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02/06/2015

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR : DEMOCRATISATION OU DEMAGOGIE

 

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Présidente de l’université de Montpellier 3, Anne Fraïsse dénonce le cynisme de dispositifs visant une prétendue démocratisation de l’enseignement supérieur.

 

 

La démocratisation de l’enseignement, ce fut il y a 50 ans l’augmentation massive des bacheliers généralistes, puis technologiques et professionnels et leur entrée libre à l’université. Aujourd’hui c’est une formule facile pour éluder les vrais problèmes des universités: entrée incontrôlée en licence, absence de sélection en master, désengagement financier de l’Etat, concurrence des écoles.

Le plus élémentaire bon sens permet de comprendre que l’entrée incontrôlée en première année d’université, l’absurdité du tirage au sort pour les filières à capacité d’accueil, loin d’être démocratiques, aboutissent à un échec massif et à un blocage flagrant de l’ascenseur social.

La démocratisation ainsi conçue n’est qu’un droit à l’échec pour les étudiants les plus fragiles socialement et économiquement. C’est mettre en haut d’une falaise les apprentis étudiants, certains avec un parapente, les autres sans et les inviter à sauter au nom de l’égalité et de la démocratie. Faut-il s’étonner que tous ne profitent pas également du paysage et de l’atterrissage?

Cette attitude cynique, voilée de grands principes, a deux avantages immédiats:

-masquer provisoirement le chômage des jeunes derrière un statut d’étudiant

-renvoyer la responsabilité de l’échec sur l’étudiant, qui a en apparence bénéficié de ses droits à un enseignement supérieur

L’université a des atouts immenses et variés

Alors démocratisation rimerait elle avec sélection? Non plus, en tout cas pas dans le sens des écoles. La réussite certes réelle d’une élite calibrée intellectuellement et financièrement n’est pas un exploit pédagogique ni même une vision très démocratique de l’enseignement supérieur. L’université, elle, a des atouts immenses et variés pour faire réussir le plus grand nombre avec toute la diversité nécessaire aux besoins du pays. La pleine réussite des masters universitaires, en est un parfait exemple.

La solution relève d’une attitude plus pragmatique. Pour faire réussir un étudiant, il faut d’abord éviter de le mettre en échec. Ce n’est pas une lapalissade. Inscrit- on un élève de 1ère L en Terminale S sans vérifier son niveau en sciences inscrit-on en langue spécialiste un débutant? Or c’est ce que nous faisons quotidiennement à l’université ; tout baccalauréat est le sésame d’entrée dans n’importe quelle licence. Bac pro métiers du froid? Bienvenue en Lettres ou en Histoire, disciplines où vous avez eu deux fois moins d’heures que les autres élèves pendant 3 ans. Pas la moyenne en langue? Qu’importe, la filière LEA vous tend les bras pour une future carrière à l’international.

Cessons de nous cacher derrière le Baccalauréat universel, arrêtons le massacre de nos étudiants de 1ère année. Le Baccalauréat doit rester le 1er diplôme universitaire, cela ne veut pas dire qu’il doit ouvrir, quelle que soit sa nature, l’accès à toutes les filières. Il ne faut pas inscrire directement les bacheliers professionnels dans les filières où leur taux de réussite est proche de zéro ni leur laisser croire qu’ils peuvent y réussir. Quelle est alors leur place dans l’enseignement supérieur? Poser le problème, c’est entrevoir la solution: si l’on a besoin de techniciens dans le prolongement des spécialités professionnelles de ces baccalauréats, il faut développer des filières courtes adaptées. S’il n’y a pas de débouchés, il faut limiter les places de lycée conduisant à ces baccalauréats.

 

Démocratiser l’enseignement ne veut pas dire abaisser le niveau d‘exigence pour faire entrer plus d’élèves dans le supérieur, mais les faire mieux réussir en veillant à leur adéquation aux cursus choisis. Au vu de la nouvelle réforme pour le collège: suppression des langues anciennes, réduction de l’histoire, disparition des classes bilangues, je crains fort que cette position ne soit pas celle du ministère qui préfère visiblement le nivellement par le bas.

(source LeFigaro.fr)

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