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18/08/2015

COMMENT LE MOUSTIQUE NOUS TRAQUE ...

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L'insecte mobilise plusieurs sens pour sélectionner ses proies, dont certaines sont plus attirantes que d'autres.

 

Ah, qu'il est doux, l'été, de prolonger les soirées en terrasse pour profiter de la tiédeur nocturne… si aucun moustique ne vient gâcher la fête. Un souci inégalement ressenti par les uns et les autres, l'expérience montrant que nous ne sommes pas tous égaux devant le risque d'être piqué. Comprendre pourquoi certaines personnes sont plus que d'autres la cible de ces insectes hématophages, dont les femelles (et elles seules) se gorgent de sang avant de pondre leurs œufs, est l'un des grands mystères de la science et des conversations de fin de repas. Même s'il en reste encore beaucoup à découvrir, des publications récentes avancent de nouvelles pistes pour esquisser les caractéristiques de la «peau à moustiques».

Dans l'une, publiée dans l'édition d'août de Current Biology, des chercheurs de l'Institut de technologie de Californie ont établi en laboratoire que le moustique a besoin de plusieurs stimuli sensoriels pour identifier une proie gorgée de sang. Le repérage se fait en trois étapes. L'intérêt du moustique est d'abord éveillé par une odeur de dioxyde de carbone exhalé par un humain (ou un autre mammifère) et porté par le vent, dans un rayon pouvant dépasser 10 mètres. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce fumet, qui peut être bref ou intermittent, ne le guide pas jusqu'à sa proie mais lui sert plutôt d'alarme l'incitant à «ouvrir» les yeux. L'insecte se met alors visuellement en quête de sa cible et se dirige vers les masses qu'il perçoit alentours. Mais à ce stade, il peut encore se tromper et aller, par exemple, vers un arbre. Pour vérifier que la masse sur laquelle il s'apprête à se poser lui prodiguera bien le sang dont il a besoin, il se base donc, pour son approche finale, sur la perception de la chaleur corporelle ainsi que sur l'humidité émanant de la transpiration - ce qui lui permet de distinguer un rocher chauffé par le soleil d'un animal.

Impossible de leur échapper

La conclusion des auteurs est sans appel: la nature a doté les culicidés - nom savant des moustiques - d'une méthode de chasse «désagréablement efficace». «À supposer qu'il vous soit possible de retenir votre respiration indéfiniment, toute autre personne se trouvant à proximité, voire à plusieurs mètres dans le sens du vent, attirerait le moustique dans un rayon suffisamment restreint pour qu'il puisse vous voir. La meilleure défense consisterait alors à devenir invisible, ou du moins à vous camoufler. Mais même dans ce cas, les moustiques qui s'approcheraient assez près pourraient vous repérer grâce à la chaleur dégagée par votre corps», résument Michael Dickinson et son équipe.

«Cette démonstration ouvre potentiellement des perspectives pour la mise au point de moustiques génétiquement modifiés inaptes à détecter l'homme comme source de sang, même si c'est un sujet très controversé, commente Anna-Bella Failloux, entomologiste à l'Institut Pasteur à Paris. Mais il faudra confirmer avant cela que toutes les espèces de moustique ont le même comportement, y compris à l'état sauvage.»

Cette étude ne répond toutefois pas vraiment à la question à la source d'intarissables débats estivaux: y a-t-il vraiment des «peaux à moustiques» et, si oui, quelles sont-elles? Une préoccupation pas si anecdotique quand on songe aux millions de morts induites par les maladies transmises par ces insectes (paludisme, dengue, chikungunya). Mieux identifier les personnes les plus susceptibles de se faire piquer pourrait permettre de développer de nouveaux produits répulsifs, objectif d'autant plus important que les moustiques ont développé des résistances aux insecticides les plus courants.

La question est explorée depuis longtemps. Pour preuve, le chercheur américain John Acree publiait dès 1968 dans la revue Sciencela démonstration que l'acide lactique, un composant de la sueur, attire les moustiques femelles. Cela expliquerait pourquoi on se fait plus piquer pendant ou après une séance de sport, d'autant que l'effort physique nous fait aussi expirer plus de CO2. Dans un autre registre, les femmes enceintes seraient aussi plus «visibles» pour les moustiques parce qu'elles dégagent plus de dioxyde de carbone que la moyenne.

Peau à moustiques ou peau antimoustiques?

Le Dr James Logan, de l'École d'hygiène et de médecine tropicale de Londres, a quant à lui choisi d'aborder le problème à l'envers: et s'il ne s'agissait pas tant d'avoir une «peau à moustiques» qu'une «peau antimoustiques»? Dans une étude parue en 2009 dans le Journal of Medical Entomology, le chercheur britannique a ainsi identifié deux composants chimiques (le 6-Methyl-5-hepten-2-one et le geranylacetone) naturellement présents sur l'épiderme de certains individus particulièrement peu piqués. La combinaison de ces deux molécules testée par la suite en laboratoire était plus répulsive que le produit antimoustique le plus efficace, le DEET (Malaria Journal, 2010). Le chercheur, qui a breveté sa découverte, projetait d'ailleurs d'en faire un produit commercialisable.

Une expérience de la même équipe présentée en avril dans Plos One confirme par ailleurs que notre vulnérabilité aux moustiques est inscrite dans notre patrimoine génétique. Les insectes se jetaient de façon assez similaire sur des jumeaux homozygotes (ayant le même génome), mais traitaient de façon plus différenciée des jumeaux hétérozygotes (qui ne sont pas plus semblables génétiquement que des frères et sœurs).

En attendant de connaître toutes les clés de la gourmandise des moustiques, les traditionnels conseils pour les éviter restent de rigueur: se protéger avec un répulsif, porter des vêtements couvrants, installer des moustiquaires aux ouvertures et éviter de laisser des étendues d'eau type flaques, coupelles de plantes, bassines, dans son jardin ou son domicile, surtout en période de forte chaleur.

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