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28/05/2015

SUR LA ROUTE DU SEL , EN FRANCE ET EN SUISSE

 

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INFOGRAPHIE -  Les voies du sel ne sont pas impénétrables. Trois nouvelles routes touristiques racontent l'histoire du commerce de cette précieuse denrée entre la Franche-Comté productrice et la Suisse importatrice.

 

Terra Salina ne figure sur aucun atlas. C'est une nouvelle entité touristique qui, ainsi que le suggère son nom, ne manque pas de sel, ce sel qui avait jadis valeur d'or blanc. Son histoire sert de fil conducteur à la découverte d'un territoire franco-suisse qui s'étend de la Franche-Comté aux contreforts des Alpes vaudoises et bernoises, en suivant l'arc jurassien. Trois itinéraires y ont été tracés. Ils mènent des sites de production aux villes de destination de la marchandise, en passant par ses voies commerciales, ses lieux de transit et de petites cités devenues thermales grâce à leurs eaux salées.

C'est l'occasion d'aller voir de plus près des régions que l'on ne fait souvent que traverser vite fait par les autoroutes. Des coins de campagne et de petites montagnes aux hivers rudes et qui ne sourient vraiment qu'à la belle saison. Mais, comme partout en Europe, le patrimoine y est omniprésent. Églises, châteaux, forteresses, ruelles médiévales, musées… il y a de quoi faire sur cette route du sel qui emprunte le chemin des écoliers. À pied, en voiture ou à vélo, on peut même choisir son mode de locomotion, ou les alterner, en suivant le balisage dédié en bordure d'asphalte et de sentiers.

Trois parcours

Le mois prochain, une carte géographique sera éditée. Et un topo-guide, réalisé par la Fédération française de randonnée pédestre, sortira le 20 août, un peu tard, certes, pour cet été, mais au sommaire riche de 300 km de marche détaillés en itinérances, boucles de proximité et balades à la journée. On peut toutefois faire ses plans dès maintenant: un portail Terra Salina vient d'être mis en ligne, qui présente, entre autres, les trois parcours. Le premier, «Échappée jurassienne», se cantonne aux départements du Jura et du Doubs, sans franchir la frontière. C'est aussi le plus court, 130 km, de Dole à Lons-le-Saunier, par Arc-et-Senans et Salins-les-Bains.

Le deuxième est le plus historique. Il épouse peu ou prou le tracé de l'ancienne Via Salina qui allait du producteur, la Franche-Comté, au principal importateur, Berne, la capitale fédérale helvétique. Au départ d'Arc-et-Senans, cette voie passe par Salins-les-Bains, Ornans, Pontarlier, Sainte-Croix et Yverdon-les-Bains, au bord du lac de Neuchâtel. Aussi cette ville portuaire vaudoise fut-elle longtemps la plaque tournante du commerce du sel vers les cantons suisses. Le troisième itinéraire est, jusque-là, identique au précédent. Puis il bifurque vers le sud, cap sur Bex et ses mines de sel, toujours en activité, au pied des Alpes vaudoises. C'est sur cette dernière route, d'Arc-et-Senans à Bex, donc, que nous avons roulé pour vous. Grains choisis.

• Arc-et-Senans, l'étape royale (photo)

En pleine campagne, les bâtiments disposés en parfait arc de cercle, la vaste esplanade intérieure et les jardins tout autour laissent bouche bée. On dirait un petit Versailles au milieu de nulle part. Sauf que c'était un site industriel, l'un des premiers classés par l'Unesco en 1982, édifié, bien avant les temps modernes, sous Louis XV, par Claude-Nicolas Ledoux. Cette saline royale fut le chef-d'œuvre de l'architecte. Les ouvriers y vivaient et travaillaient en vase clos, le directeur également, tel le gardien du trésor: l'or blanc, produit, à grand renfort de chauffage au bois de la forêt de Chaux, à partir de la saumure tirée du sous-sol de Salins-les-Bains (lire ci-dessous). Une saumure acheminée jusqu'ici par un «saumoduc», fabriqué avec des troncs d'épicéa taillés comme des crayons et emboîtés les uns dans les autres (ils seront plus tard remplacés par des tuyaux de fonte). Sa production n'ayant jamais égalé sa majesté, faute de rentabilité, la Saline royale fut finalement fermée en 1895.

