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18/06/2015

COMMENT L'ARRIVEE D'UN BEBE IMPACTE LA FAMILLE

 

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Chaque « heureux événement » réaménage tous les liens du groupe familial.

 

Dans les maternités de France et d'ailleurs, la scène se répète des milliers de fois chaque jour: bébé est né, la famille venue le visiter se penche sur son petit lit. Les exclamations fusent: «Qu'il est beau! Quelle jolie bouille…». Puis, très vite, les tentatives de raccrocher le nouveau-né à toute l'histoire familiale et aux deux lignées s'expriment spontanément: «Qu'est-ce qu'il ressemble à son oncle!» ; «Non, il a plutôt la bouche de son père!»… Ces échanges au-dessus du berceau ne sont nullement futiles. Pour des chercheurs en psychologie comme ceux de l'Observatoire du bébé, que dirige Denis Mellier, ils ont au contraire une fonction de cohésion et d'unification absolument nécessaire pour que la famille puisse s'approprier cet «étranger familier» qui arrive au monde.

«Il y a un contrat inconscient entre le groupe familial et ce nouveau-né qui doit prolonger Ia lignée, explique Patrice Cuynet, professeur de psychologie clinique et psychopathologie à l'université de Franche-Comté. Le bébé est comme un miroir dans lequel tout le monde se plonge, car on attend beaucoup de choses de lui: va-t-il être assez fort pour survivre et porter l'héritage de la famille dans le futur? Derrière son corps apparent, il y a tout ce qu'on y voit et dont on a besoin pour se réassurer en vérifiant que ce bébé appartient bien aux deux familles.» D'ailleurs, au-delà des ressemblances physiques, l'histoire de chacun est réactivée: «Si son grand-père le voyait…»,«il est né à la même heure que sa tante»…

Pour les psychologues, le «travail de nativité» concerne donc autant le nouveau-né que ses parents, proches ou lointains, et fonde l'existence à venir de ce nouvel individu. Ce «bain de langage et de liens» semble plus que jamais nécessaire pour que l'enfant s'ancre dans sa communauté, et pour que chaque membre de celle-ci bouge aussi en lui faisant place.

Désertion familiale

Or, aujourd'hui, et notamment dans les grandes villes, il semble que de moins en moins de fées se penchent sur les berceaux. «Les jeunes parents, laissés à eux-mêmes, se retrouvent démunis, non contenus par leur propre famille, regrette Patrice Cuynet. Le groupe n'est plus aussi sécurisant et les bouleversements émotionnels sont donc intensifiés.»

Anna Roy, jeune sage-femme qui raconte dans Bienvenue au monde (Leduc.s Éditions) son travail auprès des familles, notamment à la maternité des Bluets du XIIe arrondissement de Paris, confirme cette désertion familiale propre aux catégories sociales les plus favorisées. «Alors que les jeunes mamans asiatiques ou maghrébines sont très entourées, que chacun se relaie auprès d'elles lorsqu'elles reviennent à la maison, celles des CSP+ se retrouvent “larguées”. Elles ne connaissent rien aux nouveau-nés, leur compagnon travaille énormément… Au bout de quelques semaines, beaucoup m'appellent plusieurs fois par jour parce qu'elles n'en peuvent plus d'être seules dans leur appartement avec leur bébé.»

Les grands-mères? «Elles ont soudain beaucoup de mal à se situer, observe la sage-femme. Certaines sont encore trop actives pour s'occuper de leurs petits-enfants. Beaucoup me confient: si je pouvais travailler moins, je m'occuperais de mon petit-fils. Mais celles qui sont retraitées parcourent le monde ou restent hyperactives.» Les grands-mères actuelles semblent donc davantage pécher par absence que par intrusion, ce qu'on reprochait à celles d'antan.

L'effet shaker

Les cousins, les oncles ou tantes? «Ils sont souvent à l'autre bout de la France, la famille est éclatée.» Et les familles recomposées? «C'est là que les crispations sont les plus tangibles, observe Anna Roy. Derrière l'idéalisation, on sent pointer les jalousies et les rancœurs… Sans parler des ex qui ne supportent pas qu'un nouvel enfant vienne perturber l'ordre plus ou moins rétabli.» C'est donc le fameux «effet shaker» du nouveau-né qui l'emporte: «Le bébé fout tout en l'air, confirme la sage-femme. Ce qui avait l'air installé vacille.»

Cause ou conséquence? Tout cela dessine le tableau d'un «isolement urbain ordinaire» qui atteint les jeunes parents et désole les professionnels de la petite enfance. «Bien sûr, et surtout dans les vieilles familles à la française, tout le monde passe rapidement à la maternité déposer un cadeau pour le bébé, raconte la sage-femme. Mais j'ai envie de dire à tous ces visiteurs furtifs: “Offrez plutôt un cadeau à ces jeunes femmes lessivées et dévalorisées qui ont besoin de se sentir soutenues après une telle révolution!” Et surtout: “Rappelez-vous que vous êtes une famille, proposez votre aide!”» D'ailleurs, lorsque cette dynamique sage-femme prescrit une semaine en amoureux aux jeunes parents, et que les grands-parents viennent s'occuper du nouveau-né, beaucoup de tensions semblent s'apaiser. «Les membres de la famille sont contents, finalement, qu'on ose leur demander du soutien.»

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(source LeFigaro  / Pascale Senk)

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