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19/07/2015

UN ETE AVEC PAGNOL : JEAN DE FLORETTE, LE BOSSU

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(photo affiche du film ) 

WEB-SERIE - 8/25 Héros de l'Eau des collines, roman de Pagnol inspiré de ses films Manon des sources et Ugolin, le bossu est l'une des figures les plus tragiques du monde de l'écrivain. Venu de la ville, il croit en la bonté de la nature, et en celle de l'homme. Il le paiera de sa vie.

 

Le personnage est surprenant. Comme dirait le Papet, «c'est souvent qu'un paysan devient bossu, c'est rare qu'un bossu devienne paysan». D'autant plus, pourrait-on rajouter, quand ce bossu a passé sa vie confortablement installé au milieu des livres, dans son bureau de percepteur. Mais voilà, Jean Cadoret est un incurable optimiste.

Le bossu va se rendre compte qu'il faut plus que des statistiques pour faire tomber la pluie en Provence.

Un doux rêveur, persuadé que la seule frontière entre une idée et sa réalisation est la volonté humaine -et la sienne est infatigable… Rien ne lui paraît impossible. «Après avoir longuement médité et philosophé, je suis arrivé à la conclusion irréfutable que le seul bonheur possible c'est d'être un homme de la Nature»: voilà la genèse toute philosophique de son projet fou d'abandonner la ville pour vivre aux Bastides et cultiver la terre.

À grand renfort de livres, il s'installe donc, et commence ses travaux agricoles avec une confiance inébranlable et légèrement grandiloquente: ce paysage aride de Provence l'exalte, il n'est qu'amour pour Mère Nature et tirades virgiliennes. Dans leur coin, les paysans rigolent: des amateurs en gants de travail venus réformer la routine paysanne sous la bannière du Progrès et de la Théorie, ils en ont vu passer. Mais d'abord leur espoir malveillant est déçu, car la première année du bossu est un triomphe: ses pommes d'amour sont charnues et tendres et, sous la treille, les pois chiches s'envolent… Reste à passer l'épreuve la plus terrible, celle du mois d'août. Rapidement, le bossu va se rendre compte qu'il faut plus que des statistiques pour faire tomber la pluie en Provence, et inexorablement, le drame de l'eau s'installe. Le spectre de la sécheresse hante toute la famille.

Voilà la leçon de Jean Cadoret: on ne s'improvise pas puisatier, ni paysan, même avec des livres.

Alors commencent les allers-retours à la source, dans une cadence infernale; l'effort à fournir est tel que cette âme fière se laisse gagner par le désespoir. «Je suis bossu! Vous ne le savez pas, que je suis bossu? Vous croyez que c'est facile? Il n'y a personne là-haut!» -son cri est glaçant. Sa dernière tentative pour retenir l'eau en creusant un puits avec de la dynamite lui coûte la vie -un éclat de pierre s'est logé dans sa nuque. Voilà la leçon de Jean Cadoret: on ne s'improvise pas puisatier, ni paysan, même avec des livres, et le savoir ne saurait se substituer à l'expérience. Mais ne soyons pas trop durs avec lui: cette mort, c'est avant tout les Soubeyran qui la lui ont préparée, le jour où ils ont bouché sa source -plus sûrement peut-être que s'ils lui avaient donné un coup de couteau. Quoique à juste titre on accuserait aussi le silence obstiné et coupable des paysans des Bastides qui, par bêtise ou par lâcheté, ont refusé de dire où était la source à celui qui, croyaient-ils, «venait de Crespin». Ce n'est pas l'aridité de la terre qui a raison de Jean de Florette, le bossu paysan. C'est la dureté des hommes.

 

Pour commémorer les 120 ans de la naissance de l'écrivain, le Figaro Hors-Série publie un numéro exceptionnel, entre album souvenir, portrait ensoleillé, profil d'une œuvre généreuse, au charme éternel.

Pagnol, Le Figaro Hors-Série : 8,90€, en kiosque et sur www.figarostore.fr

 

( Source LeFigaro.fr / Mathilde Brezet)

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