Sa reconversion en site touristique (8,80 € l'entrée) date des années 1970. On y trouve un musée, sur l'histoire du sel, bien sûr, mais aussi à la mémoire des lieux ainsi qu'au génie de Claude-Nicolas Ledoux. Des maquettes extraordinaires sont exposées, réalisées d'après des plans d'origine qui ne dépassèrent jamais le stade de projets. La Saline abrite également un hôtel, un restaurant, une résidence d'artistes. Et nombre d'événements culturels y sont organisés. www.salineroyale.com

• Salins-les-Bains, là où tout a commencé

SALINE 3.jpgNichée dans une reculée (étroite vallée jurassienne) traversée par la Furieuse, la ville est littéralement bâtie sur le sel. Ses sources salées furent exploitées du quatrième millénaire avant notre ère jusqu'en 1962. Dominée (et protégée) par des forts où l'on s'acquittait de la gabelle, la cité possède un gros cœur XIXe, reconstruit après l'incendie de 1825, une église Notre-Dame-Libératrice coiffée d'un dôme de tuiles vernissées jaune paille et quelques très anciennes tours, vestiges de l'enceinte médiévale. Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2009, en extension de la Saline royale d'Arc-et-Senans, elle vit désormais du tourisme et du thermalisme. Sa Grande Saline s'est reconvertie en Musée du sel. La galerie souterraine de 165 m de long, 12 m de profondeur et 12 °C de température ambiante a été en partie scénographiée pour les explorations guidées (7,50 €). www.salinesdesalins.com

Quant à l'eau salée, tirée du puits à muire, elle continue d'alimenter, juste au-dessus, le centre thermal de santé et bien-être. Un tantinet défraîchi, il est vrai (l'an prochain, un établissement flambant neuf et excentré prendra le relais), mais aux prestations de grande qualité. Tel le gommage au sel (39 € les 40 min de bonheur). www.thermes-salins.com

 

Les amateurs de vieilles pierres seront ici à leur affaire avec une douzaine d'édifices classés ou inscrits aux monuments historiques, quantité d'hôtels particuliers et des maisons aux façades baignées par une rivière bucolique, la Loue. Cette jolie petite commune du Doubs est incontestablement la reine de la vallée. Mais, pour le monde de l'art, elle est d'abord la ville natale de Gustave Courbet (1819). Le peintre a maintes fois immortalisé les lieux où il vécut ses vingt premières années. Un musée lui a été consacré, 2000 m2 d'exposition depuis sa récente rénovation (entrée 6 €, visite guidée 10 €). À compléter par la ferme de Flagey, la maison familiale de l'artiste, et une balade à la source de la Loue avant d'attaquer la route panoramique qui surplombe les gorges de Nouailles. www.musee-courbet.doubs.fr

• Musique à Sainte-Croix

À 1000 m d'altitude, en plein Jura vaudois, cette bourgade de moins de 5000 âmes a pour particularité d'être la capitale mondiale de la boîte à musique et des automates. Si tout le monde vivait encore ici de cette industrie de précision il y a quarante ans, la maison Reuge est désormais la seule à perpétuer la tradition. Elle lui a, en plus, offert un musée. Ce Centre international de mécanique d'art (Cima) est une merveille: ses machines à musique, 150 ans pour les plus anciennes, tournent comme des horloges sur des airs délicieusement surannés. Une visite guidée de 75 min (13,50 €) à ne pas manquer. www.musees.ch

• À l'eau à Yverdon-les-Bains

Les anciens entrepôts de sel du XVIIe siècle ont par la suite été transformés en caserne, puis en tribunal d'arrondissement. Seul vestige d'origine, la porte monumentale avec son horloge et son drôle de toit en forme de chapeau d'alchimiste, typique de l'architecte bernoise, puisque édifiée à une époque où les Vaudois vivaient sous la coupe de Berne. Le tribunal se trouve au bout de la rue du Milieu, dans le centre médiéval en pierre jaune de Neuchâtel, dominé par un très vieux château trapu (fin XIIIe) aux quatre tours pointues. Mais l'étape fait surtout la part belle à la détente en eau sulfureuse, prisée ici depuis l'Antiquité. Au centre de santé et bien-être, on peut barboter entre 8 heures et 22 heures dans trois piscines thermales, dont deux bassins extérieurs chauffés à l'année. 29 € l'entrée avec accès aux jacuzzis géants en terrasse, bain japonais, douche tropicale… www.cty.ch

• Bonne mine à Bex (La saline de Bex, ouverte en 1554, est toujours exploitée. ) photo 

 

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Ouverte en 1554, la saline de Bex est toujours exploitée: 100 tonnes de sel en sont extraites chaque jour par trois mineurs (miracle de la technique), sur une trentaine d'employés. Arraché à la roche, ce sel minéral est un sacré filon hérité d'une mer dont la dernière marée s'est retirée il y a 200 millions d'années… Ces mines de sel sont les dernières d'Europe occidentale ouvertes à la visite. Quelque 65.000 curieux s'y engouffrent chaque année. Une partie du site a été spécialement aménagée pour le tourisme (20 € les 2 h de visite, réservation conseillée). À défaut d'assister au travail d'aujourd'hui, on imagine ce qu'il était hier, en déambulant à travers grottes et galeries, scénographiées avec de vieux outils en bois, des chariots, un vestiaire reconstitué. Accès en petit train électrique, à 10 km/h, sur 1500 m de voie. Sauf qu'ici on ne descend pas à la mine, on y monte, dans les entrailles de la montagne (les Alpes), sur cinq petits mètres de dénivelée. www.mines.ch

(source LeFigaro.fr / Jean-Pierre Chanial)

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