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10/06/2016

POUR UNE LOI EUROPEENNE CONTRE LE GASPILLAGE ALIMENTAIRE

 

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Votée à l'unanimité le 3 février dernier, la loi contre le gaspillage alimentaire est une réponse au fléau de la faim et de la soif. Quatre mois après le vote, retour sur un combat qui dépasse les clivages et les frontières, selon Arash Derambarsh.

 

 

(Arash Derambarsh est conseiller municipal “Les Républicains” à Courbevoie et directeur de collection aux Éditions du Cherche Midi. Il est l'auteur aux éditions Fayard du Manifeste contre le gaspillage, prix Edgar Faure du meilleur livre politique de l'année 2015.)

 

Dépasser les clivages face à la faim

Fait rare, à un an des élections présidentielles et législatives, gauche et droite se sont donné la main. Ils ont dit «non» à l'unanimité au gaspillage alimentaire. À l'Assemblée Nationale comme au Sénat, les parlementaires ont voté la proposition de loi obligeant les supermarchés de plus de 400m2 à céder leurs invendus alimentaires à l'association de leur choix.

Les grandes surfaces, contraintes, ont changé leur manière de faire. Nous en mesurons toute la force de la loi républicaine et l'efficacité de la Politique, lorsqu'elle est portée vers l'intérêt général.

 

Une réponse à une urgence

Les disparités sont légion. Le droit opposable en est une réponse. Face à une classe moyenne qui a de plus en plus de problèmes économiques, il n'est pas tolérable qu'un supermarché gâche plus de 50kg de nourriture par jour. En effet, dès le 10 de chaque mois, des millions de Français sont sous l'eau après avoir payé leur loyer et leurs charges. Par ailleurs, les SDF sont de plus en plus nombreux . Fermer les yeux devant cette aberration est impensable avec la crise économique actuelle.

Notre proposition a été à la fois simple et efficace: voter une loi imposant, ou incitant aux supermarchés de donner, soir après soir, tous leurs invendus consommables à l'association de leur choix.

Un appel à la responsabilité des citoyens

Dès lors, chaque citoyen peut créer une association et déposer ses statuts à la préfecture afin d'y obtenir une habilitation. Celui-ci pourra ensuite s'adresser à l'enseigne de son choix, afin que celle-ci lui remette les invendus pour une distribution le soir même (à l'image de notre initiative à Courbevoie). Il y aura de fait deux formes d'associations pour la distribution de nourriture: les associations agréées qui peuvent stocker (les Restos du cœur, Secours catholique, Secours populaire, Samu social, Croix rouge...) ; et les associations agréées qui ne peuvent pas stocker en raison d'absence de locaux permettant le respect à la chambre froide. Dans ce cas, il s'agira d'une distribution immédiate le soir même (à l'instar de notre association “Courbevoie 3.0”). Si aucune association ne vient interpeller une enseigne, l'obligation ne fonctionne donc pas. Ceci pour rassurer les enseignes et les commerçants. Et si un supermarché refuse, cela sera une peine d'amende de 3750 euros.

Chaque commune pourra informer les citoyens qu'il y aura cette initiative. Cela permettra de mobiliser de nombreux bénévoles.

Le surplus de nourriture sera cédé automatiquement aux associations agréés qui peuvent stocker la nourriture.

Dès lors, le surplus de nourriture sera cédé automatiquement aux associations agréés qui peuvent stocker la nourriture. Ainsi, les Restos du coeur (comme toutes les autres) font des collectes de nourriture systématiquement.

Cette loi, pour laquelle nous nous sommes battus depuis de longs mois, permettra à des millions de personnes de manger.

Une prise de conscience «globale»

Ainsi, depuis des mois, nous rencontrons des Français pour les sensibiliser au combat essentiel du gaspillage. Partout en France, nous allons à la rencontre de nos compatriotes: avec les agriculteurs et les paysans, des lycées aux réunions publiques, des université à des événements sur le développement durable, nous avons pu constater combien notre pays se lève face au gaspillage. Des centaines d'associations ont été créés et les supermarchés jouent le jeu de plus en plus.

Aujourd'hui, c'est à chacun de nous, citoyen, d'agir. Et grâce à cette loi, nous n'avons plus d'excuses. Cette loi a également eu un effet «boule de neige»: elle est votée au Pérou, en Finlande, en Italie. De nombreux autres pays s'y intéressent pour une loi prochaine comme le Congo Brazzaville, l'Australie, l'Argentine ou encore le Canada. Nous soutiendrons tous ces Etats. La situation demeure la même partout: le même comportement des supermarchés, la même classe moyenne invisible et les mêmes démunis. Notre pétition européenne, soutenue par “la Croix Rouge Française” et “Action contre la faim”, dépasse aujourd'hui les 768.000 signatures.

Vous pouvez continuer de la signer pour atteindre le million de signatures. Nous pourrons ainsi réclamer à Jean-Claude Juncker une directive européenne sur ce sujet.

La route est encore longue!

Toutefois, la route est encore très longue afin de nous responsabiliser. Un chiffre éloquent: 19% des aliments produits en France son jetés à la poubelle déplore l'Ademe. Des exploitations agricoles à l'usage individuel, ces chiffres doivent nous alerter avec les coûts énergétiques très élevés. Dix millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France. Soit l'équivalent de 16 milliards d'euros et de 15,3 millions de tonnes de CO2.

De fait, pour chaque échelon de la chaîne, nous devons apporter des réponses concrètes. Appliquons par exemple les circuits courts, opportunités de valoriser l'agriculture locale. Outre les supermarchés, nombre de collectivités se doivent d'apporter une réponse. Nous pensons notamment aux cantines scolaires, aux cantines collectives dans les entreprise, aux hôpitaux ou encore dans les boulangeries. Pour les ménages, c'est aussi un travail de sensibilisation qui doit être opéré dès le plus jeune âge.

Les réponses concrètes comme le Doggy Bag ou encore les «Gueules cassées» sont autant d'initiatives efficaces.Il y a donc urgence à agir.

Mais en tout état de cause, les mots de Victor Hugo résonnent plus que jamais: «Rien n'arrête une idée dont le temps est venu».

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(source LeFigaro.fr /Arash Derambarsh)

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