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21/06/2015

NATACHA POLONY : TARTINES D'HYPOCRISIE ET MALBOUFFE EN POT

 

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Il est assez rassurant de penser que nous pouvons, en ces temps de crise économique, sociale, civilisationnelle, nous offrir le luxe d'une polémique aussi éclatante que dérisoire. Un drame diplomatique, un scandale international: la ministre de l'Écologie, invitée d'une émission à haute teneur politique, a osé critiquer le Nutella, fleuron du patrimoine italien, par ces mots dénotant une analyse économique pointue: il faudrait, selon Ségolène Royal, cesser d'en manger «parce que c'est l'huile de palme qui a remplacé les arbres et donc c'est des dégâts considérables». Devant le tollé, elle a fini par s'excuser et saluer les «progrès» faits en la matière.

Il ne faut jamais négliger les grands émois collectifs. Ils révèlent souvent que le sujet est moins anodin qu'il n'y paraît. En l'occurrence, la polémique Nutella nous parle non seulement d'écologie, mais aussi de responsabilité politique, de patriotisme économique, de liberté individuelle et de fonctionnement médiatique. Rien que ça!

 

«Mais vous pouvez couler une boîte avec ça», répond Yann Barthès narquois à la ministre amatrice d'exemples chocs. Personne, bien sûr, n'a de crainte pour la firme Ferrerro.

Mais il est étonnant de voir une ministre affirmer puis se rétracter aussi vite. D'autant que, malgré tous les arguments sur l'amélioration de la filière, sur le fait que cette huile végétale consommerait moins de surface agricole que les autres, la question de la destruction de la forêt primaire dans les pays en développement ne saurait être évacuée si facilement.

Comparer la couverture forestière de la France (29 %) et celle de la Malaisie (60 %) pour en conclure que nous n'avons pas de leçons à donner n'a aucun sens: les forêts de feuillus d'Europe n'ont rien à voir avec le poumon végétal que constituent les jungles d'Asie ou d'Amérique centrale. Surtout si l'argument suivant consiste à défendre pour ces régions du monde un développement calqué sur le nôtre sous prétexte qu'il serait générateur de croissance.

C'est au contraire aux pays occidentaux qu'il reviendrait de revoir leur modèle de développement pour cesser de vivre au crédit des populations pauvres de la planète et des générations à venir. Un pape l'a d'ailleurs souligné récemment… L'assertion de Ségolène Royal était parfaitement caricaturale, ce n'est pas pour cela qu'elle avait tort.

Deuxième sujet soulevé par cette polémique en forme de poupée russe: l'Italie, qui s'est insurgée contre l'insulte faite au Nutella, a ceci d'intéressant qu'elle est un pays qui pratique le plus naturellement du monde un protectionnisme alimentaire salvateur.

Dans les épiceries de la péninsule, vous chercherez en vain des produits français. Les Italiens ont gardé un mode d'alimentation qui fait la part belle aux produits locaux et reste, surtout - et sans doute à cause de cela - parfaitement hermétique à la toute puissance de la grande distribution. Un lien, sans doute, avec la permanence des identités régionales dans un pays où la langue même est multiple. La France, pays sinistré sur le plan alimentaire (et sur celui du petit commerce), serait bien inspirée d'y regarder de plus près.

Retrouvez l'intégralité de notre article dans l'édition du Figaro paru samedi 20 juin 2015, ou dès maintenant sur Le Figaro Premium.

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(Source LeFigaro.fr /Natacha Polony

 

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