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03/05/2016

ECONOMIE : JUSQU'OU PEUT GRIMPER LA CROISSANCE FRANÇAISE ?

 

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Après le net regain affiché en 2015, la croissance redémarre en 2016 sur une bonne note. Cette dynamique est-elle durable ? La France peut-elle à court terme renouer avec une croissance proche de 2% ? Que pèsent les éléments extérieurs ? Éléments de réponse.

 

«Je voudrais bien que la France connaisse la même croissance que Thalès». En visite jeudi au siège social du groupe d'électronique français, François Hollande s'est permis ce vœu - qui semble pieux à court et moyen termes - à un an de l'élection présidentielle. Thales, qui envisage d'embaucher 6000 personnes, vise en effet 5% de croissance par an sur les trois prochaines années. La France en est très loin. Si le pays enregistre cette année 1,5% de croissance, comme l'envisage le gouvernement, ce sera déjà bien.

Le chiffre de 0,5% enregistré ce vendredi pour le premier trimestre peut laisser penser que cet objectif est atteignable. Car la croissance française grimpe lentement mais sûrement, et depuis plusieurs trimestres évolue même sur des rythmes sensiblement équivalents à ceux de l'Allemagne (0,4%, 0,3%, 0,3%). Même si ces niveaux de croissance ne sont pas de nature à «crier victoire», ils laissent espérer une baisse -enfin- à venir du chômage. Cette dynamique est-elle durable? Jusqu'où peut grimper la croissance de la France? Réponse avec deux économistes.

LE FIGARO - Comment analysez-vous le chiffre de la croissance française?

 

Philippe Waechter - (économiste en chef chez Natixis Asset Management )

Je m'attendais à un chiffre plus faible, plutôt proche des 0,3% car je pensais que les entreprises allaient beaucoup déstocker. C'est ce que les enquêtes publiées au premier trimestre laissent suggérer. Finalement, non. Et c'est une très bonne nouvelle. On sent que les entreprises sont très enthousiastes. Elles ont en tête que l'activité économique redémarre. Les rapports de force entre le gouvernement et les partenaires sociaux vont changer. Avec ces niveaux de croissance plus élevés, le «gâteau» à partager sera plus gros. Les employés vont demander des hausses de salaires et les entreprises vont réclamer de nouvelles baisses de charges. Car ils savent que le gouvernement est prêt à lâcher du lest face aux lobbys. Les rythmes de croissance ne sont pas spectaculaires mais le processus est plus normalisé.

Christopher Dembik - (économiste de Saxo Bank)

La bonne nouvelle c'est que l'économie française est passée d'une phase de stabilisation en 2015 à une dynamique de redémarrage en 2016. Le chiffre de la consommation (+1,2%) n'est pas surprenant. Je serais quand même prudent car nous ne constatons pas de hausse des revenus. Il pourrait s'agir d'un épiphénomène. Ce chiffre doit être confirmé. En revanche, le chiffre de l'investissement (+0,9%) constitue une bonne surprise et vient illustrer le regain des taux de marges des entreprises - l'un des rares succès du gouvernement- qui retrouvent leur niveau d'avant la crise.

«Le vrai problème de la France, ce n'est pas sa compétitivité, comme le pense le gouvernement, mais sa productivité»

 

Cette bonne dynamique va-t-elle durer?

P.W. - La dynamique est plus robuste qu'imaginé. La probabilité qu'elle puisse générer une croissance européenne autonome, moins indépendante du contexte international et notamment des ralentissements économiques en Chine et aux États-Unis, n'est pas nulle. Après tout, il existe d'autres opportunités d'investissement. Néanmoins, cela suppose que la consommation se tienne pour l'ensemble de la zone euro et que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne. Le contraire pourrait provoquer de fortes secousses pour le continent.

C.D. - Je crains malheureusement que cette dynamique soit pénalisée, à partir du deuxième trimestre .

 

La France peut-elle retrouver à court terme des niveaux proches ou supérieurs à 2%?

P.W. - À court terme, cela me paraît difficile. Pour la simple et bonne raison que depuis 2008, l'investissement est faiblard. Du coup, la croissance potentielle est ralentie. Le regain durable de la croissance passe par l'investissement et donc la confiance des entrepreneurs mais également celle des consommateurs. Dans ce cas-là, une croissance à 2% est envisageable d'ici cinq à dix ans. Pour 2016, j'avais prévu 1,3%. Je vais réviser à la hausse ma prévision. L'objectif que s'est fixé le gouvernement, à 1,5%, est facilement atteignable voire plus.

C.D. - D'ici deux à trois ans, c'est très improbable. D'une part parce que l'impact des trois éléments extérieurs - baisses de l'euro et du pétrole, taux d'intérêt bas - sera de plus en plus faible et d'autre part parce que celui des ralentissements économiques aux États-Unis et en Chine va s'accentuer. Les réformes structurelles ne vont pas assez loin. Le vrai problème de la France, ce n'est pas sa compétitivité, comme le pense le gouvernement, mais sa productivité. Tant que nos dirigeants politiques n'auront pas compris cela, la croissance ne repartira pas durablement.

Que pèsent les baisses de l'euro, du pétrole et des taux bas dans la croissance française ?

 

 

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(source LeFigaro.fr /Guillaume Errard)

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