musiciens et comédiens donnent leur version de ce conte très cruel qui date de 1894 et fait partie de son «théâtre pour marionnettes».

Metteur en scène tétanisé

On a le sentiment que le metteur en scène a été tétanisé par les difficultés à représenter cette histoire de méchante reine, grand-mère obèse enfermée dans sa tour, qui terrorise ses petits-enfants. Sur le fond du théâtre, il projette un poème de Mallarmé -très proche ami de Maeterlinck- et l'on entend sa voix enregistrée, très blanche. C'est Pour un tombeau d'Anatole que le poète d'Igitur, écrivit à la mort de son fils à l'âge de 8 ans.

Pourquoi la terrible aïeule a-t-elle fait revenir Tintagiles (marionnette et voix d'Adrien Gamba-Gontard)? Ses deux grandes sœurs, Ygraine (Leslie Menu) et Bellangère (Clara Noël), tentent, en vain, de le protéger. Comme Aglovale, le seul adulte bienveillant du château (Garth North lui-même avec alto et viole d'amour).

On l'a dit, Tintagiles est «incarné» par une marionnette. Or, avec son visage blanc, inexpressif et sa voix d'adulte, les manipulations précautionneuses, ce Tintagiles échoue à nous émouvoir vraiment. Il n'y a rien en lui d'un petit frère vulnérable et l'on ne ressent pas assez ses peurs. La délicatesse des musiciens, leur maîtrise profonde apportent quelque chose de touchant et beau au spectacle. Leslie Menu, Ygraine, possède une belle présence et Clara Noël tient bien sa partition. Mais avouons-le, on reste à la porte. Maeterlinck est profond, mais il n'est pas funèbre. Maeterlinck est mystérieux mais il parle des âmes, de l'au-delà, d'une espérance. Cette dimension, Podalydès la tient à distance. Comme s'il était lui-même un petit garçon terrorisé qui craint l'envoûtement…

La Mort de Tintagiles, Bouffes du Nord, 37 bis, bd de la Chapelle (Xe). Tél.: 01 46 07 34 50.Horaires: 21 h du mardi au samedi et le samedi 15 h 30. Jusqu'au28 mai.

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