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03/07/2015

COMMENT LES ALERTES " PUSH " DEVORENT LES APPLICATIONS ET LE WEB

 

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Réservées à l'origine aux logiciels de messagerie, les notifications sont devenues incontournables. Au point de changer la relation que l'on entretient avec Internet, et d'accompagner l'essor des objets connectés.

 

Certaines résonnent comme un discret tintement de verre. D'autres reprennent le jingle entêtant d'une chaîne d'information en continu ou les premières notes d'un opéra. Chacune dans leur style, les notifications qui agitent nos smartphones poursuivent le même dessein: nous faire détourner une fois de plus le regard vers l'écran de nos téléphones et de nos tablettes.

En quelques années, les notifications «push» sont devenues une fonction incontournable des applications mobiles et se propagent désormais sur le Web. Elles étaient réservées à l'origine aux logiciels de messagerie. Sur les téléphones BlackBerry, une diode rouge alerte de la réception d'un courriel. On est alors à la préhistoire des notifications.

Les prémices de la révolution des alertes mobiles datent d'octobre 2008. Sur le premier Android, le T-Mobile G1, Google inaugure un espace dédié aux notifications. Il se déploie d'un glissement de doigt de haut en bas de l'écran et affiche la liste des SMS et des appels reçus en son absence. «Cela n'a l'air de rien, mais vous serez surpris de voir à quelle vitesse cela prend une part importante dans votre expérience», note le blog Engadget.

L'autre avancée déterminante vient d'Apple. En 2009, le fabricant de l'iPhone lance une plate-forme de notification «push». Elle permet aux développeurs d'envoyer des alertes pour interpeller leurs utilisateurs. Ces messages, accompagnés d'une sonnerie, s'affichent dans le même type de fenêtre que celle qui prévient de la réception d'un SMS. Android reprend ce système en 2011, tandis qu'Apple copie l'idée du centre de notifications. C'est le début de l'emballement. En 2013, plus de sept mille milliards de notifications «push» avaient transité par la plate-forme d'Apple.

S'extraire de la navigation en plein écran

Pour les développeurs, les alertes sont une aubaine. Sur les smartphones et les tablettes, les applications s'utilisent en plein écran. Le «push» est l'unique moyen de se faire remarquer lorsqu'un utilisateur est concentré sur autre chose. Grâce aux alertes, des applications concurrentes des SMS, comme WhatsApp, peuvent signaler l'arrivée d'un nouveau message. Les médias commencent à s'en servir pour alerter en cas d'actualité importante (en 2009 pour la version 2 de l'application Figaro sur iPhone). LinkedIn prévient lorsque son profil a été visité. L'application de sa banque quand le seuil découvert autorisé est franchi. Spotify lorsqu'un album d'artiste que l'on aime est ajouté.

Le taux d'ouverture d'une application dont les notifications sont activées est 80% plus important, et jusqu'à 280% pour les applis d'e-commerce.

L'effet sur l'engagement des utilisateurs est spectaculaire. Le taux d'ouverture d'une application dont les notifications sont activées est 80% plus important, a calculé la société Loyalitics, et jusqu'à 280% pour les applis d'e-commerce. D'où la tentation de bombarder un client de messages pour tous les prétextes possibles: régler son panier, fêter l'anniversaire du moindre de ses contacts ou accorder une note favorable sur l'App Store. Snapchat pousse loin la logique en alertant dès qu‘un contacts entreprend de nous écrire un message. Apple a dû durcir règles pour interdire le «push» à des fins publicitaires.

Progressivement, la signification des alertes a évolué. Un temps associées à une correspondance directe (un SMS, un courriel), elles ne signalent plus forcément un message qui nous est adressé, ni un même fait important, mais une information qui mérite vaguement de l'attention. Les médias, qui réservaient le «push» aux seuls faits marquants, peuvent en envoyer jusqu'à une dizaine par jour, sur des informations de moindre importance. Entre le 6 mai et le 11 juin, l'application BFM TV a expédié 120 alertes, selon une étude de l'Observatoire des médias communiquée lors des Assises du journalisme mi-octobre.

