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03/07/2016

OLIVIA DE HAVILLAND : 100 ANS AU 1erJUILLET 2016

 

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ANNIVERSAIRE - Son étoile brille sur le Walk of Fame d'Hollywood, mais c'est à Paris qu'elle vit depuis 1953. Doyenne des stars de l'âge d'or du cinéma américain, Olivia de Havilland a fêté ses cent ans le 1er Juillet. Portrait d'une légende.

Son nom sonne comme celui d'une princesse de conte de fées. Le charme puissant d'Autant en emporte le vent continue vaillamment d'opérer. Les cent ans qu'elle vient d'atteindre exercent une fascination universelle. Doyenne des trois dernières légendes vivantes d'Hollywood (les deux autres sont Kirk Douglas, son benjamin de l'année 1916, et Zsa Zsa Gabor, classe 1917), Olivia de Havilland place décidément la barre très haut. À l'image de sa carrière, jonchée d'oscars (deux statuettes, trois autres nominations), de producteurs flamboyants (David O. Selznick), de réalisateurs inspirés (Michael Curtiz, Anatole Litvak) et de stars incontrôlables (Errol Flynn).

La rareté du cas Havilland commence au berceau. Née à Tokyo d'un père avocat, Walter de Havilland, descendant d'une antique famille britannique de Guernesey, et d'une mère actrice de théâtre (qui fera une petite carrière au cinéma dans les années 1940), elle est aussi la cousine germaine de Sir Geoffrey de Havilland, pionnier de l'aviation. Un pedigree de lady et un héritage so british peu communs au cinéma, qui, doublés d'une beauté résolument classique, l'installeront pour longtemps dans le rôle de l'ingénue chic et lisse.

Un pedigree de lady et un héritage so british peu communs au cinéma, qui, doublés d'une beauté résolument classique, l'installeront pour longtemps dans le rôle de l'ingénue chic et lisse.

En 1919, ses parents se séparent, mais sa mère a la bonne idée de s'installer avec elle à Saratoga, près de San Francisco: 600 kilomètres au sud, un certain quartier de Los Angeles commence à faire parler de lui comme la Mecque du cinéma. En 1934, Olivia a dix-huit ans et se prépare sagement à devenir professeur d'anglais, lorsqu'elle est remarquée par le réalisateur Max Reinhardt dans Le Songe d'une nuit d'été, qu'elle joue dans une troupe amateur. Aussitôt, Reinhardt l'engage pour l'adaptation filmée qu'il doit tourner et elle signe finalement un contrat de cinq ans avec la Warner.

Le succès est modeste mais les portes grandes ouvertes. Elles ne se refermeront plus. L'année suivante, elle apparaît dans Capitaine Blood (1935) aux côtés d'un Australien inconnu, Errol Flynn. Ce film de pirates bondissant enthousiasme la critique et le public. Le couple le plus célèbre de l'écran (lui, fringant et séducteur; elle, suave et romantique) va faire les beaux jours du cinéma d'aventures. Suivront, avec Flynn, La Charge de la brigade légère (1937), Les Aventures de Robin des bois (1938), Les Conquérants (1939) ou La Piste de Santa Fe (1940, où le troisième larron est joué par un certain Ronald Reagan). Une flopée de grands crus signés Michael Curtiz, où Mademoiselle de Havilland joue les utilités décoratives jusqu'à plus soif.

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Vient 1939 et Autant en emporte le vent (photo ), que mijote le déjà tout-puissant David O. Selznick. C'est elle qui réclame à Jack Warner d'être «prêtée» à Selznick le temps du film, pour le plus fameux second rôle de l'histoire du cinéma: celui de Melanie Hamilton, aussi angélique que Scarlett O'Hara-Vivien Leigh est tête à claques. Un personnage sur mesure, qui vaut à Olivia de Havilland sa première nomination aux oscars, mais la confine un peu plus dans des rôles de dame d'œuvres en costumes. On devrait toujours se méfier de l'eau qui dort. Jack Warner en fait les frais lorsque Melanie-Olivia l'attaque en justice en 1943 pour obtenir des aménagements à son contrat exorbitant, et obtient gain de cause. L'arrêt fait toujours jurisprudence dans le Code du travail californien sous le nom de De Havilland Law. La (décidément fausse) ingénue a réussi là où l'impériale Bette Davis avait échoué dans les années 1930…

Les oscars (deux statuettes, trois autres nominations) seront sa couronne et sa croix.

