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02/01/2016

INCERTITUDES SUR LA " LOTERIE " DU CANCER

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«Hasard malheureux» ou facteurs extérieurs comme explication à la maladie ? Un peu des deux...

 

Combien de cancers sont le fruit d'un hasard malheureux? Et combien sont causés par des facteurs identifiés (habitudes de vie, environnement), potentiellement évitables? Derrière ces questions, qui agitent le monde de la recherche médicale depuis de longues années, se dessine en creux celle de la responsabilité individuelle et de la place à accorder à la prévention. Un débat très actuel - le cancer est la première cause de mortalité en France - qui vient d'être relancé par la publication, la même année, de deux études aux conclusions diamétralement opposées.

La première, publiée dans la revue Science en janvier par Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein, de la Johns Hopkins University (Baltimore), avait fait grand bruit en concluant que les deux tiers des cancers relèvent d'erreurs génétiques spontanées et imprévisibles après des divisions cellulaires répétées et sont, de ce fait, imputables à la seule «malchance». Un point de vue à contre-courant de l'opinion dominante du moment selon laquelle les cancers liés à l'environnement ou à l'hérédité sont majoritaires, et qui avait suscité une vague de commentaires passionnés et critiques.

Coup de théâtre scientifique

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs avaient construit un modèle mathématique mettant en relation, pour 31 différents types de tissus humains (foie, cœur, poumon, cerveau…), la vitesse de division des cellules souches, qui œuvrent au renouvellement de ces tissus, avec la fréquence des tumeurs observée dans ces organes. L'hypothèse étant que plus ces divisions se succèdent de façon rapprochée, plus grand est le risque qu'une de ces étapes de la vie cellulaire «déraille» et donne naissance à une cellule tumorale à la réplication incontrôlable.

Mais la semaine dernière, coup de théâtre. La revue Nature, concurrente historique de Science, publie les travaux d'autres chercheurs qui, en reprenant les données employées par Tomasetti et Vogelstein mais en y appliquant un modèle statistique un peu différent, parviennent à des conclusions… exactement inverses. Selon le Pr Yusuf Hannun et son équipe de la Stony Brook University à New York, 70 à 90 % des cancers seraient prévisibles parce qu'ils relèvent des facteurs externes: l'environnement (l'air pollué que nous respirons, l'eau que nous buvons), nos habitudes de vie (tabagisme, alcool, sédentarité, obésité, exposition aux UV et à certains virus), l'hérédité.

Tomasetti et Vogelstein n'ont guère tardé à réagir. Dès le lendemain, ils s'étonnent dans une note de blog de la logique retenue par l'équipe concurrente, jugeant «impossible» qu'elle aboutisse à des résultats «solides». Et de souligner que les auteurs parviennent à des résultats très différents des observations des épidémiologistes (qui mettent en relation les différentes données d'une population): d'après Hannun et ses collègues, 99 % des cancers de la prostate, 98 % des cancers de la thyroïde ou 95 % des tumeurs cérébrales seraient causés par des facteurs externes, alors que les épidémiologistes tablent plutôt autour de 1 %, voire zéro, dénoncent Tomasetti et Vogelstein.

Les observateurs extérieurs s'accordent à y voir un débat d'experts qui passionnera, en premier lieu… les initiés. «Les deux papiers sont intéressants et stimulants mais posent énormément de problèmes (de méthode)», estime Catherine Hill, épidémiologiste à l'Institut Gustave-Roussy. Pour elle, ces calculs savants relèvent «de la science-fiction». «Toutes ces considérations théoriques ne doivent pas faire oublier que la prévention des cancers doit se concentrer sur les deux facteurs les plus importants en France: le tabac et l'alcool.»

«C'est un débat sain, c'est de la science en marche! Cela montre qu'il n'y a pas de vérité définitive, seulement les connaissances d'un instant T», analyse pour sa part le Pr Patrick Gaudray, directeur de recherche au CNRS. Reste qu'il est délicat d'en tirer un message clair à destination du public. «Si l'on conclut à la supériorité du hasard, on risque d'affaiblir les campagnes de prévention. Mais si l'on insiste sur l'impact des comportements et de l'environnement, on risque de culpabiliser les gens. On pourrait même imaginer que les comportements individuels soient pris en compte pour conditionner le remboursement des soins d'un cancer. Il est probable que la vérité se situe entre les deux, et que les deux équipes se trompent.»

Pour Thierry Philip, président de l'Institut Curie (Paris), «il est incontestable qu'il existe des moyens d'éviter le cancer, de nombreux articles le montrent. Y a-t-il une part de hasard? Je ne dis pas non. Des gens ayant fumé toute leur vie échappent au cancer du poumon, alors que des non-fumeurs y succombent. Reste à savoir si le hasard en est bien un, ou s'il masque notre ignorance».

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(source LeFigaro.fr /Par Pauline Fréour)

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