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12/09/2016

LES CIRQUES EN COLERE ONT PRIS LA BASTILLE

 

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NOUS Y ÉTIONS - Ce mercredi dernier , 7 septembre est une journée «porte ouverte» avec visite de ménagerie et numéros de piste gratuits sur la symbolique place parisienne. Une façon «positive» pour les artistes de protester contre les arrêts municipaux qui se multiplient pour interdire l'installation des chapiteaux itinérants dans les communes.

Il est 7 heures, Paris s'éveille. À la Bastille, nul besoin de réveil. La sono sur le toit d'une fourgonnette rouge avec un grand clown hilare dessiné sur son flanc diffuse à plein tube de la musique de cirque. Des effluves de crottin, de paille et de foin chatouillent les narines. Au pied du terminus des bus 91 juste en face de l'Opéra, Esther et Aladin, deux dromadaires mâchouillent l'air torve.

Ce mercredi 7 septembre, les cirques familiaux avec animaux ont décidé d'offrir aux Parisiens, une journée «porte ouverte» avec visite de ménagerie et numéros de piste gratuits. Une façon «positive» de protester contre les arrêts municipaux qui se multiplient pour interdire aux cirques itinérants de s'installer dans leurs communes.

Melvin Massardier, patron du cirque Melvin espère entre 2000 et 3000 badauds. Il est venu avec sa trompette, son matériel d'équilibriste acrobate mais sans son costume de dompteur. «Mes lions et lionnes sont restés dans notre campement d'un hectare près de Chilly Mazarin (91), explique-t-il. Non pas qu'il soit interdit de promener des fauves dans la capitale mais un lion, c'est trois semi-remorques dont une cage de minimum soixante mètres carrés. À la Bastille, il n'y a pas la place.»

«70 % de la profession est sans activité»

Comme pour ses collègues des cirques Cristina Zavatta, Luc Fratellini, Joy Dassonneville, le Franco-Italien et tant d'autres, l'année a été difficile. «On nous demande de nous reconvertir, de laisser nos animaux mais ma famille est dans le cirque depuis sept générations, s'exclame-t-il. Le cirque, c'est ma passion, je n'ai aucune envie d'arrêter et je voudrais que mes fils continuent. C'est pour cela que nous sommes là aujourd'hui.»

À ses côtés, Anthony Dubois, président de l'association des cirques de familles et spectacles itinérants (250 membres) ne décolère pas: «plus de 70% de ces petits cirques ne travaillent plus, dénonce-t-il avant d'aider un nouveau semi-remorque rouge à se garer entre deux bus 91. Nous sommes un peu en retard, plusieurs cirques sont bloqués sur le périphérique.»

L'ambiance est testostéronée: seuls les hommes, les pères, leurs fils adolescents et une poignée de salariés ont fait le déplacement. Les aînés donnent des ordres, les jeunes portent les barrières et les bottes de paille. À l'exception de deux écuyères et d'une vendeuse de barbe à papa, les femmes sont restées avec les plus petits dans les campements disséminés en Île-de-France. «Si nous avions eu la place de venir avec nos roulottes, tout le monde aurait pu être là mais nous n'avons pas eu le droit de nous installer sur le Champ-de-Mars», regrette Melvin Massardier.

«On retrouve notre âme d'enfant»

Autour de lui, les SDF avec leurs chiens en laisse mais aussi les joggeurs, les conducteurs du bus 91 et les CRS ouvrent de grands yeux émerveillés. Tout le monde s'aide à prendre des selfies. Qui avec une autruche, qui avec l'une des élégantes vaches écossaises aux cornes majestueuses. «On retrouve notre âme d'enfant», murmure un policier en regardant Frizon, un splendide cheval noir descendre en hennissant de son semi-remorque pour rejoindre Nebus, un chameau de quinze ans. «Un ado, sourit son maître. Nos chameaux vivent jusqu'à 40 ans.»

L'installation de tous ces animaux en plein Paris n'est pas une mince affaire. Rien que pour les chameaux Jaffar et Pierrot, comptez 150 kilos de foin et 250 kilos de paille. Des sabots résonnent sur les pavés. On se retourne: une famille de lamas, Ginette, Antoine et leurs deux petits cavalcadent sur le parvis. «Lâche les petits, crie le patron à son fils. Ils vont suivre leur mère dans l'enclos.» Des klaxons répétés résonnent sur toute la place de la Bastille. Tout le monde se retourne.

Les camions chargés des 4x4 géants américains cascadeurs font une arrivée triomphale. Even, 10 ans (cirque Joy Dassoneville) , Chade 13 ans (Achille Zavappa) et Yanky, 11 ans (Frattelini) se précipitent. Leur quotidien, c'est d'être sur la piste à faire les clowns, du rolla rolla (la planche sur un tube) et à apprendre le jonglage. «On arrive avec cinq balles mais il faut arriver jusqu'à dix et après il faut apprendre à lancer les massues et les torches», explique posément Even. Cette journée avec son père et les autres familles du cirque, il s'en rappellera.

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(source LeFigaro.fr / Lena Lutaud)

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