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05/06/2016

HUMORISTES : COMMENT LA TELEVISION CHERCHE ( ET TROUVE ) SES PERLES RARES

 

 

ENQUÊTE - On ne plaisante pas avec le rire. Pour doper leurs audiences, les chaînes mettent l’humoriste en boîte. Stars ou débutants, il y en a pour tous les goûtsun peu partout.

 

 

Nicolas-Canteloup-imite-l-equipe-du-Grand-Journal_exact1024x768_l.jpgCette négligence de France 2, la régie pub de TF1 en rit encore. La présence de Nicolas Canteloup sur la Une, avec des audiences qui font de lui une véritable «cash machine» (entre 7 et 8 millions de téléspectateurs par soir), ne repose que sur un silence… radio! Celui de la direction de France 2 face à la proposition du producteur Jean-Marc Dumontet de constituer un duo 100 % France 2, Ruquier-Canteloup, pour adapter en télévision ce que l’imitateur réussit sur Europe 1. À défaut d’une réponse du service public, les saillies de C’est Canteloup cartonnent depuis avec Nikos sur TF1.

Entre les chaînes, la chasse aux talents de l’humour est sans pitié, pourvu qu’ils aient le talent de nous faire oublier la morosité ambiante. «La télévision est un objet de divertissement. Sur une chaîne feel good comme D8, décrypte son directeur général, Franck Appietto, l’humour fédère plusieurs générations. On partage le bonheur de rire ensemble.» Comme un Zlatan de la vanne, un humoriste peut donc changer de «club». Les Chevaliers du Fiel ont ainsi été transférés de France 4 à D8. L’humoriste de la bande Touche pas à mon poste! (TPMP) Jean-Luc Lemoine estime que «cette tendance est née avec Laurent Baffie, le meilleur de tous. En l’intégrant comme “sniper” dans ses émissions, Thierry Ardisson a décloisonné les genres, mélangeant interview sérieuse et humour.» Depuis, tout le monde veut son humoriste. «Sa présence est la garantie d’une bonne ambiance sur le plateau», poursuit Jean-Luc Lemoine. Et ça marche! Puisque la joyeuse bande de Cyril Hanouna voit ses audiences s’envoler. Cette bonne humeur, qui attire les cibles jeunes, ternit en revanche le sourire de TF1.

 

Arthur entre dans la danse sur TF1

La Une a donc demandé à Arthur de préparer la riposte en dégainant L’Hebdo show, puis 5 à 7 avec Arthur. Et qui JARRY 3-hcfj.jpgfait le job dans ce nouveau rendez-vous? Les humoristes évidemment! L’animateur devient même leur producteur lorsqu’il a un coup de cœur. Ce fut le cas avec Claudia Tagbo. Il prit aussi sous son aile Arnaud Tsamere, et, aujourd’hui, Jarry. Étonnamment, la tendance n’étant pas à cela, Arthur a fait signer un contrat de deux ans à Jarry(photo), qui ne veut pas endosser le costume d’animateur, mais bel et bien faire l’artiste à la télé…

 

Le vivier de talents de Canal+

«La vie a besoin d’humour et la télé n’est pas différente de la vie», philosophe celui qui en connaît un rayon sur le sujet, Antoine de Caunes. Survivant de toutes les époques de Canal+, il savoure la Guillaume_Gallienne_2012.jpgliberté dont il jouit encore aujourd’hui dans L’Émission d’Antoine. «La naissance de Canal+ fut un moment charnière dans l’histoire de la télévision. Pour les tranches en clair, l’idée était de laisser les clés de l’appartement à des talents et de leur dire: amusez-vous! Et quand on regarde le casting passé sur Canal+ (Les Nuls, Les Deschiens, Les Robins des bois, José Garcia, Jamel Debbouze, Éric et Ramzy, Kad et Olivier, Stéphane De Groodt, Camille Cottin, Frédérique Bel, Monsieur Poulpe, Julie Ferrier, Guillaume Gallienne (photo), Omar et Fred, La Bande à Fifi, Catherine et Liliane…), on se rend compte que la chaîne a tenu sa promesse d’offrir un écrin différent à ce vivier de talents.» Sans oublier les Gaspard Proust, Stéphane Guillon ou Tom Villa mis en avant par Thierry Ardisson dans Salut les Terriens!.

