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24/07/2015

LIBERALISER L'AGRICULTURE , LE SEUL MOYEN DE LA SAUVER

 

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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Au lendemain d'importantes manifestations à travers toute la France d'éleveurs protestant contre la baisse des prix de leurs produits, Jean-Robert Pitte analyse l'état actuel de l'agriculture française et ses perspectives d'amélioration.

Jean-Robert Pitte est membre de l'Institut et Président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires

 Des éleveurs ont manifesté à travers toute la France (Manche, Bretagne, Pyrénées-Atlantiques) pour exprimer leur colère quant à la baisse du prix du lait et de la viande. Contrairement aux céréaliers, les éleveurs sont particulièrement touchés par la crise. Comment l'expliquez-vous ?

Nos agriculteurs paient lourdement une politique néfaste qui remonte aux Trente Glorieuses et à une conception dirigiste de la Politique Agricole Commune de l'Europe. Ils ont été incités à produire plus, à s'endetter lourdement et les prix étaient garantis. En cas de surproduction, l'Etat et Bruxelles payaient. Cela n'est plus possible aujourd'hui. Nous devons sortir du dirigisme et les subventions ne devraient aller qu'à des projets de reconversion. Les viticulteurs de la plaine du Languedoc ont vécu la même évolution. Aujourd'hui, les prix du vin ne sont plus garantis et il n'y a plus guère de manifestations. Il faut libéraliser l'agriculture, comme le reste de l'économie en France. Nous restons un peu trop marqués par la planification et le modèle soviétique…

Les agriculteurs, y compris les éleveurs laitiers, qui se sont tournés vers la qualité et vers une commercialisation moins tournée vers la grande distribution s'en sortent beaucoup mieux.

Qu'entendez-vous par «conception dirigiste de la PAC» ?

 

 

 

L'ajustement doit se faire selon la demande, et non par le biais d'une ingérence de l'Etat.

Nous vivons dans un système para-soviétique où l'Etat doit garantir les prix, et où la production est contrôlée par l'Etat. Ce n'est pas une conception économique qui convient à un modèle libéral. L'ajustement doit se faire selon la demande, et non par le biais d'une ingérence de l'Etat. Le modèle actuel remonte à la Deuxième guerre mondiale, lorsque la France avait faim et qu'elle devait produire beaucoup. Aujourd'hui, les rendements en matière agricole ne sont pas optimaux. La surproduction engendre énormément de gaspillage. Chaque année, d'énormes quantités de fruits et de lait sont détruites.

Les syndicats attendent tout de l'Etat, notamment qu'il rachète le surplus. Ils s'en vont négocier quelques centimes auprès des autorités de Bruxelles. C'est encore très vrai pour le lait et la viande, beaucoup moins pour le vin.

Comment serait-il possible, concrètement, de libéraliser l'agriculture française ?

Il faut cesser de trop subventionner les exploitations agricoles. L'argent public ne devrait être distribué qu'à des projets de reconversion viables. Il serait possible d'octroyer des prêts sous des conditions strictes, pour acheter du matériel agricole servant à améliorer la productivité par exemple. La grande distribution paie très bas les produits bas de gamme, ce qui fait que les coopératives sont obligées de négocier durement, et d'accepter ses exigences. Les agriculteurs dont les produits sont médiocres ne s'en sortent pas, et c'est normal. Mais les producteurs qui s'attachent à la qualité de leurs produits ne rencontrent pas ce type de problèmes.

Les labels de qualité du type AOC et AOP sont-ils une solution ?

Il est nécessaire de raccourcir la chaîne des intermédiaires. Les circuits courts sont à privilégier pour des raisons d'économie et de qualité.

Pas la seule, mais ce sont des gages de qualité. Les producteurs de comté ou de beaufort par exemple s'en sortent bien. Mais au-delà des labels, il est nécessaire de raccourcir la chaîne des intermédiaires. Les producteurs gagnent mal leur vie lorsqu'il y a trente intermédiaires avant d'arriver au consommateur! Les circuits courts sont à privilégier pour des raisons d'économie et de qualité. Les produits doivent ressembler à l'endroit d'où ils viennent. Prenons l'exemple des producteurs laitiers, les fromages artisanaux génèrent de meilleurs revenus que les fromages industriels. Il faut par ailleurs procéder à une éducation gastronomique du consommateur.

Que pensez-vous de l'éventuelle mise en place du Traité de libre-échange transatlantique entre l'Union européenne et les Etats-Unis ? Quel effet aura-t-il sur les agriculteurs français et la qualité de leur production ?

Les Etats-Unis, bien qu'étant un pays libéral en règle générale, ne le sont pas sur le plan agricole, comme le Japon d'ailleurs. Ils ne sont donc pas un modèle à suivre.

Mais comment les agriculteurs français pourront-ils soutenir la concurrence avec les agriculteurs américains dont les exploitations sont souvent gigantesques et les normes sanitaires inférieures ?

S'ils font de la qualité, des produits originaux, le problème ne se posera pas. Evidemment, s'ils se contentent de vendre des produits médiocres, ce ne sera pas possible. La question ne se posera sans doute pas pour le lait, mais plutôt pour la viande, car la viande américaine est d'excellente qualité, et bien moins chère que la viande française.

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 (source LeFigaro.fr /Eléonore de Vulpillières

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