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31/10/2015

OU EN EST LA RECHERCHE POUR GUERIR LA BAISSE D'AUDITION ?

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AVIS D'EXPERT - Le docteur Yann Nguyen, chef de clinique assistant à l'hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris), fait le point sur les avancées thérapeutiques contre la surdité.

 

La surdité est un problème sociétal. Actuellement, 6 millions de Français sont touchés par ce handicap. Il devrait s'amplifier avec le vieillissement de la population. Chez les sujets âgés, la surdité est un facteur supplémentaire d'isolement. La surdité de l'enfant entraîne des troubles de développement et des difficultés d'intégration au système scolaire si elle n'est pas prise en charge précocement. Au plan économique, les surdités acquises chez l'adulte entraînent des handicaps socioprofessionnels qui peuvent nécessiter des reclassements ou l'arrêt de l'activité.

L'origine des surdités se divise en deux catégories. La première est la surdité dite de «transmission», conséquence d'une diminution de la propagation de l'onde sonore dans la composante «mécanique» de l'oreille (pavillon, conduit auditif externe, membrane tympanique et la chaîne des osselets). Elle est en règle générale accessible à un traitement microchirurgical ou une correction par audioprothèses. La seconde est la surdité dite de «perception», conséquence d'une atteinte de la structure «neurosensorielle» de l'oreille (l'organe de Corti au sein de la cochlée) et/ou des structures d'aval (nerf cochléaire, voies auditives centrales) permettant la transmission de l'information sonore sous forme de signaux électriques jusqu'au cerveau dans la région du cortex auditif. Les mécanismes biologiques à l'origine de la surdité de la perception sont souvent multifactoriels et ne sont pas totalement élucidés. Il n'est ainsi pas toujours possible d'établir un diagnostic étiologique de la perte d'audition.

Réhabilitation du handicap

Parmi les causes, les plus fréquentes, on peut citer la presbyacousie (liée à l'âge), les traumatismes sonores brefs (lors d'une explosion par exemple) ou chroniques (expositions répétées de certains professionnels de l'industrie ou du bâtiment), les surdités génétiques de l'enfant mais aussi de l'adulte, les infections materno-fœtales (rubéole, cytomégalovirus, toxoplasmose) et les traitements toxiques pour la cochlée (comme certaines chimiothérapies). Une fois que les cellules de l'organe de Corti sont perdues, elles n'ont pas la capacité de se réparer ou de se renouveler.

La prise en charge de la surdité neurosensorielle repose aujourd'hui davantage sur une réhabilitation du handicap que sur la prise en charge de l'origine du trouble auditif. En cas de surdité légère ou modérée, l'appareillage auditif par audioprothèse est la solution la plus efficace. Lorsque la surdité est plus sévère ou profonde, et que l'amplification par audioprothèse devient insuffisante pour permettre une communication normale, l'implantation d'une prothèse électronique appelée «implant cochléaire» peut être effectuée chirurgicalement dans la cochlée. Ce type de dispositif médical permet une bonne communication dans le silence. Ainsi, des enfants nés sourds profonds et implantés vers l'âge de un an peuvent acquérir le langage et suivre une scolarité normale en l'absence de handicap majeur associé. Cependant, l'implant cochléaire atteint ses limites en cas de conversation dans le bruit (à plusieurs, au restaurant…) ou dans l'écoute de sons plus complexes (la musique, les conversations par téléphone mobile). Pour cette raison, il serait préférable de traiter les processus pathologiques à l'origine de la surdité plutôt que «simplement» compenser la perte auditive.

Régénérer l'organe de Corti

En cas surdité de perception constituée, le renouvellement de l'organe de Corti serait la solution la plus adaptée pour retrouver une audition naturelle et performante. Cet organe est composé d'une association de cellules ayant des fonctions complémentaires. Son renouvellement ne repose donc pas sur un seul type de cellules. Certains animaux comme les oiseaux conservent une prédisposition à régénérer certaines cellules de l'organe de Corti. Cette capacité est perdue chez les mammifères.

La recherche envisage deux approches afin d'atteindre ce but. La première est la substitution des cellules de l'organe de Corti par des cellules souches ayant la capacité de se diviser afin de reconstituer les différents types cellulaires composant cet organe neurosensoriel. Les limites de cette approche sont le recueil difficile des cellules souches à partir d'autres tissus du patient et le contrôle de leurs divisions en cellule spécialisée, mal maîtrisé. La seconde approche est de «réveiller» des cellules, au sein de l'organe de Corti, ayant perdu leur potentiel de division. Cela nécessite l'emploi de facteurs de croissance hormonaux et de modifier l'expression du matériel génétique en bloquant l'expression de certains gènes (par exemple, le gène Notch) et stimulant l'expression d'autres gènes (par exemple, le gène Atoh1). Il a été ainsi possible de régénérer des organes de Corti dans des modèles expérimentaux de jeunes animaux mais pas à l'âge adulte.

Développement d'outils robotisés

La difficulté réside autant dans le choix des combinaisons de molécules que dans la manière de les délivrer à un endroit précis de l'organe de l'audition, sans l'endommager davantage, à des doses et durées maîtrisées. Ce dernier obstacle sera franchi par le développement d'outils robotisés permettant d'obtenir une précision chirurgicale supérieure à celle déjà obtenue dans le bloc opératoire au quotidien. En attendant l'avènement de toutes ces technologies, la meilleure protection reste encore l'utilisation avec modération des lecteurs MP3 et d'éviter les traumatismes sonores dans le cadre du travail et des loisirs pour éviter un vieillissement prématuré de l'audition.

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  • (source LeFigaro.fr /Par Yann Nguyen)

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