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12/09/2015

L'ÈRE DES PARENTS EXPERTS

 

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PSYCHOLOGIE - Études en neurosciences et psychologie expérimentale inspirent désormais ceux qui veulent faire au mieux avec leurs enfants.

 

Quel père, quelle mère n'a pas rêvé de tout comprendre et maîtriser de l'être étrange à qui il a donné la vie? Ceci dans un but évidemment bienveillant, celui de l'aider à se construire dans un monde difficile. Désormais, ce fantasme parental semble à portée de main, car toute une «science de l'éducation» se diffuse dans le grand public: collections de livres spécialisées dans le «parenting», ateliers de formation à la discipline positive ou au «maternage maximal».

Bien sûr, les «conseils de psys aux parents» existent depuis près de cinquante ans - Tout se joue avant 6 ans, le best-seller mondial du Dr Fitzhugh Dodson, a été publié en 1970 - mais désormais, ceux-ci s'appuient sur des découvertes scientifiques (notamment en neurosciences). Ainsi, dans des ateliers comme ceux de la psychologue Isabelle Filliozat, on apprend le rôle prédominant du cerveau préfrontal. «Pas besoin, pour inciter son enfant à obéir, de se lancer dans de longues phrases qui stimuleront les zones cérébrales d'interprétation du langage,affirme la psychologue. Un seul mot suffit pour atteindre le siège de la décision, son cerveau préfrontal. Dites juste “douche” et l'ado ira se laver, ou “chaussures” et il saura qu'il lui faut les ranger dans sa penderie.»

Armés de ses connaissances légitimées par la science, les parents jusque-là désorientés peuvent acquérir une certaine expertise et ainsi répondre plus facilement aux questions qui les taraudent: faut-il acheter une tablette numérique à un enfant de moins de 5 ans? Quelle heure de coucher est vraiment profitable à l'ado?, etc.

Productivistes

Pour Guillemette Faure, journaliste qui vient de publier une enquête sur les éventuelles solutions éducatives (Le Meilleur pour mon enfant. La méthode des parents qui ne lisent pas les livres d'éducation, éd. Les Arènes), cet engouement pour les études scientifiques entre en résonance avec les échanges d'informations entre parents via les forums sur Internet.

«Les choix éducatifs que les parents ont à faire aujourd'hui, explique-t-elle, sont beaucoup plus engageants qu'avant: interdire la télévision, dans les années 1960, cela représentait seulement une ou deux heures dans la semaine de son enfant ; aujourd'hui, Internet occupe une bonne partie de sa journée.»

De plus, l'heure n'est plus à la recherche du seul épanouissement de l'enfant, qui dominait depuis les années 1970. «Les parents sont plus productivistes quant à l'utilisation du temps en matière d'éducation, qui doit s'avérer rentable, observe la journaliste. Ils deviennent donc comme des chefs d'orchestre réfléchissant aux meilleures options pour les cours particuliers, les “activités” de loisirs, s'informent, se surinvestissent… Jusqu'à, comme je l'ai vu chez certains, poster triomphalement sur Facebook les résultats au bac de leur enfant.»

De bonnes décisions pour un bon «rendement» éducatif? Des connaissances scientifiques pour peaufiner son autorité? Voilà de quoi laisser perplexes les psychanalystes qui, de leur côté, partent du principe - freudien - que le «métier de parents» est nécessairement imparfait, notamment parce que les interactions d'un adulte avec sa progéniture sont le plus souvent mêlées de motivations inconscientes. Ce ne sont pas quelques données rationnelles ou neurophysiologiques qui pourraient changer cela.

Anxiété

«Les recettes et conseils ne servent qu'à enrayer l'anxiété parentale», estime Gisèle Harrus-Révidi, auteur de Ne bouge pas, tu vas tomber! Réussir malgré ses parents (éd. Payot). «Quelle que soit l'époque, et sous diverses formes, pères et mères se sentent responsables de l'échec ou de la réussite de leurs enfants. La culpabilité qui en découle et leurs diverses peurs entraînent donc les adultes à faire deux fois plus attention… Or, trop accompagner l'enfant, c'est d'une certaine manière lui signifier insidieusement que la chute est possible. C'est alors une manière de le rendre parfois très anxieux.»

Autre donnée inconsciente difficilement maîtrisable: le fait que les parents, ayant inconsciemment peur d'être «dépassés» par leur propre enfant, ont tendance à maintenir celui-ci dans du familier et du connu. «On veut qu'il réussisse bien sûr, mais sans trop qu'il s'éloigne de ses origines, de ce que sa famille connaît, a vécu, affirme la psychanalyste. Ainsi, d'une manière ou d'une autre, les parents ne peuvent - et également ne veulent - que montrer le monde à travers leur prisme à eux…»

Guillemette Faure confirme elle aussi combien la manière dont ils ont eux-mêmes été éduqués conditionne les parents, même s'ils s'efforcent de s'en libérer via de nouvelles connaissances. Certains de ses témoins qui ont été privés de télé dans leur enfance avouent qu'ayant ainsi éprouvé les bénéfices de l'ennui, ils ne craignent pas de l'imposer à leurs enfants. Et si, en fin de compte, c'était cela la véritable expertise, tenter de transmettre ce qui nous a le plus réussi personnellement?

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  • (source LeFigaro.fr /Par Pascale Senk)

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