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13/09/2015

LE DEFI DE LA LAICITE AU MENU DES CANTINES SCOLAIRES

 

 

 

 

 

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«Avec ou sans porc ?» Pour s'exonérer de ce choix jugé trop confessionnel, les maires cherchent des alternatives.

 

Les menus végétariens doivent-ils s'imposer comme une alternative dans les cantines scolaires? C'est la position du député (UDI) Yves Jégo, qui a créé le buzz au mois d'août en annonçant qu'il allait déposer une proposition de loi en ce sens. Ce sera chose faite d'ici à la fin du mois. Dans le même temps, le député a lancé sur Internet une pétition en faveur de cette «alternative obligatoire»…

Un étonnant concept, révélateur des contorsions que nécessite la laïcité française. Pour Yves Jégo, les 127.000 signatures recueillies à ce jour - «un petit succès pour une pétition portée par un politique», observe-t-il - témoignent d'«une volonté d'apaisement par une solution républicaine et laïque». «Le repas végétarien permet d'éviter le terme “menu confessionnel” que l'école républicaine ne peut tolérer, tout en laissant aux élèves le choix de ne pas manger de viande animale, quelle qu'en soit la raison.»

Mais, dans le camp des Républicains, comme à gauche, tous les maires ne voient pas les choses ainsi. «Légiférer sur ce sujet serait une erreur. Il faut laisser les élus décider, en fonction des réalités locales», estime ainsi Jean-Marc Pujol, maire (LR) de Perpignan. L'édile, pourtant, a fait le choix, depuis la rentrée, de l'alternative végétarienne.

«De nombreux parents musulmans déconseillaient aux enfants de manger toute viande n'étant pas halal.Outre le gaspillage de 300 kg de viande chaque semaine, nous étions là en pleine dérive communautaire»

Jean-Marc Pujol, maire (LR) de Perpignan, qui a fait le choix de l'alternative végétarienne

Une décision prise il y a six mois. «En dehors des repas de substitution au porc que nous proposions, nous nous sommes aperçus que de nombreux parents musulmans déconseillaient aux enfants de manger toute viande n'étant pas halal, explique-t-il. Outre le gaspillage de 300 kg de viande chaque semaine, nous étions là en pleine dérive communautaire.»

En cette rentrée, alors que des villes comme Paris restent sur le traditionnel «avec ou sans porc» à consonance confessionnelle, d'autres, pour s'affranchir des considérations religieuses, ont fait le choix du végétarien. C'est le cas de Toulouse et de Pau, ville de François Bayrou.

D'autres, enfin, ont décrété l'instauration du «menu unique». En mars, Gilles Platret, maire (LR) de Chalon-sur-Saône a ainsi créé l'émoi en annonçant la fin du «menu de substitution», une pratique vieille de trente ans dans sa ville. Réaction outrée de la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, dénonçant alors «une façon d'interdire l'accès de la cantine à certains enfants».

«Les familles doivent s'adapter aux règles de la République, pas l'inverse»

Gilles Platret, maire (LR) de Chalon-sur-Saône, qui a mis en place le «menu unique»

Mais Gilles Platret, par ailleurs coprésident du groupe de travail laïcité au sein de l'Association des maires de France (AMF) aux côtés du Radical de gauche Patrick Molinoz, assume ce choix. «Les familles doivent s'adapter aux règles de la République, pas l'inverse. Proposer un deuxième menu, végétarien ou autre, n'est rien d'autre qu'une démarche de substitution. Nous savons bien qu'Yves Jégo répond là à une demande de la communauté musulmane», ajoute-t-il.

Au-delà des débats, les mots seraient-ils capables de sauver la laïcité? C'est l'avis de l'AMF, qui, en juin dernier, dévoilait une série de propositions autour de la laïcité, afin de répondre aux préoccupations concrètes des maires. Au cours de cette présentation, les élus ont rappelé qu'il n'était pas «acceptable» de commander des menus confessionnels. Et sont restés fidèles à une ligne de conduite consistant à s'interdire de prononcer, malgré les questions pressantes des journalistes, les termes «avec ou sans porc».

«Je ne me laisserais pas piéger par les mots», a martelé le président de l'AMF, François Baroin, parlant de «menu protéiné». «La reconquête par les mots est déjà une restauration du principe de laïcité.»

 

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(source LeFigaro.fr /Caroline Beyer)

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