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19/01/2016

HOLLANDE EN BAISSE DANS LES SONDAGES : DE LA NORMALISATION A LA DEPRECIATION

 

 

 

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FIGAROVOX/ANALYSE - Jérôme Sainte-Marie (photo) estime que nous assistons à une forme de « déprésidentialisation » du président de la République, due à la facilité médiatique à laquelle il aurait tendance à céder.

 
Diplômé de Sciences Po Paris et d'une licence d'histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d'Information du Gouvernement et à l'institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé ensuite BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l'institut iSAMA en 2008.

Il dirige actuellement Pollingvox, une société d'études et de conseil spécialisée dans les enjeux d'opinion, fondée en 2013. Il a publié en 2015, Le nouvel ordre démocratique (Editions du Moment).


Les mouvements spasmodiques qui agitent la courbe de popularité, si l'on peut dire, de François Hollande, intriguent. Comment expliquer qu'elle soit à ce point tributaire des événements? Et que sitôt ceux-ci passés - s'agissant en l'occurrence des attentats et de leurs suites immédiates -, leur effet dopant disparaisse? Il se conçoit bien que l'effet conjoncturel de telles émotions nationales s'estompe en partie une fois celles-ci dissipées, mais que signifie, pour François Hollande, le fait que leur impact disparaisse à peu près totalement? En d'autres termes, alors que l'on a entendu durant des semaines, en janvier puis en novembre, que le Président de la République se «représidentialisait», barbarisme édifiant, et qu'il avait acquis, sous la flamme du terrorisme, une nouvelle dimension, la lecture des sondages récents ne nous enseignerait-elle pas plutôt une leçon exactement inverse?

Une impression de déjà-vu se dégage en effet de la lecture des sondages les plus récents sur l'exécutif. En un mois, la cote de confiance de François Hollande, telle que la mesure TNS Sofres, régresse de douze points, et celle de Manuel Valls de sept. Ceci rappelle les mouvements de l'opinion au début de l'année précédente, en plus brutal. Pour rester dans les indices d'opinion, rappelons que «l'effet Charlie» avait accru la confiance dans le Président de la République de huit points entre décembre 2014 et février 2015, avant qu'elle entame une lente érosion, jusqu'à retomber à un très modeste 15% juste avant le 13 novembre. Suite aux attentats dans l'Est parisien, ce taux de confiance avait bondi de vingt points en un mois, ce qui était, dans la petite histoire de l'opinion française, tout à fait exceptionnel. La rapidité de la décrue l'est presqu'autant. Ces simples mouvements affaiblissent déjà l'idée d'une transmutation positive de l'image présidentielle.

En outre, une récente étude de l'institut BVA indiquent que seuls 37% des Français, soit 9 points de moins qu'en novembre, font aujourd'hui confiance à François Hollande pour lutter contre le terrorisme, alors qu'ils plébiscitent les institutions comme l'armée ou la police. L'impopularité présidentielle à peu près maintenue ne tient donc pas seulement à ce que les préoccupations des Français sur le chômage, la croissance, la fiscalité ou l'avenir des retraites demeurent entières, et leur insatisfaction sur ces sujets également. La permanence du risque terroriste renforce durablement l'Etat, mais pas son chef, sinon de manière éphémère. Voici un second indice que la facilité de François Hollande à adopter des postures bellicistes ne provoque pas l'adhésion attendue. Pour certains c'est insuffisant, pour d'autres excessif, mais pour tous il manque quelque chose.

A cela s'ajoute la division qu'il produit dans on propre camp. A la fracture résultant du «pacte de responsabilité» en matière économique et sociale, s'ajoute celle sur le «pacte de sécurité» proposé aux Français. Les deux ne se recoupant pas exactement, l'émiettement des anciens électeurs de François Hollande s'accroît, cependant que la notion de «gauche» devient toujours plus évanescente. Par exemple, sur la déchéance de la nationalité,, comme sur la prolongation de l'état d'urgence, l'approbation des mesures envisagées par le gouvernement est nettement moindre à gauche, et particulièrement parmi les sympathisants écologistes, que dans l'ensemble de la population. De leur côté, si les sympathisants de la droite et du centre approuvent certaines mesures gouvernementales, ils n'en modifient en rien leur jugement sur leur initiateur, François Hollande, dont ils gardent à peu près la même image.

Face à cette incapacité présidentielle à tirer quelque profit dans l'opinion de sa gestion des derniers événements, une hypothèse se fait jour. Celle d'une contradiction flagrante entre l'hypertrophie du pouvoir présidentiel dans notre régime politique, encore accrue par l'état d'urgence, et les images d'un Chef de l'Etat fort occupé à pleurer et déplorer.

Pleurer les victimes devant les caméras, et plutôt deux fois qu'une, car au deuil immédiat s'ajoute la commémoration des attentats précédents, faisant entrer le pays dans une logique doloriste exponentielle. Déplorer l'état de la société et les violences qui la parcourent, avec d'autant plus d'insistance que l'on redoute le reproche de naïveté si souvent adressé à la gauche. Les deux attitudes exposent au risque de sembler spectateur plutôt qu'acteur.

Comme l'énonçait précisément le général de Gaulle, lors d'une conférence de presse en 1965, la Vème République suppose que le Chef de l'Etat n'apparaisse pas comme se contentant d'«inaugurer les chrysanthèmes». Cédant sans doute à l'émotion, mais aussi peut-être, supposons-le, à une certaine facilité médiatique, François Hollande encourt ce reproche. À rebours du propos des communicants élyséens, mais en reprenant la novlangue qui leur est chère, c'est paradoxalement à une forme de «déprésidentialisation» que l'on assiste, ce que l'opinion publique sanctionne.

 
 

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