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13/10/2015

PRESIDENTIELLES 2017 : POURQUOI LES CLASSES MOYENNES SERONT AU COEUR DU DEBAT

 

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FIGAROVOX/CHRONIQUE- Pour Jérôme Sainte-Marie, l'élection présidentielle de 2017 se jouera sur la capacité des candidats à incarner les espérances des classes moyennes.

 

Diplômé de Sciences Po Paris et d'une licence d'histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d'Information du Gouvernement et à l'institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé ensuite BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l'institut iSAMA en 2008.

Il dirige actuellement Pollingvox, une société d'études et de conseil spécialisée dans les enjeux d'opinion, fondée en 2013. Il publie ces jours- ci, Le nouvel ordre démocratique (Editions du Moment).

 

La défense des classes moyennes sera très probablement un thème majeur de la campagne présidentielle de 2017. Il y pour cela des raisons habituelles, et d'autres motifs nouveaux.

Parmi les premières, on doit compter avec l'objectif existentiel de la démocratie représentative d'échapper à une représentation binaire de la société qui la condamnerait. Ce souci est vieux comme la République. Ainsi, en 1874, Gambetta se voulait le hérault des «nouvelles couches sociales», celles constituées de travailleurs propriétaires, nées de la Révolution industrielle. Après l'épisode traumatisant de la Commune, il y voyait le socle d'un régime apaisé, susceptible d'éviter que le suffrage universel ne dérive en un affrontement brutal entre la plèbe et les possédants. Dans son discours d'Auxerre, ce n'est pas moins de huit électeurs sur dix qu'il classait dans ces «nouvelles couches sociales». Un siècle plus tard, face au «front de classes» prôné par la gauche, Valéry Giscard d'Estaing se voulut à son tour le représentant des classes moyennes, là aussi dans une conception très large, parlant de «Deux Français sur trois». Et de fait, c'est à peu près la proportion que l'on retrouve dans les études, lorsque l'on interroge l'opinion sur sa perception de son positionnement social.

Ainsi, une étude réalisé par l'IFOP il y a deux ans faisait apparaître 59% de Français considérant appartenir aux «classes moyennes», avec comme précision que 11% se voyaient dans les «classes moyennes supérieures», 20% dans les «véritables», et 28% dans les «inférieures»… Toutes les enquêtes sur la classe sociale subjective montrent que les citoyens répugnent tout autant à s'identifier aux dominants qu'aux dominés, et trouvent dans ce terme de classes moyennes une formule apaisante. Le caractère massif de ces chiffres montre cependant que l'on est moins dans une identité sociale concrète que dans une représentation finalement assez proche de l'ensemble du corps électoral.

L'originalité de la situation présente est que l'identification aux classes moyennes s'articule parfois sur une opposition à l'immigration, et au poids fiscal qu'elle est supposée représenter. Il y a dans le sentiment si souvent exprimé de « payer pour les autres », l'idée que le modèle social ne fonctionne plus comme un système de garanties mutuelles, mais profite à des outsiders, et qui sont moins des exclus que des nouveaux arrivants.

Il en découle que la défense des classes moyennes est un impératif politique pour toute force politique visant le pouvoir. L'étiquette de «Président des riches» accolée par la gauche à Nicolas Sarkozy l'avait éloigné de cette représentation. A l'inverse, le misérabilisme de l'extrême-gauche la coupe de nombreux électeurs à la condition sociale objectivement modeste, mais qui n'aiment guère se considérer comme pauvres. Un autre élément contribue à l'hégémonie du terme de classes moyennes dans le discours politique: la catégorie sociale en expansion, celle des retraités, soit désormais quinze millions de personnes, se trouve de fait hors des hiérarchies inhérentes à la plupart des situations de travail. Plus encore que les autres, elle se considère comme partie de ce vaste ensemble central de la société française.

L'originalité de la situation présente est que l'identification aux classes moyennes s'articule parfois sur une opposition à l'immigration, et au poids fiscal qu'elle est supposée représenter. Il y a dans le sentiment si souvent exprimé de «payer pour les autres», l'idée que le modèle social ne fonctionne plus comme un système de garanties mutuelles, mais profite à des outsiders, et qui sont moins des exclus que des nouveaux arrivants. Que cette représentation soit ou non fondée n'est pas le propos ; l'important est qu'elle existe, et qu'elle produise des effets politiques. Le premier d'entre eux est de favoriser l'expansion du discours du Front national au cœur du corps social. C'est ainsi que Marine Le Pen se voit davantage créditer de «comprendre les problèmes des gens» que ne le sont François Hollande on Nicolas Sarkozy, pour des raisons symétriques.

A rebours d'une idée commune, qui focalise l'attention sur l'influence frontiste en milieu ouvrier, au demeurant bien réelle, le vote lepéniste s'homogénéise parmi la population active. Seule la catégorie des cadres fait exception, et encore bien davantage chez ceux du public que du privé. Autre indice du basculement en cours des classes moyennes, l'analyse du vote dans ses zones de force du Sud de la France montre son succès dans les quartiers où les gens ont des revenus moyens. Là, les électeurs ne se considèrent pas comme des «défavorisés», du fait de leur situation sociale, mais comme des «désavantagés», en raison de la politique fiscale des gouvernements successifs. C'est la complainte traditionnelle des classes moyennes qu'ils entonnent alors, avec ceci d'original qu'elle trouve son écho dans un vote autrefois qualifié d'extrême.

La bataille pour les classes moyennes aura bien lieu. Elle n'opposera moins cette fois-ci la gauche et la droite, que ceux qui veulent les ouvrir à la mondialisation, et ceux qui veulent les en protéger. Ainsi, au moment même où l'aggravation de la crise grignote la réalité sociale des classes moyennes, du fait de la paupérisation, elles les renforce comme enjeu politique majeur.

 

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(sorce LeFigaro.fr / Jérôme Sainte-Marie)

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