Les oscars seront sa couronne et sa croix. En 1942, elle est nommée à l'oscar de la meilleure actrice pour Par la porte d'or de Mitchell Leisen, tandis que sa sœur Joan Fontaine (qui lui a emboîté le pas dans la carrière, sous le nom du second mari de sa mère) est distinguée pour Soupçons d'Alfred Hitchcock. L'oscar va à la blonde Joan. Compliments de l'aînée, rejet de la cadette: l'histoire n'est pas claire. L'inimitié déjà latente entre les deux sœurs devient en tout cas définitive et sera surexploitée par la presse hollywoodienne pendant soixante-dix ans. Le match s'est terminé en 2013, avec la mort de Joan Fontaine. Le dernier contact entre les deux sœurs remontait à la mort de leur mère, en 1975.

Ses oscars à elle arrivent avec de nouveaux genres de rôles. Plus puissants, plus complexes. Dans À chacun son destin (Leisen, 1946), elle incarne, à trente ans, une mère quadragénaire à la recherche de son fils pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film est du genre mélo, mais son jeu tout en nuances lui vaut sa première statuette de la meilleure actrice. Beaucoup plus audacieux, La Fosse aux serpents (Anatole Litvak, 1948) en fait une poignante schizophrène en proie à des crises de démence. Exit la douce princesse: son personnage de Virginia y mord jusqu'au sang les doigts de son médecin… Re-nomination.

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Vient L'Héritière (William Wyler, 1949), un de ses plus beaux rôles, qui la voit, face à Montgomery Clift, incarner une jeune femme timide qui se venge de l'homme qui l'a épousée pour son argent. Seconde statuette. (photo)

Les années 1950 sont plus anonymes pour Olivia de Havilland. Car plus loin d'Hollywood: fraîchement divorcée du romancier américain Marcus Goodrich, dont elle a eu un fils, Benjamin (1949-1991), elle épouse en 1955 Pierre Galante, secrétaire général de Paris-Match et entremetteur malgré lui, la même année, de Rainier de Monaco et Grace Kelly. Ils auront une fille, la journaliste Gisèle Galante. Un Golden Globe vient quand même la récompenser pour Ma cousine Rachel (1952, Henry Koster, avec Richard Burton). En 1964, elle forme encore un formidable duo avec son amie Bette Davis pour Chut… chut, chère Charlotte, de Robert Aldrich. Puis des rôles en pointillé, pour la télévision surtout, jusqu'en 1988.

Pour elle, la facilité aurait consisté à sortir de son registre de fille parfaite en se muant en vamp. Elle choisit de le transformer de l'intérieur.

Il y a peu encore, on pouvait facilement apercevoir Olivia de Havilland, chevelure immaculée et tirée à quatre épingles, dans les salons de thé de la capitale. À cent ans, cette Parisienne née britannique et naturalisée américaine en 1941 a limité ses sorties, mais est restée bon pied bon œil. Elle a seulement cessé de répondre aux centaines de demandes d'autographes qui s'entassent encore, en provenance du monde entier, dans la boîte aux lettres de son élégante maison, nichée dans le XVIe arrondissement. En 2003, son apparition à la cérémonie des oscars, aux accents lyriques du fameux thème d'Autant en emporte le vent, avait déclenché une standing ovation d'anthologie devant toute la profession, renouvelée en 2011 à la Nuit des Césars.

Privilège de l'âge et des survivants? À d'autres. Car, en cinquante ans de carrière et quarante-neuf films, Olivia de Havilland n'a pas seulement traversé le siècle et fini par l'atteindre. Pour elle, la facilité aurait consisté à sortir de son registre de fille parfaite en se muant en vamp. Elle choisit de le transformer de l'intérieur, en exploitant toutes les ressources de son visage inquiet. En laissant poindre une complexité ardente, derrière le rideau des apparences tranquilles. L'eau qui dort, toujours.

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A propos de Olivia de Havilland

Actrice américaine.

Née à Tokyo, Japon le 1 juillet 1916.

 

( source LeFigaro.fr / Geoffroy Caillet)

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