Les alertes nourrissent l'addiction aux smartphones

En parallèle, les utilisateurs de smartphones sont devenus plus tolérants à l'égard des notifications. Alors que l'on consulte maintenant chaque jour 150 fois en moyenne l'écran de son téléphone, parfois machinalement, ces alertes entretiennent une forme d'addiction aux mobiles en présentant régulièrement de nouvelles informations sur l'écran d'accueil. Elles rappellent que quelque chose se passe dans le monde, autour de soi. Le fait d'être alerté finit même par supplanter le contenu du message. C'est le succès improbable de l'application Yo, qui se contente via des alertes d'indiquer qu'un ami a pensé à vous.

L'icône des notifications est l'un des premiers points où l'on pose le regard lors du chargement d'une page Facebook.

Facebook est celui qui joue le mieux de cette addiction. Le réseau social a été le premier à placer les notifications au cœur de son service, et d'en user pour fidéliser ses membres. Il a ajouté dès 2008 un menu de notifications mis à jour en temps réel sur son site, puis dans son application. S'y retrouvent les jeux auxquels nous invitent nos amis, les photos taguées et les demandes d'amitié confirmées. Ces informations nous concernent et l'on ressent un besoin impérieux de cliquer sur l'icône en forme de globe terrestre dès qu'elle s'illumine de rouge. Située à l'origine en bas à droite, près de la messagerie, elle a été déplacée dans la barre de navigation, au-dessus de la publicité. Des études montrent qu'il s'agit de l'un des premiers points où l'on pose son regard lors du chargement de la page.

Dans le sillage de Facebook, les notifications ont commencé à se répandre sur le Web, et plus seulement sur le mobile. Twitter a ajouté une section de notifications, dans son application comme sur son site. Google a fait de même. Les alertes sont également arrivées sur les sites de médias, comme sur le Figaro et le Monde, pour attirer l'oeil sur les actualités importantes. Des sites high-tech sont allés plus loin, en signalant les informations qui n'ont pas été vues depuis la dernière visite. Apple, qui a transposé le centre de notifications de l'iPhone au Mac, permet maintenant aux sites Web d'envoyer des alertes dans son navigateur Safari. Microsoft intègrera lui aussi un centre de notifications dans Windows 10.

Avec les objets connectés, une vie de notifications

Toutes ces notifications, prises individuellement, paraissent insignifiantes. Mises bout à bout, elles contribuent pourtant à changer la relation que l'on entretien avec le Web et les applications mobiles. La navigation sur Internet s'apparentait à un média «pull», où l'on venait chercher de l'information sur des sites. Les alertes font basculer dans un média de «push», où l'information nous parvient sans que nous l'ayons décidé. Cette expérience est davantage passive. Elle concentre l'attention sur quelques sites et applications qui nous bombardent de signaux et nous rappellent à l'ordre lorsque nous nous éloignons d'eux.

Les notifications explosent aussi les sites et les applications mobiles en de multiples morceaux. Jusqu'alors, pour utiliser un service ou réagir à une information, il fallait aller sur un site ou ouvrir une application. Depuis Android Jelly Bean en 2012, et iOS 8 cette année, les notifications peuvent être associées à des actions. Il n'y a plus besoin de changer de logiciel pour répondre à un courriel ou programmer une alarme. Tout peut se faire depuis le message d'alerte, qui prime sur le site Web et sur l'application.

Il n'existe pas de notion de priorité entre les alertes «push» que l'on reçoit.

Des écueils techniques subsistent. Le flot de notifications déversé par les applications menace de noyer les utilisateurs. L'iPhone et Android ont certes affiné leurs réglages. Il est possible de désactiver les notifications de certaines applications, ou de les suspendre le soir après une certaine heure. Dans certaines catégories, le taux de désinscription atteint 60%. Il manque encore une notion de priorité entre les alertes. Plutôt que de s'en remettre à une sélection humaine, Google propose de confier cette tâche à des algorithmes. À l'image du flux d'actualités de Facebook, qui opère une sélection parmi les messages de nos amis, son service Google Now signale ce qu'il juge intéressant pour nous.

La révolution des notifications n'est pas achevée. Les alertes s'apprêtent à prendre encore plus d'importance avec l'essor des objets connectés. Que sont les Google Glass et les montres Android Wear, sinon d'abord le moyen d'afficher des notifications devant nos yeux ou à notre poignet? Il en va de même de l'Apple Watch, qui saura même traduire les alertes par de discrets tapotements. La montre récoltera des données personnelles en arrière-plan, les analysera et essaimera les résultats, toujours sous forme de notifications. Sur ces petits écrans, l'information se résumera aux quelques lignes d'un message d'alerte. La sollicitation sera intime et permanente.

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