La pépinière de l’humour de Laurent Ruquier

L’homme en noir s’inscrit dans la lignée de ce que font les ténors du service public. Les Michel Drucker, Patrick Sébastien et autre Laurent Ruquier laissent aussi volontiers leur chance aux humoristes en devenir. Le dernier ruquier media.jpgnommé avait même lancé une émission qui s’inscrivait dans la lignée du Petit Théâtre de Bouvard, avec On n’demande qu’à en rire. Ce fut une pépinière dans laquelle se sont allégrement servies d’autres émissions. On y a notamment vu éclore Nicole Ferroni (Folie passagère), Olivier de Benoist (Vivement dimanche), Jérémy Ferrari (TPMP), Florent Peyre (Vendredi tout est permis), Artus (5 à 7 avec Arthur), Arnaud Tsamere (Canapé quiz) ou encore Kev Adams (devenu depuis une star sur scène et au cinéma).

On n’demande qu’à en rire disparue, la télévision traque les espoirs du rire sur d’autres aires de jeux. «À l’instar de Christelle Graillot (chasseuse de talents pour Canal+, ndlr), je continue d’arpenter des petites salles pour repérer de futurs grands», assure Franck Appietto. Même travail dans l’ombre pour Isabelle Layer, au sein de France Télévisions. Elle détecte et propose des noms aux différentes chaînes du groupe. «Les humoristes sont recherchés, et de plus en plus jeunes, parce qu’une chronique s’apparente à un sketch. Ils savent écrire une histoire, improviser et ont l’habitude du public… C’est du pain béni pour un animateur que d’avoir un compagnon avec ce profil à côté de lui.»

 

 

 

L’exemple Panacloc

jeff-panacloc-qui-veut-gagner-des-millions-tf1-279359fe3c4a301f0.jpegRémi Castillo, en créant le trophée des Jeunes Talents du rire, confirme que «les chaînes sont de plus en plus nombreuses à venir y faire leur marché». Primé récemment, Antoine Bueno a par exemple aujourd’hui une fenêtre sur Comédie+. «On débroussaille puis on passe le relais», reprend Rémi Castillo. On lui doit la découverte de Jeff Panacloc, premier Jeune Talent du rire en 2008. «Jeff a complètement modernisé la ventriloquie. Je me suis occupé de lui pendant cinq ans jusqu’à le faire passer dans le Grand Cabaret de Patrick Sébastien, qui a cru en lui.» Aujourd’hui, TF1 et Canal+ se battent pour signer Jeff Panacloc (photo)et sa marionnette Jean-Marc!

À la recherche du prochain phénomène

«Je ne connais pas d’artistes qui, s’ils n’ont pas un spectacle assez fort derrière eux, arrivent à faire carrière juste avec la télé, tempère Jean-Marc Dumontet, producteur entre autres de Nicolas Canteloup, d’Alex Lutz ou de Bérengère Krief. La télé accélère juste le phénomène.» À un moment, il faut donc savoir enlever l’étiquette «bon client», comme se souvient Franck Dubosc: «Lorsque j’ai commencé à être invité par des émissions, j’ai fait ce que l’on attendait de moi. Mais, à la fin, on lasse tout le monde, y compris soi-même.» Les stars du calibre de Franck Dubosc, de Florence Foresti, de Gad Elmaleh ou d’Anne Roumanoff se voient alors proposer les honneurs d’une diffusion de leur spectacle en prime time. Serait-ce la solution miracle pour une chaîne en quête d’humour? «Impossible, tranche le “pape” du rire, Gilbert Rozon. Chez vous en France, il y a moins de dix humoristes bankable pour la télévision». Et ça, comme on dit dans Kaamelott, «c’est pas faux»!

A SAVOIR: les précurseurs

L’impertinence des humoristes à la télé ne date pas d’hier. En 1960, c’est l’émission parodique La Boîte à sel, avec notamment Jean Carmet, qui irrite l’Élysée au point d’être censurée. Thierry Le Luron se fait connaître du grand public en gagnant l’Incroyable talent de l’époque, Le Jeu de la chance, en 1970. Coluche devient célèbre en 1975 en parodiant un jeu télévisé animé par Guy Lux, Le Schmilblic.

Des années plus tard, Canal+ lui offre une jolie vitrine avec Coluche 1 faux. Dans les années 70, Pierre Desproges fait sa première télé grâce à Jacques Martin qui lui donne sa chance dans Le Petit Rapporteur, avant de voler de ses propres ailes avec la désormais culte Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

 

 

(source LeFigaro.fr /Patrice Gascoin)

 

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