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17/07/2015

COLONIES DE VACANCES , L'ENJEU , C'EST LEUR FINANCEMENT ...

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INTERVIEW- Jean Houssaye, professeur émérite en Sciences de l'éducation à l'Université de Rouen répond au Figaro au sujet du désintérêt des Français pour les colonies de vacances. Le gouvernment, lui, lance justement une campagne de communication destinée à relancer l'attrait pour ces séjours, autrefois très populaires.

 

Patrick Kanner affirme que la colonie de vacances n'etait pas «ringarde». Pourtant, entre 2007 et 2014, 200.000 jeunes en moins sont partis dans ces camps. Depuis 1995, le taux de départ des jeunes en colonie de vacances est même passé de 15 à 7,5 %. Pourquoi un tel désaveu?

Plusieurs raisons expliquent cette prise de distance. La première est financière. La colonie de vacances coûte cher. Elle est même devenue un luxe pour les classes moyennes qui ne bénéficient pour la plupart d'aucune aide financière pour envoyer les enfants en vacances. D'autre part, elle pâtit d'un véritable problème d'image. On ne sait pas ce qu'on peut y trouver qu'on ne trouve pas ailleurs. Les activités sportives ou artistiques peuvent aujourd'hui se pratiquer dans des clubs ou associations divers. Mais la colonie de vacances cristallise aussi une véritable tendance sociétale. Depuis les années 1990 s'épanouit un «familialisme ambiant». Les familles retiennent et sécurisent de plus en plus l'enfant. On le laisse la journée, à condition de le récupérer le soir. C'est pour cette raison qu'a contrario, le succès des centres de loisirs sans hébergement a explosé, causant une véritable hémorragie dans les colonies de vacances. De ce fait, elles ne sont plus rentables politiquement. Les municipalités subventionnent de moins en moins ces longs séjours au profit des centres de loisirs, à proximité et populaires. Pour l'émancipation de l'enfant pourtant, il conviendrait de s'en séparer.

Dans son projet #GénérationCampColo, Patrick Kanner entend privilégier une mixité sociale accrue. Quels enfants bénéficient le moins à ce jour d'une possibilité de partir dans ces colonies?

La colonie de vacances à un coût. Il y a aujourd'hui un vrai problème de mixité sociale au sein des colonies de vacances. D'un côté, les classes aisées envoient l'enfant soit dans un séjour à l'étranger, soit par l'intermédiaire d'un organisme haut de gamme ; de l'autre, ceux qui n'ont pas les moyens peuvent bénéficier de nombreuses aides venant de la CAF (Caisse d'allocation familiale), de certaines municipalités, des départements ou encore des comités de certaines entreprise. La colonie de vacances est donc accessible à ces enfants. Elle a une vraie fonction sociale dans ce cas. Mais au centre, la classe moyenne n'a pas de véritable choix. Seuls les parents travaillant dans de grosses entreprises telles GDF, SNCF, Air France, grâce à leurs comités d'entreprise, peuvent envoyer leurs enfants en vacances. Seul l'adolescent échappe à ce schéma. Car il les parents privilégient le plus souvent le départ en vacances du jeune, moins à même de supporter un été entier avec ses parents.

De quelle manière le modèle des colonies de vacances a-t-il évolué au fil du siècle pour qu'elles soient ainsi délaissées aujourd'hui?

 

En 1876, la première colonie de vacances est créée en Suisse. S'ensuit une longue période marquée par la popularité de ce type de séjour auprès des familles, et ce, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Les séjours sont longs, entre trois semaines et un mois. La colonie a alors une fonction sanitaire pour les enfants des villes. On recommande le «bon air» pour lutter contre la tuberculose. Mais la colonie a déjà une fonction sociale, les enfants les plus défavorisés partent. Il s'agit d'éduquer l'enfant à la nature au travers de «leçons de choses». Alors qu'une guerre de l'école fait rage entre laïcs et religieux, la colonie de vacances est le miroir d'une société partagée entre religion et valeurs républicaines. C'est l'heure de gloire de la colonie de vacances qui rencontre un grand succès. Puis, dès les années 1950-1960, les colonies se maintiennent mais c'est le début d'un manque d'intérêt de la part des familles. C'est toutefois le lieu où l'enfant est pleinement enfant. Le mouvement de «l'Éducation nouvelle» y prend toute sa place, encadrée majoritairement par des enseignants. Il s'agit alors de permettre à la personnalité de l'enfant de se développer sous toutes ses facettes grâce à des activités comme le dessin ou des veillées.

Le projet du ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patric Kanner, conçu autour de thèmes tels que citoyenneté ou développement durable vous apparaît-il efficace pour relancer l'attrait des familles pour les colonies de vacances?

La campagne de promotion engagée par le ministre est certes positive mais ne peut pas suffire à enclencher un processus inverse. Le véritable enjeu, c'est le financement de ces séjours. La colonie de vacances doit redevenir un choix possible. Dans ce cadre, le financement public est donc primordial. En sus, actuellement, l'image de la colonie de vacances est déficitaire. Il faut réussir à moderniser et cibler son modèle. Le cœur de la colonie, c'est avant tout l'apprentissage du vivre ensemble. C'est un temps devenu court certes, mais très intense, qui permet une véritable émancipation de l'enfant, essentielle pour son développement. L'expérience nous a montré que la colonie de vacances était un bon produit. Après leurs séjours, les enfants sont contents, et leurs parents aussi. C'est une expérience forte, à côté de laquelle il est dommage de passer.

Jean Houssaye est l'auteur de l'ouvrage C'est beau comme une colo: la socialisation en centre de vacances, éditions Matrice, 2005.

 

 

(Source LeFigaro.fr /Céline Revel-Dumas)

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