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21/04/2016

FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY : " LES POLITIQUES ONT PERDU LA PAROLE POUR L'AVOIR TROP UTILISEE "

 

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Le philosophe François-Xavier Bellamy était l'invité des rencontres du Figaro, salle Gaveau. Compte-rendu :



François-Xavier Bellamy est maire adjoint de Versailles (sans étiquette). Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de philosophie, il enseigne en classe préparatoire. Il est également l'auteur de Les Déshérités, ou l'urgence de transmettre (Plon, 240 p. 17€).

«Les pensées qui mènent le monde arrivent sur des pattes de colombe», disait Nietzsche. C'est à l'ombre de ces mots qu'un jeune philosophe de trente ans, professeur en classes préparatoires, auteur de l'essai très remarqué Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (Plon, 2014), a déployé Salle Gaveau, devant près de mille personnes, un propos limpide et particulièrement nourrissant.

Après Michel Onfray et avant Denis Tillinac, François-Xavier Bellamy était l'invité, lundi soir, des Grandes Rencontres du Figaro. Celui qui est aussi maire adjoint (sans étiquette) de Versailles a planché sur un sujet particulièrement difficile: «Faut-il désespérer de la politique?»

Un langage à réhabiliter

Pour répondre à cette interrogation qui hante de plus en plus de Français, il est remonté à la source de la dévitalisation de la politique: le langage. L'inconsistance du verbe politique fait que plus personne n'écoute personne: «Les politiques ont perdu la parole pour l'avoir trop utilisée.» À la lueur de la controverse entre Kant et Constant concernant le devoir de vérité, il s'est interrogé sur l'utilité du mensonge à partir du moment où tout le monde ment.

Il est urgent de s'atteler à un « patient travail de reconquête des mots », dont la première étape est la résolution de la crise éducative.

Pour l'auteur des Déshérités, il est urgent de s'atteler à un «patient travail de reconquête des mots», dont la première étape est la résolution de la crise éducative. La soif d'apprendre des élèves «disparaît si on ne l'étanche pas», a estimé cet amoureux des mots, qui récitait La Chanson du mal-aimé d'Apollinaire à des classes de ZUP qui en redemandaient. D'ailleurs, le professeur dispense deux fois par mois des cours de philosophie aux adultes «désireux de s'y remettre», et qui éprouvent un besoin de se «réorienter dans le monde». Dans une société où la culture fonde la liberté, son absence empêche l'homme d'être complètement humain. À entendre son éloquence lumineuse, si la parole politique s'est vidée de sa substance, la parole philosophique est riche d'une véritable consistance.

Sur les ruines du champ politique, la reconstruction est possible

«Pourquoi pas moi? Toute la politique contemporaine se résume à cette citation.» a estimé le maire adjoint de Versailles. A l'heure où se multiplient les candidats à la primaire de la droite, et ceux qui souhaitent que leur voix porte à gauche, le message entendu demeure davantage axé sur une personne que sur un projet mûri et nourri. Les hommes politiques lui semblent dénués de toute vision symbolique, de toute perspective de long terme. Après la guerre de Troie, la bataille des idées aura-t-elle lieu? Rien n'est encore joué, estime l'essayiste, pour lequel les idées ont pour l'heure déserté le champ politique, cédant la place aux anathèmes et aux listes noires.
Mais si ces clivages politiques lui apparaissent aujourd'hui périmés, ils ne sont qu'à actualiser pour qu'enfin le politique s'attache à voir le réel et à remédier aux problèmes de notre temps.

La technique-reine: le mieux est l'ennemi du bien

Le philosophe engagé dans la cité s'est aussi élevé contre «la fascination contemporaine pour l'immédiateté» et la modernité technicienne. Qui, de la technique ou des idées, change le sens de l'Histoire? Bellamy a résolument opté pour la deuxième solution. C'est précisément la culture qui nous permettra de prendre de la distance avec le numérique. A tous ceux pour qui l'ubérisation du monde représente un paradis, le professeur de philosophie réplique par la dénonciation du règne de la technique. Celle-ci n'est pas neutre ; y souscrire un dogme, c'est la laisser tout réformer, tout remplacer. Mais c'est à chacun d'en prendre conscience, parce que «personne n'est contre l'homme, sinon l'homme lui-même.» Une version moderne du vieil adage latin «l'homme est un loup pour l'homme». Pour le philosophe, Emmanuel Macron est le symbole du technicisme au pouvoir, ne jurant que par la réforme, et promouvant un monde dans lequel l'utile aura remplacé le bien.
Dans une puissante réflexion sur le relativisme contemporain, il a pointé que, si chacun avait «sa» vérité, «il ne ser(vai)t à rien de se parler». La recherche difficile et collective de la vérité est ce qui rend le dialogue démocratique si précieux.

L'espérance en bandoulière

Devant la crise économique et sociale qui s'installe, optimistes et pessimistes «qui regardent dans le réel ce qui conforte leur parti pris» ne trouvent pas grâce aux yeux du jeune professeur. Au contraire, il privilégie l'espérance, une vertu qui s'appuie sur le réel pour obtenir une victoire sur l'adversité.

Sortir du choc des incultures, voilà, selon lui, le défi des prochaines années lancé aux milieux éducatifs. Une leçon d'espérance qui a enthousiasmé l'assistance. Un appel aussi à puiser dans les richesses de notre histoire et de notre patrimoine. Ce que fera Denis Tillinac, le 11 mai prochain, Salle Gaveau, puisqu'il viendra parler de d'Artagnan, Mermoz, la môme Piaf, les frères Boniface… ces figures qui peuplent son dernier ouvrage, L'Âme française (Albin Michel).


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(source LeFigaro.fr /Eléonore de Vulpillières)

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