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07/06/2016

FANS ZONES : LE COUP DE GUEULE DU CHEF DES URGENCES DE L'HÔPITAL POMPIDOU

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FIGAROVOX/TRIBUNE/VIDÉO - À une semaine de l'ouverture du championnat d'Europe de football, le professeur Philippe Juvin,(photo avec ASD, crédit G.Lesage) chef de service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou s'indigne de ne pas avoir été informé de l'organisation d'une fan zone géante au Champ-de-Mars.

(Philippe Juvin est maire de La Garenne-Colombes, député européen depuis 2009 et porte-parole de la délégation française au sein du groupe du Parti populaire européen. Il est chef de service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris) depuis février 2012.)

 

Dans quelques jours va s'ouvrir la Coupe d'Europe. S'ils ne sont pas découragés par les menaces de grèves en tout genre, de nombreux supporters vont se presser dans les villes qui accueillent des matchs, et particulièrement à Paris. La presse s'est fait l'écho d'une mobilisation exceptionnelle de la police. Le Ministre de l'Intérieur se multiplie. Bref, le Gouvernement rassure les Français et agit. Bravo.

Mais au gouvernement, une personne est silencieuse: le Ministre de la Santé. Or de grands rassemblements d'hommes nécessitent aussi le renforcement des moyens médicaux. Et là, silence radio.

Je suis le chef du service des urgences le plus proche de la plus grande fan-zone de France (le Champs de Mars). Je me suis résolu à écrire cet article car je n'ai appris l'existence de cette fan-zone qu'en lisant la presse. Ni le ministère de la Santé (mes tutelles), ni la mairie de Paris (le Maire de Paris est le président du conseil d'administration de mon hôpital) ne m'ont prévenu de l'existence d'un rassemblement de plus de cent mille personnes à quelques centaines de mètres de mon hôpital. En fait, je n'ai reçu aucune vraie information sur le nombre précis de spectateurs attendus (50.000? 100.000? 200.000? 300.000?). Aucune information sur les moyens sanitaires mis en place dans la fan-zone pour éviter que toutes les blessures légères ne se pressent dans notre hôpital et ne le paralyse.

Aucun contact avec un quelconque éventuel responsable sanitaire de la fan-zone. Aucune information sur l'évaluation du risque (une évaluation a-t-elle même été faite?). Aucune évaluation de l'effet de la fan zone sur notre capacité à prendre en charge les patients habituels. Aucun exercice d'alerte. Il a fallu que je me batte pour connaître les simples dates d'ouverture de la fan-zone. Et bien sûr aucun vrai moyen supplémentaire sauf ceux que, localement, nous avons tenté de mobiliser sur la base de quelques bonnes volontés et grâce à une direction de l'Assistance Publique sensible au risque et à notre détresse.

 

Nos services d'urgence sont déjà en tension et les équipes très usées. Pourrons-nous accueillir en toute sécurité d'éventuels victimes de cette immense fan-zone, et nos patients habituels ?

Le ministère nous répond avec naïveté que des moyens de SAMU SMUR supplémentaires ont été mobilisés. Cette réponse prouve l'amateurisme de ceux qui nous gouvernent: car les moyens SAMU SMUR, indispensables en cas d'attentat ou de pathologie grave, sont inadaptés à la nature de patients que nous sommes les plus susceptibles de devoir accueillir. Dans le cas d'attentats, la mobilisation est massive, immédiate et surtout relativement limitée dans le temps. Le problème qui a été complètement ignoré est d'une nature différente: les fan-zones vont nous conduire à recevoir aux urgences plus d'entorses, plus d'ivresses, plus de malaises, plus d'accidents d'exposition sexuel, plus de rixes, plus de chutes, que le SMUR ne prendra pas en charge. Sur 100.000 personnes réunies à quelques centaines de mètres de notre hôpital, il suffira que moins de 1 pour 1000 aient le moindre petit problème de santé et décident de se présenter aux portes de notre service pour que nous soyons totalement paralysés. Marisol Touraine et Anne Hidalgo y ont-elles réfléchi?

De plus, pendant les jeux du cirque, les vieillards grabataires déshydratés, les infarctus, les insuffisances respiratoires et autres pathologies qui font notre quotidien, continueront à être accueillis. Nos services d'urgence sont déjà en tension et les équipes très usées. Pourrons-nous accueillir en toute sécurité d'éventuels victimes de cette immense fan-zone, et nos patients habituels? A l'heure où j'écris, j'en doute.

Organiser une fan zone géante en plein état d'urgence est déjà une curieuse et bien discutable idée. Mais l'organiser sans se préoccuper de l'avis du principal service d'urgence de proximité, ni même l'informer, témoigne d'un très grand amateurisme. Mon inquiétude de professionnel de la santé et de l'urgence est grande. Bien sûr, nos équipes feront comme d'habitude: elles se mobiliseront, se multiplieront et compenseront par leur travail l'imprévoyance et l'insouciance d'Anne Hidalgo et de Marisol Touraine. Bref, nous assumerons leurs inconséquences. On savait certes que les urgences n'étaient pas la priorité du ministre de la Santé. Mais là, bon sang! Quelle bande d'amateurs, tellement caricaturaux qu'ils en deviennent dangereux.

( Source LeFigaro.fr /Philippe Juvin)

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